PREMIÈRE PARTIE
Le roi en tomba d’accord; mais, voyant qn’il pouvait compter sur les Mexicains, il s’efforça de gagner à sa cause, par des promesses et des prévenances, les autres princes de l’Analiuac.
Les seigneurs les plus éloignés de la cour profitèrent les premiers des dispositions de Tezozomoc pour se soustraire à la dépendance d’Ixtlilxocliitl, dont la puissance diminua ainsi de jour en jour.
Le roi d’Azcapotzalco, se voyant à la tête d’un parti considérable, voulut savoir alors jusqu’à quel point son rival serait disposé à résister à ses prétentions; il lui envoya une certaine quantité de coton, en le priant amicalement de lui en faire faire des étoffes. Ixtlilxocbitl, désirant éviter une rupture, accéda à la demande et renvoya, au bout d’un certain temps, le coton parfaitement filé et tissu. Encouragé par le premier succès, Tezozomoc renvoya l’année suivante une plus grande quantité de colon, et Ixtlilxocbitl le fit encore tisser. Mais la même demande ayant été renouvelée la troisième année, le roi de Tezcuco comprit qu’il fallait combattre ou payer à l’avenir ce tribut. Il fit donc dire à Tezozomoc qu’il gardait le coton pour faire des cuirasses à ses troupes \ et qu’il le priait de lui en envoyer davantage. C’était une déclaration de guerre. Ixtlilxocbitl réunit en conséquence les états du royaume en fannée 1414, et y convoqua les seigneurs de son parti pour traiter avec eux des moyens de réduire le roi d’Azcapotzalco et ses alliés, qui voulaient s’emparer de l’empire L L’assemblée convint qu’avant d’entrer en campagne, et afin d’assurer à tout événement la stabilité de la succession,
' Les peuples du nouveau monde portaient, lorsqu’ils allaient à la guerre , des plastrons rembourrés de coton , qui étaient à l’abri des flèches et des dards.
^ Six provinces, notamment celles de Tollatzinco et de Tepepolco, et quelques seigneurs étaient demeurés fidèles au fils de Techotlala.
il fallait reconnaître comme licTilier légitime du Irùnc Netzahualcoyotl *, fils d’ixüilxochill.
On prêta serment au jeune prince, en cette qualité. Il était alors âgé de douze ans. Il était né le 28 avril 1402, et neveu, par sa mère, de Ghimalpopoca, lequel avait succédé en 1409 à son frère Huitzilihuitl sur le trône de Mexico- Tenoclititlan.
La naissance de Netzahualcoyotl , que nous verrons devenir plus tard un des plus grands monarques de l’Anahuac, avait été très-remarquée par les devins et les astrologues. Elle avait eu lieu au moment du lever du soleil, à la grande joie de son père; de sages gouverneurs, au nombre desquels se trouvait Huitzilihuitl, le plus profond philosophe de l’époque, avaient été chargés de son éducation.
La guerre commença bientôt après la réunion des étals. On la poursuivit de part et d’autre avec acharnement et avec des succès variés. Cependant l’avantage finit par rester aux troupes d’Ixtlilxochitl, et Cuacuecuenotzin , le neveu et le plus brave des généraux de ce prince, mit le siège devant Azcapotzalcq, sans y laisser entrer aucun secours d’hommes et de vivres.
Le blocus durait depuis quatre années, lorsque Tezozomoc, voyant que, loin de dompter les Chichimèques, il avait perdu un très-grand nombre de soldats, et que sa capitale ne pouvait plus tarder à se rendre, recourut à un stratagème pour se défaire de ses ennemis sans courir de nouveaux dangers. Il sollicita une trêve, promettant de conclure la paix et de reconnaître Ixtlilxochitl en qualité de suzerain. Cuacuecuenotzin suppliait l’empereur de ne pas ajouter foi aux promesses de son rival, de s’emparer de la ville, qui ne pouvait résister davantage, et de la détruire. xMais Ixtlilxochitl, pressé de retrouver les délices de ses palais et de ses jardins
' Ce nom signifie renard qui jeune , de nezhua, jefincr, et coyotl, renard.
