PREMIÈRE PARTIE
et un pied de nopal sur lequel était perché un aigle qui déchirait un serpent. La légende ajoute que le dieu Tlaloc avait annoncé aux deux sacrilicateurs que le sanctuaire d’Huitzilopochtli devait être établi là où ils rencontreraient réunis des objets symboliques que nous venons de décrire, et que cet endroit deviendrait le siège de la gloire et de la puissance mexicaines.
D’universelles acclamations accueillirent le récit de cette découverte. Dès le jour suivant, on nettoya les abords du rocher et de la fontaine, et on y éleva une cabane de bambous. Ce fut là le premier temple de Huitzilopochtli, et, pour inaugurer son culte, on lui immola un ennemi dont les prêtres étaient parvenus à s’emparer. C’était un noble culbua. Le grand sacrificateur le coucha sur la i)ierre fatale, lui ouvrit la poitrine, lui arracha le cœur et l’offrit au dieu comme prémices du sang qui devait être répandu par tori’ents en ce lieu jusqu’à la conquête espagnole.
Les Mexicains profitèrent avec une admirable perspicacité de la localité choisie par leurs prêh’es. Leurs premières demeures furent de simples cabanes en joncs; mais le marais abondait en poisson et en gibier aquatique; les canards entre autres s’y abattaient par milliers. Nos hardis aventuriers allaient échanger, sur les marchés des villes voisines, le gibier dont ils n’avaient pas besoin pour leur nourriture, contre de la chaux, du bois et des pierres de construction.
D’abord on remplaça par un téocalli plus solide la butte de bambous .de Huitzilopochtli. Alors le dieu parla par la bouche des prêtres ; il ordonna que la population se divisât en quatre tribus, lesquelles habiteraient autant de quartiers séparés. Le temple serait au centre de la cité A On s’empressa d’obéir; ainsi prit naissance, en l’année 1325, la célèbre ville qui dès son origine porta le nom de Mcxico-
’ Cette première distribution de Mexico subsiste encore sous les noms de Saint-Paul, de Saint-Sébastien, de Saint-Jean et de Sainte-Marie.
Tenochtitlan , et qui devait devenir bientôt l’iine des plus riches, des plus belles et des plus populeuses de rAmérique centrale. Son nom de Tenochtitlan rappelle le miracle de l’apparition du dieu protecteur, l’aigle sur un nopal sortant d’un rocher % miracle dont les armes de la cité et les peintures hiéroglyphiques devaient perpétuer le souvenir.
Les factions continuaient à déchirer le royaume de Culhuacan au temps dont nous parlons. Le roi Achitometl, cet ennemi acharné des Mexicains, essaya de leur susciter un ennemi en la personne du roi d’Azcapotzalco, sur le territoire duquel ils s’étaient établis. Ce prince, trop prudent pour pousser à bout un peuple d’une valeur éprouvée, se borna à leur imposer un tribut fixe, en poissons, en oiseaux et en lianes, et à faire administrer successivement par deux de ses tils Tenochtitlan, comme une seigneurie dépendante de son royaume. A ces conditions, les Tecpanèques d’Azcapotzalco laissèrent les Aztèques en paix.
Leur ville prit des accroissements considérables au moment de la chute détinitive du royaume de Culhuacan. Trop à l’étroit dans File où ils s’étaient établis, ils s’étendirent en la réunissant jiar des digues aux îlots voisins. Mais dès qu’ils se virent à l’abri de la faim et de la persécution, les vieilles querelles nées pendant leurs longues pérégrinations se réveillèrent. Le sacerdoce, jaloux de l’iiitluence exercée par la caste des nobles, excita le peuple contre eux et contre Teuhtlehuac, prince teepanèque, chargé alors de gouverner Mexico-Tenochtitlan et d’y recouvrer l’impôt. Les menées des prêtres réussirent, une émeute éclata, Teuhtlehuac prit la fuite et se réfugia à Azcapotzalco, en compagnie de quelques nobles mexicains.
