PREMIERE PARTIE
]\lais il advint que Cbalcbiulinenetzin épargna trois de ses complices, pour lesquels elle conçut une vive affection, et qui tous trois appartenaient à la liante noblesse du royaume. Le roi reconnut sur ITin d’eux un joyau qu’il avait donné à la princesse, et, ayant conçu quelque défiance, il alla la visiter la nuit suivante. Les femmes de service lui dirent qu’elle reposait; mais, au lieu de se contenter de cette réponse, suivant sa coutume, il pénétra dans la chambre à coucber, s’approcha du lit et y vit un mannequin. Nelzabualpilli lit arrêter aussitôt les gens du palais par ses gardes, et s’étant mis à la recberchc de Gbalcbiulmenelzin, il finit par la trouver dans mie salle écartée, en compagnie de ses amants. Les coupables furent livrés aux juges, et condamnés à être étranglés avec leurs complices, qui étaient au nombre de deux mille et quelques cents, car beaucoup d’artisans et de marcbands du dehors avaient aidé les favoris de la princesse à pénétrer dans le palais, et lui avaient fourni les objets nécessaires à la décoration des statues. Le jour de l’exécution de la sentence, les étrangers arrivèrent à Tezciico en nombre si jirodigieux, que, malgré sa grande étendue, la ville put à peine les contenir.
Nelzabnalpilli, trompé par celle qu’il comptait placer sur le trône, donna le tilre de reine et légitime épouse à Tenacatziimatzin, bile de Xoxocatzin, chef de la maison d’Atzacualco, func des plus considérables du royaume de Mexico L Cette femme lui donna onze enfants; il en eut cent trentetrois de ses concubines. Nous aurons occasion de nommer plusieurs des enfants légitimes du roi, dans la s'uite de cette histoire; le neuvième d’entre eux, le prince Ixtlilxochitl - , jouera un très-grand rôle dans la seconde partie de notre travail.
Longtemps après avoir élevé Tenacatzibuaizin au rang de
' Cependant Xetzahualpilli avait au nombre de ses femmes deux autres princesses mexicaines , somrs de Montézuma II.
^ Ce prince naquit en 1500.
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reine, Netzahiialpilli conçut une passion violente pour l’une de ses femmes, que l’ou nommait la dame de Tula, bien qu’elle ne fût pas du sang des princes de cette ville, mais fille d’un simple marchand. C’était une personne de la ))lus rare beauté, et extraordinairement douée; elle cultivait avec beaucoup de succès la poésie, la musique et la danse; elle pouvait entrer en lutte avec le roi et les plus sages du royaume sur les questions de philosophie, d’astronomie et de politique; son esprit, à la fois subtil et profond, ne reculait devant aucune difficulté. Netzabualpilli, voulant la distinguer, la traitait avec autant d’égards que si elle eût été sa légitime épouse. Il fit construire pour elle seule un fort beau palais, dans lequel elle ^ivait, entourée d’une cour nombreuse et brillante. Le roi se plaisait à réunir les savants de la capitale dans les salles de cette demeure, qui devint ainsi une sorte d’académie, présidée par la dame de Tula.
Or Iluexotzincatzin * , l’aîné des fils légitimes du roi , jeune bomme accompli, et qui s’était distingué déjà dans plusieurs guerres, joignait à ses autres talents celui de la poésie. Il composa une épître en vers en riionneur de la favorite de son père, et la dame de Tula lui répondit de la même manière; il en résulta une sorte de corresi)ondauce, eT l’on accusa le jeune prince de courtiser celle sur laquelle il ne pouvait lever les yeux sans se rendre coupable du crime de liante trahison, d’après la loi du pays. Netzabualpilli ne doutait pas de la vertu de la dame de Tula; cependant il livra son fils aux juges, qui le condamnèrent à mort! Le roi fit exécuter la sentence; et lorsque la reine le supplia, en versant des torrents de larmes, d’épargner ce fils, héritier du trône et objet de son juste orgueil, il lui répondit que les lois étaient faites pour tous, et que les princes devaient être les premiers à s’y soumettre, afin d’apprendre aux peuples à les respecter. Cei^cndant, pour
' Signifie qui a remporté la v'œloire sur Iluexolz’mco.
