PREMIÈRE PARTIE
.srancl accueil. Bientôt après, les Tecpanèfjues, vigoureusement attaqués, durent lever le blocus de Tenoclilitlan. Netzabualcoyotl, Itzcohuatl et leurs capitaines marchèrent alors contre Maxtlaton. Une grande bataille s’engagea; la victoire fut longtemps disputée; les Mexicains, d’abord repoussés,' se disposaient déjà à sacrifier leurs chefs; mais les rois de Tezcuco, de Tenocbtitlan et de Tatelolco reprirent le dessus, recommencèrent le combat, et, après deux jours de la lutte la plus opiniâtre, ils forcèrent l’armée ennemie à battre en retraite et à sortir du territoire mexicain.
Peu de teni[)s après, les chefs et les hommes de Tlax- (•alla, de Huexotzinco et de différentes provinces vinrent se réunir aux forces mexicaines et tezcucaines. L’armée fut divisée en trois corps, et l’on convint d’attaquer l’ennemi simultanément, à un signal donné, et de le charger de tous les côtés à la fois. Ce plan s’exécuta. Maxtlaton, qui avait réuni toutes ses troupes, se défendit avec le courage du désespoir. Les alliés perdirent beaucoup de monde. Enlin un vigoureux effort de Netzabualcoyotl et des deux rois mexicains rompit le corps de bataille de Maxtlaton. La plupart des Tecpanèques furent massacrés; les vainqueurs pénétrèrent dans la capitale, la mirent au pillage, rasèrent les temples et les maisons des seigneurs, et passèrent la population au til de l’épée. Bientôt la superbe cité d’Azcapotzalco, à laquelle sa nombreuse population avait fait donner soti nom* , ne présenta plus qu’un amas de débris; et pour couvrir ces ruines d’une honte éternelle, Netzabualcoyotl ordonna que désormais on y tiendrait le marché aux esclaves.
Pendant la déroute des siens, Maxtlaton s’était réfugié dans les bains de l’un de ses jardins; on l’y trouva. Le roi de Tezcuco le lit conduire sur la principale place de la ville; on l’y sacrifia aux dieux, en lui arrachant le cœur, pour venger la mort d’Ixtlilxocbitl, empereur des Cbicbimèques.
' Ce nom signifie /owrmi^ière.
Ainsi finit la puissante monarchie tecpaiièque d’Azcapotzalco, fondée par Tezozoïnoc et usurpée par son üls (U^S).
Les rois vainqueurs, Xelzaliualcoyotl et Itzcoliuatl, employèrent les deux années suivantes à souuiettre de nouveau le royaume de Tezcuco, qui avait été troublé par la révolte d’Itztacquauhlzin, seigneur de Huexotla, et de plusieurs autres nobles de son parti. Les rebelles résistèrent énergiquement; enfin ils furent défaits et se réfugièrent à Tlaxcalla, à Huexotzico et à Gbalco. Le roi infligea de sévères châtiments aux villes et aux bourgades du pays qui avaient pris part au soulèvement. Puis, après avoir mis de fortes garnisons à Tezcuco et en d’autres lieux, il alla s’établir à Mexico, et s’occupa, de concert avec son oncle le roi Itzcoliuatl, à faire rentrer dans le devoir Xocbilmilco et Cuitlabuac. Ces villes, comptant sur leur forte position ^ , persistèrent dans la rébellion jusqu’en l’année 1430, époque à laquelle ciles furent réduites à capituler. Bientôt après la soumission de l’empire fut complète.
Ces exploits et ces conquêtes peuvent être considérés comme le point de départ de la grandeur mexicaine. Dès lors la situation de l’Anabuac se modifia encore une fois.
Les deux rois revinrent ensemble à Tenocbtitlan apiès leurs victoires, et renouvelèrent l’ancien système fédératif de trois royaumes; ils s’adjoignirent comme troisième collègue Totoquibua, prince de Tlacopan, auquel ils reconnurent le titre de roi L
La confédération se comi)Osa par conséquent des royaumes: R des Aztèques et des Culbuas ® ou de Mexico; 2® d’Acolbuacan et des Cbicbimèques ou de Tezcuco, et 3® de Tlacopan
‘ Elles s’élevaient dans le grand lac de l’Analiuac.
’ Il est digne de remarque que ce gouvernement composé de trois chefs , dont l’un cependant est plus élevé en rang que les deux autres , se trouve également dans la plupart des États monarchiques de l’Améri(iue centrale.