Irrité de ces intrigues, le parti opposé au sacerdoce résolut de former un nouvel établissement. A deux milles du lieu où l’on avait bâti le temjile d’Huitzilopochtli, s’étendait
‘ Tenochtitlan signifie figuier sur la pierre, de lemich, figuier d’Inde, et tell , pierre.
PHEMIÈRE PAUTiE.
une grève sablonnneuse appelée Xalliyacac, et dépendante d’un humble village qui avait succédé à l’antique cité toltèque de Tlatilolco. Les nobles, accompagnés de ceux (pii s’étaient prononcés pour eux, allèrent y fonder une ville nouvelle à laquelle ils donnèrent son ancien nom, et qui, nous le dirons en son lieu, après avoir été pendant longtemps la rivale de Tenochtitlan, finit par se fondre en elle.
Les Mexicains se fractionnèrent ainsi en deux nationalités distinctes et rivales, qui furent souvent en guerre pendant un siècle. La population de Tlatilolco ne tarda pas à s’augmenter par la réunion des Tecpanèques du voisinage; en même temps, celle de Tenocbtillan s’accrut par l’adjonction des Gulhuas fugitifs qui vinrent s’y lixer en très-grand nombre.
Les habitants de cette dernière cité comprirent qu’il leur fallait un chef pour tenir en respect la noblesse hostile fixée dans leur voisinage, et qui pouvait invoquer au besoin l’appui du roi des Tecpanèques d’Azcapotzalco, auquel elle était restée fidèle. Le peuple demanda donc aux prêtres de lui donner un roi.
Le choix du corps sacerdotal se fixa sur le prince Acamapicbtli, alors à peine adolescent, petit-fils deCoxcox, roi de Gulbuacan, et qui avait -échappé seul au massacre de sa famille ordonné par son oncle Acbitometl. L’extrême jeunesse du prince faisait espérer aux prêtres que, pendant longtemps encore, fexercice du pouvoir resterait en leurs mains; ce candidat, dernier héritier de la royauté toltèque, devait d’ailleurs réunir toutes les sympathies des Gulhuas, qui formaient alors la majorité de la population de xMexico- Tenochtitlan; en outre, Acamapiclitli était fils d’un prince qui avait témoigné en tout temps de la bienveillance aux Aztèques, et du côté maternel il descendait des familles mexicaines les plus illustres.
La proposition du sacerdoce fut accueillie avec un enthousiasme général; on s’empressa d’offrir la couronne à Aca-
mapichtli, retiré alors à Tezcuco avec la princesse Ilaii- CLieitl, qui lui avait donné des soins assidus depuis le moment où elle l’avait sauvé au péril de sa propre vie.
Acamapiclitli et Ilancueitl se rendirent à Tenoclititlaii par la voie du lac; ils y furent reçus solennellement par les prêtres et les anciens, suivis d’une ti'ès-grande multitude de peuple. Acamapiclitli ne fut cependant élevé à la dignité royale que l’année suivante. Malgré la différence des âges, ii épousa alors Ilancueitl, sa mère adoptive, dont les historiens indigènes célèbrent la sagesse; et ce fut la nouvelle reine qui gouverna les Aztèques et les Culliuas réunis, conjointement avec le sacerdoce et un sénat composé des anciens.
Les Mexicains de Tlatilolco, voulant avoir aussi leur roi, demandèrent à Tezozomoc, souverain d’Azcapotzalco, de leur donner un membre de sa famille pour les gouverner. Tezozomoc leur envoya son fils Quaquaugbpilzabuac ; ce prince arriva à Tlatilolco, suivi des nobles aztèques qui avaient accompagné Teubtlebuac lorsqu’il s’était enfui de Tenocbtitlan. De grandes réjouissances inaugurèrent le règne du nouveau roi.
Le gouvernement monarchique se trouva établi de la sorte chez les deux fractions de la nation mexicaine, vers le milieu du quatorzième siècle. Les différences qui existent dans les indications des historiens ne nous permettent pas de fixer avec plus de précision la date de cet événement.