PREMIÈRE PARTIE
d’admirables produits qui n’appartiennent qu’à lui; aucune contrée ne possède d’aussi magnifiques bois d’ébénisterie et de teinture, des plantes médicinales aussi variées.
Les rivières y sont peu nombreuses, leurs cours ne sont pas considérables, et elles ont plutôt l’apparence de torrents que de fleuves. Les lacs, au contraire, abondent dans le Mexique. Outre ceux de Patzeuaro, de Chapala, de Mextitlan, de Parras, etc., ceux du grand plateau mexicain doivent fixer l’attention.
La magnifique vallée de l’Anabuac ou de Mexico-Tenochtitlan, creusée sur le dos même des montagnes centrales de la Cordillère mexicaine, est sans contredit le point le plus important de ce plateau. Elle forme un bassin ovale ayant soixante-sept lieues de circonférence et cent quarante-cinq lieues carrées de surface, et est entourée d’un rempart de très-hautes montagnes. Le fond de ce bassin est à deux mille deux cent soixante-dix-sept mèti'es au-dessus du niveau de la mer. Cinq beaux lacs étagés les uns au-dessus des autres en occupent un dixième L
Dans nos climats, on trouverait à cette élévation des neiges, des glaces, des mousses, une végétation rabougrie, et on n’y rencontrerait pas d’habitants. Au Mexique, on y découvre des villes, des champs couverts de moissons magnifiques, de superhes ceintures de forêts, une plantureuse végétation, des jardins dans lesquels l’oranger, le citronnier et le grenadier marient leurs feuillages et leurs fruits à ceux du pêcher, de l’amandier, du cerisier et du pommier, et enfin des plates-handes où sont réunies les plus belles fleurs des deux hémisphères.
Celte incomparable vallée a joué un très-grand rôle dans l’bistoire de l’Amérique centrale; plusieurs puissantes monarchies y ont successivement établi leur siège, enfin elle a
' Ces lacs sont ceux de Zumpango , de Xaltocan , de San-Christoval , de ïezcuco (le seul dont les eaux soient salées), et de Xochilinilco ou de Chalco. Ce dernier lac est divisé en deux par une chaussée.
été le berceau de ce grand empire de l’Anabuac qu’entouraient des Étals tributaires ou indépendants, et qui fut renversé par Cortès. C’est sur le bord de l’un de ses lacs que s’élevaient les riches et vastes capitales de cet empire, avec leurs magnifiques palais, leurs temples, leurs monuments et leurs pyramides.
On manque de renseignements sur les populations primitives du Mexique, et deux questions se présentent naturellement à l’esprit de celui qui s’occupe de l’bistoire ancienne de l’Amérique. Ce continent a-t-il commencé à se peupler bientôt ou longtemps après le déluge universel ? — Par où se sont introduits les hommes qui l’ont peuplé d’abord ?
Il est à peu près impossible de répondre à la première de ces questions. Tout ce que l’on peut dire, c’est que les légendes américaines, très-obscures et surchargées de faits merveilleux, remontent à une haute antiquité, et qu’elles ont conservé, parmi de nombreuses réminiscences de la Genèse, le souvenir du grand cataclysme qui engloutit dans les eaux tout le genre humain, à l’exception d’une seule famille.
Les traditions donnent quelques lumières sur la seconde question. Elles parlent de peuples venant du Nord, de contrées glaciales et. dans lesquelles le soleil ne se montrait pas pendant fort longtemps. Évidemment ceci a trait aux interminables nuits des régions boréales, et indique une immigration par l’Asie septentrionale. Elles font mention également de peuplades arrivées par mer du côté de l’Orient. D’où venaient ces peuplades? A laquelle des nations de l’antiquité appartenaient-elles? C’est ce que la science ethnographique n’a pas su déterminer jusqu’à présent.
Tous les historiens de l’Amérique sont d’accord pour affirmer qu’au moment de la découverte du nouveau monde par C. Colomb*, il était irrégulièrement partagé entre deux
^ Nous employons cette expression dans son acception vulgaire; des faits analysés avec soin par plusieurs historiens prouvent que l’Amérique avait