‹ L'Empire MexicainChapitre 22 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le site était enchanteur. Bientôt une végétation splendide étala ses magnificences autour du lac; il se peuj)la de poissons et attira une foule d’oiseaux aquatiques et péclieui’s. Les Aztèques eurent ainsi leur nourriture assurée. Les tribus séparées, sachant leurs frères dans une aussi heureuse situation, vinrent les retrouver, et la nation deineuia réunie pendant neuf années au mont Coatepec. Au bout de ce temps, le grand sacrificateur déclara que Huitzilopochtli n’avait pas choisi cette montagne pour être le lieu de son repos définitif, et qu’il fallait se remettre en route. Cette déclaralion irrita un grand nombre de Mexicains, décidés à ne pas quitter un endroit aussi agréable. Dès le jour suivant, 011 trouva les principaux murmuratenrs massacrés auprès de l’autel, la poitrine ouverte, et les prêtres annoncèrent au peuple que le dieu s’était vengé de la désobéissance des rebelles en dévorant leurs cœurs. En môme temps, toujours par ordre du dieu, ses ministres renversèrent la digue qui barrait la rivière; les eaux s’écoulèrent, une campagne boueuse et désolée remplaça le lac cbarmant de Coatepec. Dès lors les principaux chefs se disposèrent à partii*, mais ils se dispersèrent de divers côtés, fatigués du joug que cherchait à leur imposer le sacerdoce, et résolus à ne plus se soumettre à la tyrannie de Quaughtlequetzqui.

La majorité de la nation gagna d’abord Tula, puis Tepeyacac, où s’élève aujourd’hui le fameux sanctuaire de Notre- Dame de Guadaloiipe. Les Aztèques n’y restèrent pas longtemps; les Teepanèques, dans les domaines desquels cette localité était comprise, les en chassèrent. Après avoir erré quelque temps sur la rive orientale du grand lac de l’Anahuac, les exilés s’établirent sur les rocliers de Chapultepec L Ils y construisirent une ville et la fortifièrent, sous la conduite d’un chef nommé Tzippantzin, auquel succéda, du consentement unanime des principaux de la nation, lluitzi-

' C’est-k-dire la montagne aux cigales.

lihuitl * •, prince dont les historiens indigènes célèbrent la valeur et la haute intelligence.

Cependant la forte position qu’occupaient les Mexicains, leurs manières arrogantes et leur esprit turbulent excitèrent bientôt le mauvais vouloir des chefs et des peuplades des environs, en particulier des rois d’Azcapotzalco et de Culhuacan L Une ligue formidable se forma contre eux; les Aztèques furent complètement défaits par un ennemi dix fois supérieur en nombre; on réduisit en cendres la ville de Chapultepec. Coxeox, roi de Culhuacan, fit mettre à mort Huitzilibuitl, ainsi que la fille et la sœur du chef des vaincus.

La nation mexicaine semblait anéantie; mais elle était douée d’une vitalité qui devait triompher finalement de tous les obstacles. Peu à peu ses débris, favorisés en secret par le prince Acamapichtli, héritier présomptif de Coxeox, se réunirent autour de Culhuacan. Ils demandèrent humblement au roi de leur concéder un lieu où ils pussent s’établir. Ce prince admit la requête; mais, sur l’avis de ses conseillers qu’effrayait l’énergie aztèque, il leur assigna formellement, en toute propriété, l’île abandonnée de Tizaapan. C’était un endroit bas, marécageux, couvert de broussailles et de joncs, et peuplé de serpents venimeux. On espérait que les ^Mexicains y périraient de faim ou par le poison des reptiles.

Ce calcul fut déjoué. Les chefs aztèques acceptèrent avec joie la demeure insalubre qu’on leur proposait : c’était une reconnaissance de leur nationalité. Le peuple s’établit à Tizaapan; les seiqoents, loin de le détruire, servirent à sa nourriture, avec les poissons du lac et les canards sauvages. Le nombre des habitants de l’île s’accrut avec une étonnante rapidité.

' Ce nom est celui d’une espèce d’oiseau.

2 Le royaume de Culhuacan, dernier débris de la jiuissance toltè(|ue, était alors encore dans une situation prospère.

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