‹ L'Empire MexicainChapitre 59 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ques-uns de ses frères, jaloux de lui, avertirent Iliieluiell de ce qui se préparait, et lui firent connaître la devise que Aetzahualpilli devait porter. Huehuetl réunit ses guerriers les plus renommés, leur montra la devise du roi, et leur recommanda de s’attacher à lui et de le tuer. Ils le lui jurèrent. Mais Netzaliualpilli, ayant été informé de la perfidie de ses frères au moment où la lutte allait s’engager, fit appeler dans sa tente un vaillant capitaine avec lequel il avait de grands rapports de taille et de visage, et changea d’armure avec lui en lui disant qu’il y allait de l’intérêt de la couronne; il lui promit en même temps que s’il survivait à la bataille, il le récompenserait magnifiquement, et que s’il succombait, le sort de sa femme, de ses enfants et de ses parents serait assuré. Le capitaine remercia le roi de l’honneur qu’il lui faisait, et suivi des principaux seigneurs de la cour, il alla se placer au poste que son maître devait occuper pendant le combat. Netzaliualpilli, de son côté, entouré des sept guerriers les plus braves de son armée, se mit en un lieu peu éloigné de celui où se tenait le chef ennemi. Les Huexotzincas dirigèrent leur première charge du côté où se trouvait le capitaine qui portait la devise du roi; il fut aussitôt déchiré en mille morceaux, car tous les soldats et les officiers de l’armée ennemie voulaient emporter un lambeau de sa chair ou de ses vêtements. L’attaque avait été tellement impétueuse que les Tezcucains reculèrent de deux cents pas; mais ce mouvement permit à Netzaliualpilli de se rapprocher de Huehuetl : il s’élança sur lui comme un lion furieux, l’accabla de coups, et le saisit pour l’emmener vivant. Les Huexotzincas accoururent au secours de leur seigneur, et l’eussent peut-être délivré sans la vigoureuse résistance que leur opposèrent les sept braves auxquels le roi avait confié le soin de sa garde. Les deux champions continuèrent ainsi à se battre corps à corps, ils roulèrent ensemble dans la poussière, et Netzaliualpilli reçut dans la lutte une blessure à la jambe dont il resta boiteux toute sa

vie, mais il ne lâcha pas son prisonnier. Sur ces entrefaites, les Tezciicains firent volte-face, repoussèrent à leur tour l’ennemi , et en firent un affreux carnage.

Le roi rentra triomphant dans sa capitale, et les annalistes du nouveau monde font observer, en terminant leur récit, que fissue de la hataille justifia en tous points la prédiction des astrologues.

La victoire dont nous. venons de rendre compte fut suivie de la soumission du riche pays de Zacatollan, situé sur la côte de la mer du Sud, et dont le seigneur, nommé A'opicatl Atonal, passait pour un très-vaillant guerrier. Plusieurs fois les armées impériales avaient tenté inutilement de pénétrer dans cette province; irrité de ces échecs successifs, Teuhchimaltzin , courageux capitaine issu du sang royal de Tezcuco, et qui connaissait parfaitement les coutumes et la langue des pays du sud, alla trouver Xetzahualpilli, lui demanda la permission de pénétrer sur le territoire de Zacatollan avec quelques marchands tezcucains qui y faisaient le commerce, et promit de soumettre la province et d’en amener le seigneur mort ou vif. Le roi n’accorda l’autorisation qu’à contre -cœur, persuadé que Teuhchimaltzin périrait dans son entreprise. Celui-ci arriva dans le pays, en piit le costume, ainsi que deux commerçants de ses amis avec lesquels il se mit à courir les foires. Mais il fut reconnu, arrêté et conduit en présence d’A tonal, qui le fit enfermer dans une étroite prison, avec l’intention de le sacrifier aux idoles à la fête prochaine. La veille de la fête. Atonal invita tous les chefs à assister à un hanquet et à une danse nocturne très-solennelle. Suivant leur coutume, tous les invités, tous les ofticiers et serviteurs du palais, burent une si grande quantité de liqueur fermentée qu’avant minuit ils étaient tous ivres. Teuhchimaltzin profita du désordre pour s’échapper du lieu où il était enfermé et pénétrer dans la salle du festin. Là il imita, sans être reconnu, toutes les cérémonies qu’il vit faire aux autres;

