CHAPITRE PREMIER
Aspect du pays. — Traditions primitives. — Les Toltèques.
Un immense plateau, composé de roches porphyritiques, élevé de deux mille ou deux mille cinq cents mètres au-dessus des océans Atlantique et Pacifique, et désigné jadis sous les noms de Miclioacan et d’Anahuac, occupe le cœur du Mexique K II est formé par le dos même de la colossale chaîne des Andes, et il sert de hase à quatre gigantesques volcans désignés sous les noms de Popocatepetl, dTztaccihuatl, de Citlaltepll et de NauhcampatepetP ou de Coffre de Pérote. Ces cônes volcaniques, couver (s de neiges éternelles, comptent parmi les cimes les plus hautes du nouveau monde; le plus élevé des quatre atteint cinq mille quatre cents mètres audessus du niveau de la mer.
Aux pieds du plateau mexicain s’étendent des plaines, larges du coté du nord et qui vont en se rétrécissant de celui du sud. Cette configuration du sol a pour conséquence la division du pays en trois grandes zones parfaitement dis-
' Anahuac signifie terre voisine de Veau. Ce nom s’appliqua originairement à la seule vallée de Mexico. Plus tard , il s’étendit aux terres qui descendent au levant et au couchant vers les deux Océans. Après la conquête , les Espagnols donnèrent à tout le pays le nom de sa capitale , et c’est ainsi que prit naissance la dénomination Mexique , qui finit par être appliquée à l’immense royaume de la Nouvelle-Espagne.
^ C’est-à-dire montagne carrée.
tinctes, à savoir : les (erres chaudes, les terres tempérées et les terres froides.
La première zone, dite tierras calientes, possède toutes les richesses de la végétation tropicale; elle produit la canne à sucre, le coton, l’iudigo, la banane, en un mot, tous les végétaux des climats les plus favorisés; mais elle est malsaine et sujette à la terrible maladie connue sous le nom de fièvre jaune ou de vomito prielo.
Les terres tempérées {tierras templadas) commencent à la hauteur de douze ou quinze cents mètres, sur la pente de la Cordilière. On y jouit d’un éternel printemps, d’une chaleur moyenne de 18 à 24 degrés. C’est la région des fruits les plus variés, des céréales, des plus beaux arbres du monde. « Nulle part, dit à ce propos M. de Humboldt ’, on » ne reconnaît mieux l’oi’dre admirable avec lequel les dif- » férentes tribus de végétaux se suivent comme par couches, » les unes au-dessus des auti*es, qu’en montant depuis le » port de la Vera-Cruz vers le plateau de Pérote (au-dessus » de Jalapa). C’est bà qu’à chaque pas on voit changer la » physionomie du pays, l’aspect du ciel, le port des plantes, » la figure des animaux, les mœurs des habitants et le genre » de culture aufiuel ils se livrent. »
Les terres froides (tierras frias) se composent des plateaux élevés à plus de deux mille mètres. La température moyenne y est de 17 à 18 degrés, les hivers y sont doux et les étés tempérés. Les plateaux, dont la hauteur absolue dépasse deux mille cinq cents mètres, n’ont plus qu’une végétation pauvre; le sol en est aride; la chaleur y atteint au plus sept ou huit degrés.
Le Mexique est le pays de la terre qui réunit le plus de richesses végétales. On y trouve les produits de toutes les zones. Les arbres, les fruits et les fleurs de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique prospèrent sur ce sol privilégié, et il a
' Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, liv. II, ch. VIII.