2 On n’a pas oublié que beaucoup des anciens sujets de Culhuaean s'étaient réunis aux Mexicains lors de la chute de ce ro)aume.
(il)
ou des Tecpanèqiies , car le nouveau roi appartenait à cette race et était neveu de Maxtlatoii; mais il avait, dans les dernières guerres, donné des preuves de syinpatliie à ceux (}ui devinrent ses collègues, et les débris du peuple vaincu, lieureux de conserver leur nationalité, pouvaient se rallier autour de lui. Les autres princes de la vallée furent déclarés vassaux des trois rois, obligés de payer un tribut annuel et de se ranger sous leurs bannières toutes les fois qu’ils ii’aient à la guerre. Les Tlaxcaltèques seuls, alliés de Netzahualcoyotl et d’Itzcobuatl , conservèrent leur républicaine indépendance. Après les victoires auxquelles ils avaient puissamment contribué, ils étaient retournés, gorgés de butin, dans leur montagneux pays.
Le royaume de Tlacopan comprit la seigneurie de ce nom, l’aiicien État d’Azcapotzalco, et la belle et fertile province de Mazabuacau * ; il était renfermé en entier dans les frontières de celui des Aztèques. Quant aux deux autres royaumes, on traça depuis le territoire de Tototepec jusqu’à la montagne de Cuexcomatl, au sud de Tenocbtitlan , à travers les montagnes et les lacs, une ligne qui marqua la limite entre les Etats de Mexico et ceux de Tezcuco. Toutes les provinces situées au couchant de cette ligne, jusqu’aux frontières des villes et États indépendants de rAinérique centrale, furent adjugées à Ifzcobuatl ; celles situées du C(Mé de l’orient tirent partie des domaines de Netzabualcoyotl.
Il fut décidé que les trois rois seraient considérés également comme héritiers de l’empire de l’Anabuac, et chacun en particulier comme héritier de ses propres États, et qu’aucun des souverains n’aurait le droit de se mêler des affaires intérieures de son voisin. On convint que pour toutes les causes graves, surtout lorsqu’il serait question de guerre, les rois n’agiraient jamais sans s’étre entendus d’abord entre eux. Quant aux provinces dont on pourrait se rendre maî-
' signifie pays des cerfs; de mazatl, cerf.
tre à l’avenir, il fut stipulé que deux cinquièmes des pays conquis l’eviendraient au roi de Tezciico, deux autres à celui de Mexico et un seulement au roi de Tlapocan. Les tributs et les dépouilles des vaincus devaient être partagés dans la môme proportion.
Ces conventions firent la grandeur du nouvel empire et l’élevèrent à un très-haut degré de puissance. Pendant longtemps elles furent fidèlement observées. Le royaume de Tlacopan resta dans une position d’infériorité. Celui de Tezcuco atteignit une splendeur inouïe sous les longs règnes du grand roi Netzabualcoyotl et de son lils Netzahualpilli , que les historiens modernes ont nommé le Salomon du nouveau monde, et qui mourut peu de temps avant le moment où les Es[)agnols mirent le pied sur le continent américain. Le royaume de Mexico s’éleva plus haut encore; à partir de la mort de Netzabualcoyotl, il exerça une prépondérance marquée dans l’Anabuac. Ce puissant État fut gouverné successivement par six princes \ dont les armes victorieuses soumirent peu à peu une grande partie du continent central.
Nous tracerons dans nos prochains chapitres un aperçu sommaire des règnes de ces différents rois, et avant de passer à la conquête espagnole, nous nous occuperons de ce qui est relatif aux mœurs, aux usages, à la religion, à la forme du gouvernement, à l’industrie et au commerce des lieuples de l’Anahuac. Nous reconnaîtrons tous les raflinements d’une civilisation très-avancée parmi ces nations, et nous verrons que la coutume des sacrifices humains et de l’anthropophagie, introduite ])ar les Mexicains dans tout l’empire, et le culte du dieu Huitzilopochtli, imprimaient à cette civilisation un hideux caractère. Ces monstrueuses orgies prirent de telles proportions, qu’on finit par organiser des sortes de guerres sacrées unicpiement atin d’avoir
‘ Les six rois qui élevèrent la puissance mexicaine furent : It/xohuatl , Montézuma Axcayacatl , T izoc , Aliuizotl et Montézuma II , lequel assista
à la chute de la monarchie.