PREMIÈRE PARTIE
témoigner de sa doiileur, il fit murer les portes et les fenêtres du palais que lluexotziucatzin avait habité, et fou nomma dès lors cet édifice Ixayoc, ce qui signitic pleurenr.
Netzaliualpilli , justicier très-rigide, donna souvent des exemples d’une sévérité semblable. Jamais il n’épargna personne, pas même ses propres entants, lorsqu’ils avaient enfreint la loi. Les annales de PAnaliuac citent plusieurs exemples de cette cruelle inflexibilité.
L’un des fils du roi, nommé Iztacquaulitzin \ s’était fait construire une magnifique demeure, sans autorisation, et sans l’a\oir méritée par aucun fait d’armes. Or, personne n’avait le droit de bâtir un palais ou de porter un bandeau de plumes avant d’avoir assisté à ([uatre batailles et fait (piatre prisonniers de marque; il fallait, en outre, s’étre distingué comme philosophe, comme orateur et poète, ou dans quelque art mécanique; et toutes ces conditions étant remplies, fautorisation royale était encore nécessaire. Cette règle n’établissait pas même d’exception en faveur de fliéritier du trône; les contrevenanls encouraient la peine de mort. Les juges condamnèrent Iztacquaulitzin à être étranglé, et le père du coupable n’usa point en sa. faveur de son droit de faire grâce.
Deux autres des fils du roi s’étaient attribué des prisonniers faits par leurs soldats, et bien qu’ils revinssent de la guerre couverts de blessures ({ui prouvaient leur valeur, Netzahual[)illi les condamna à la strangulation : c’étnit la peine prononcée par la loi contre ceux qui s’emparaient des captifs d’autrui.
Il fit mettre à mort une de ses filles, pour s’étre entretenue trop familièrement avec un jeune seigneur; et deux de ses concubines, pour avoir Im d’une liqueur fermentée dont l’usage était interdit aux femmes.
Un juge nommé Ce Quaulizin fut pendu pour avoir écouté
signifie blanc ; à’'izfac , Ifianc, et quauhUi, aigle.
des plaidoiries et prononcé des jugements dans sa maison. Les procès ne devaient être décidés que dans les salles du palais, en présence de tous les membres du tril)unal.
Un autre juge encourut la même peine pour avoir favorisé injustement un noble contre un plébéien. Le roi fit revoir le procès, et le plébéien gagna sa cause.
Un troisième juge avait fait traîner un procès en longueur. Xetzahualpilli ordonna qu’il fût reconduit à sa maison par les gardes de sûreté, et qu’oii en murât la porte principale, de façon que le coupable n’en pût plus sortir que par une petite porte de derrière. Il lui défendit en outre de reparaître au palais ou d’avoir aucun rapport avec ses anciens collègues.
Ces exemples de justice impartiale, la même pour tous, sans acception de personnes, inspiraient une profonde sécurité aux sujets de Xetzaliualpilli ; le moindre d’entre eux considérait le roi comme le défenseur de ses droits, et savait que jamais le crime ne restait impuni, quel qu’en fût l’auteur.
L’Analmac était cà l’apogée de sa fortune au commencement du seizième siècle; jusqu’alors, la loi constitutive de l’empire, établie au •moment de la chute du l’oi teepanèque Maxtlaton, avait été religieusement observée. Totoqiûbua, et ses successeurs Chimalpopoca et Totoquiliua 11, rois de Tlacopan, moins puissants et moins riches que leurs collègues, ne laissèrent pas de marcher sur leurs traces. Ils embellirent leur capitale, favorisèrent le commerce et l’industrie, prirent une part active aux guerres des deux rois, et la prospérité de leurs sujets égala celle des habitants des autres royaumes.
Retournons maintenant à Montézuma II, que nous avons laissé au moment où l’intluence de Xetzaliualpilli l’avait fait succéder à Ahuitzotl sur le trône de Mexico-Tenochtitlaii.