PIIEMIÈUE PARTIE.

lorsqu’ils furent tous tombés à terre et endormis, il s’ajipi'ocba du prince, lui coupa la tète, la mit dans un sac avec les joyaux et les ornements dont Atonal avait coutume de se pai’er, prit la fuite et regagna heureusement le poste impérial de la frontière. Mais les nobles, étant revenus à eux et ayant vu le coup hardi qu’avait fait leur i)risonnier, lésohil’ent de se soumettre à Netzahualpilli. Ils dépêchèrent après Teubchimaltzin un envoyé chargé de lui remettre de riches présents, de lui livrer des otages et de l’engager à venir prendre possession du pays au nom de son maître, en observant les coutumes prescrites par les lois de rem[)ire. L’heureux vainqueur y consentit : il plaça sur le tione de Zacatollan, en qualité de prince tributaire, celui qui en était l’héritier légitime, confirma les nobles du pays dans la possession de leurs domaines, et revint triomphant à Tezcuco. Le roi le combla d’honneurs, le créa seigneur de plusieurs villages et lui tit élever dans sa capitale un palais al)sohiment semblahle à celui de A'opicatl Atonal à Zacatollan. Xetzahualpilli se plaisait à raconter souvent cet événement, pour inspirer à ceux qui l’entouraient riiorreur de l’ivrognerie.

D’autres expéditions, mêlées de quelques revers, fuient entreprises par les trois rois et augmentèrent considérahlement le territoire de l’empire durant les dernières années du quinzième siècle. Les provinces d’Ainaxtlan, de Xochitlan et de Tehuantepec, l’une des plus l iches et des plus tuiissantes de la cote, y furent réunies. Celle de Xaltepec, ([iii s’était soulevée, fut soumise et sévèrement châtiée; suivant la coutume admise, on lui imposa un double tribut en jmnition de sa rébellion, et à partir de ce temps toute pensée de révolte y fut éteinte.

Les travaux et les fatigues de la guerre n’absorbaient pas le roi Netzahualpilli au point de lui faire négliger ses autres devoirs; il continuait à veiller par lui-même avec une paternelle sollicitude h tout ce qui pouvait contribuer au bien-

être et à la prospérité de ses peuples. Sa réputation de sagesse grandissait d’année en année, il était à la fois l’idole de ses sujets et l’oracle de l’Analmac.

Cependant ce gi’and prince avait ses faiblesses, au nombre desquelles figure en première ligne l’amour désordonné des femmes. Sous ce rapport il alla plus loin encore que son père Nelzahualcoyotl, et les annales indigènes racontent que plus de deux mille concubines; se trouvaient réunies dans ses palais.

Les princes et les principaux seigneurs du i)ays avaient envoyé à Netzaliualpilli leurs filles, et il avait été convenu que celle de ces femmes qui se distinguerait par la vertu autant que par la noblesse de la race deviendrait épouse légitime et reine, et que le fils qui naîtrait d’elle serait reconnu en qualité d'héritier du trône. Dans leur nombre était Chalchiubnenetzin fille légitime du roi de Mexico Axayacatl. Le roi, par égard pour son illustre naissance, lui donna un palais séparé et attacha deux mille personnes à son service. Mais bien que fort jeune encore, la princesse mexicaine était un monstrueux assemblage de tous les vices. Se voyant maîtresse absolue dans son palais et entourée de gens qui lui obéissaient aveuglément, elle commença à se livrer sans retenue à ses instincts dépravés. Elle se faisait amener tous les jeunes gens qui lui plaisaient; après avoir assouvi sa passion, ils étaient massacrés par ses ordres. Des statues représentant ses victimes, richement habillées, couvertes de joyaux et de pierreries, étaient ensuite placées dans la salle de réception; bientôt la pièce, quoique trèsgrande, en fut complètement garnie. Lorsque le roi allait visiter sa jeune épouse et lui demandait ce que signifiaient toutes ces statues, elle répondait que c’étaient ses dieux, et Nelzahualpilli, connaissant le respect des Mexicains pour leurs idoles, ajoutait foi à ses paroles.

* Signifie émeraude brillante; de cbalchiuh , émeraude, et tlanextitizdi, éclat.

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