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de Tezcuco, et n’écoulant que la générosité de son caractère, fit lever le siège de la capitale ennemie et renvoya scs soldats. Ils se retirèrent en murmurant de perdre une proie qu’ils croyaient tenir déjà, et Ixtlilxochitl resta seul et presque sans gardes à Tezcuco.
Alors commencèrent les malheurs de ce prince. Tezozomoc, le voyant sans défiance, jugea le moment projiice pour mettre ses projets à exécution. Feignant de vouloir célébrer une grande fête, accompagnée de jeux et de danses, en flionneur de la paix, il se rapprocha,' à la tète d’une assez forte armée, du royaume de Tezcuco, et s’établit en un lieu appelé Temamatlac. Son intention était de s’emparer de la personne du roi chichimèque et de le massacrer avec tous les siens. Les deux rois mexicains avaient treni])é dans le complot, ainsi que tous les autres princes que les liens du sang unissaient à Tezozomoc; beaucoup de nobles et de seigneurs du royaume de Tezcuco, jusqu’alors fidèles à Ixtlilxocbitl, mais qui ne lui pardonnaient pas d’avoir levé le siège d’Azcapotzalco, allèrent grossir le nombre des conjurés.
On fit inviter le roi cbichimèque à assister à la fête. Alors enfin il sortit de sa sécurité et comprit qu’une perfidie se tramait. Abandonné par la plupart de ceux sur le dévouement desquels il avait compté, il ne pouvait plus songer ni à fortifier sa capitale ni à faire venir des secours. 11 chargea simplement son frère Tocuiltecatl Acototli d’aller trouver Tezozomoc, et de lui dire qu’il ne venait pas lui-inème parce qu’il était malade, et qu’il le priait de remettre les fêtes à un autre jour.
Afin de rendre plus respectable celui qu’il chargeait de ce dangereux message, Ixtlilxocbitl revêtit son frère du costume impérial, le couvrit de bijoux d’or et de pierreries, et le fit accompagner de quelques-uns de ses serviteurs.
Quand Tocuiltecatl ariiva au lieu où s’était établi Tezo-
zoinoc, tl trouva les rebelles assemblés en conseil, et leur délivra le message dont le roi l’avait chargé. Mais on lui répondit ; « Ce n’est pas toi, c’est Ixtlilxocbitl que nous avons demandé. » Puis on se saisit de sa personne, on l’écorcha vif, et l’on étendit sa peau sur un rocher du voisinage. Tous ceux qui l’avaient accompagné subirent le même sort.
Ixllilxochitl fut informé de ce tragique événement tandis qu’il faisait h la hâte quelques préparatifs pour repousser rennemi. Celui-ci, furieux de n’avoir pu s’emparer de sa personne, s’avançait, dans le dessein de surprendre et de saccager sa capitale. Le roi défendit Tezcuco avec une valeur héroïque pendant cinquante jours. Alors, témoin de la misère affreuse à laquelle la population de la ville était réduite, et se voyant abandonné même par la plupart de ses courtisans les plus intimes, il s’enfuit et se réfugia dans la forêt de Quauhiacac avec son neveu Cuacuecuenotzin, son fils Netzahualcoyotl et le petit nombre de scs partisans.
Une confusion épouvantable régna dans la ville de Tezcuco et dans tout l’empire après le départ du roi. Les uns proclamaient Ixtlilxocbitl, les autres Tezozomoc. Les anciennes chroniques américaines nous disent que la division existait dans toutes les familles ; le père embrassait un parti, le fils en embrassait un autre; le pays entier fut ravagé; les habitants quittaient en foule leurs demeures pour aller s’établir en d’autres lieux.
Cependant le roi fugitif et ses compagnons, serrés de près par les rebelles, se retirèrent toujours plus avant dans les montagnes; Ixtlilxocbitl ayant appris que les seigneurs demeurés fidèles à sa cause avaient été obligés également de chercher un refuge dans les forêts, résolut d’envoyer à Otompan pour demander du secours à Quetzalcuitli, qu’il avait mis à la tête des guerriers de cette province.
S’adressant en conséquence au fidèle Cuacuecuenotzin, il