PREMIÈRE PARTIE. T
de Tezcuco; ils y restèrent pondant un siècle encore, tributaires des Teepanèques, vivant très-pauvrement de poisson, de gibier, de racines aquatiques, et n’ayant pour se vêtir que les feuilles du palma palustris. Enfin, sous leur quatrième chef, Itzcoliiiatl, ils réussirent à vaincre définitivement le destin contraire et à s’élever au rang de nation indépendante.
Leur histoire se divise par conséquent en trois périodes distinctes.
Don Fernand d’Alva Ixtlilxocbitl, se fondant sur diverses peintures historiques très-anciennes, dit que les Aztèques étaient de la même race que les Tollèques et de la famille d’un nohle seigneur appelé Huetzin A Ce chef, ajoute notre historien, avait échappé, avec ses enfants et ses serviteurs, lors de la destruction des Toltèques. On raconte qu’il traversa avec eux le pays de Michoacan ^ et qu’il se réfugia dans la province froide et hrumeuse d’Atzlan % où il mourut. Il eut pour successeurs son fils Ozolopan et Aztlal, son petit-fils. Ozolopan, deuxième du nom, succéda à Aztlal. Connaissant par tradition les beautés du pays de ses ancêtres, et obéissant d’ailleurs à un oracle qui lui ordonnait de s’y rendre, il prit la résolution d’y retourner avec toute sa nation, que l’on nommait alors déjà Mezelin * ou Mexetin. Ozolopan la commandait conjointement avec quelques autres chefs. Les Aztèques conduisaient avec eux leur principale idole, Huitzilopochtli, le cruel dieu de la guerre, qui se nourrissait de cœurs humains encore chauds et sanglants, et qui gouvernait ta nation par l’organe de ses prêtres.
On possède un tableau hiéroglyphique des migrations de
^ L’identité de la langue, qui était le nahuatl, milite en faveur de cette oitinion.
^ Pays du michi , espèce de poisson,
^ Signifie terre des pies, suivant quelques auteurs; des hérons, d’après les autres.
^ Fils de la lune, de meztll^ lune.
ce peuple; il commence par le déluge et se termine à l’élablissement des voyageurs dans les marécjiges du lac de Tczcuco. Getle peinture représente d’abord Coxcox, le Xoé mexicain, couché dans une barque au milieu des eaux, et levant les mains vers le ciel; puis ou voit, également dans les eaux, une haute montagne, l’Ararat des Aztèques, au pied de laquelle les deux visages de Coxcox et de sa femme sont placés en regard. Près de là se trouve un groupe d’hommes nés muets après le déluge, et auxquels une colombe perchée sur un arbre octroyé le don des langues, figuré par une quantité de virgules qui lui sortent du bec.
Un téocalli (temple ou autel) indi([ue la terre d’Atzlan ; on y remarque des gens qui se mettent pi’ocessionnellement en marche; ils suivent un long cordon à nœuds qui trace un très-grand nombre de sinuosités; diverses figures liiéroglyphiques indiquent, de distance en distance, les établissements que les Aztèques ont fondés et les lieux où ils ont séjourné.
Leurs pérégrinations furent pendant longtemps accompagnées des plus rudes épreuves; plusieurs fois ils essayèrent de se fixer, mais sans parvenir à rien fonder de stable; toujours ils étaient chassés, au bout d’un certain temps, par les peuples du voisinage ou par les princes dans les Etats desquels ils espéraient trouver un gîte. Les querelles intestines des différentes tribus aztèques empiraient encore leur situation. Enfin, après une infinité de marches, de contremarches et d’avenlures, le gros de la nation, conduit par le grand prêtre Quaughtlequetzqui, arriva dans la province de Cohuatlycamac, non loin des ruines de l’antique cité de Tollan. Les Aztèques s’y établirent, et, au moyen d’un barrage fait à une rivière voisine, ils formèrent un lac tout autour du mont Coatepec, qui se trouva de la sorte isolé et converti en île. La chasse de roseaux renfermant f image de Huitzilopocbtli fut placée sur la montagne, et on érigea un téocalli en flionneur du dieu.