‹ L'Empire MexicainChapitre 62 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qui étaient devenus son apanage exclusif, tomba dans un servilisme complet. Les historiens nationaux entrent à ce sujet dans de curieux détails. Un regard ou un sourire du roi, la faveur de lui rendre les plus humbles services domestiques, devinrent des causes de jalousie et de l’envie la plus haineuse.

L’orgueil de Montézuma crut en proportion de l’adoration dont il se vit l’objet, et son faste suivit la même progression. Il changea le cérémonial de la cour, en multiplia les détails, créa une garde nohle chargée de veiller sans cesse sur sa personne, s’entouia d’une pompe précédemment inconnue, et ne se montra plus que fort l’arement en public, estimant que l’isolement ajoutait à la majesté royale.

Les princes et les grands seigneurs de l’empire ne parurent plus en sa présence que les yeux Laissés, pieds nus, et en ayant soin de couvrir, par humilité, leurs riches vêtements de manteaux faits de l’étoffe la plus grossière. Nul ne regardait le roi en face ]îi ne lui parlait sans être interrogé, et alors même on lui répondait à voix basse, ou par rintermédiairc de l’im des secrétaires qui ne le quittaient jamais.

Le monarque mangeait toujours seul, assis sur un coussin ; une pile de carreaux un peu plus élevée lui servait de table. Un paravent très-richement sculpté le dérobait à la vue des personnes réunies dans la salle où il prenait ses repas. Quatre cents ])ages, portant autant de plats sur de fines serviettes, les plaçaient sur des réchauds en vue de MontézAima : il désignait ceux dont il voulait manger an sénéchal, lequel les faisait apporter par les gentilshommes de service et les plus belles des concubines royales. La nappe était de coton tin brodé de diverses couleurs, la vaisselle d’or, d’argent ou de la plus belle poterie de Cholullan. Le linge et la poterie ne paraissaient pas deux fois sur la table du roi, jamais aussi il ne mettait deux fois le même vêlement; tout cela se distribuait aux officiers de son palais.

Lorsqu’il voulait donner une marque de bienveillance à quelqu’un des conseillers de la couronne qui se tenaient debout à l’extrémité de la salle, il lui envoyait un plat de sa table. Celte faveur était fort enviée, le mortel privilégié qui la recevait mangeait en silence le mets royal.

Après le dîner, on apportait au roi sa pipe, et tandis qu’il la fumait, ses boutions l’amusaient par leurs saillies, les femmes et les seigneurs de sa cour dansaient un ballet en sa présence, puis il faisait une courte sieste, après laquelle il s’occupait des affaires de l’État et recevait les princes et les ambassadeurs étrangers.

Toutefois Montézuma réunissait de grandes qualités à cet amour extraordinaire du faste et à ces allures despotiques. Brave à la guerre, où cependant il ne parut que rarement en personne, il était très-actif en temps de paix, car l’oisiveté lui inspirait une horreur extrême, et il rendit contre ce vice de remarquables ordonnances. Il s’occupait avec zèle du gouvernement de ses États, protégeait paternellement l’agriculture, et donnait des soins particuliers à l’adininistration de la justice, qu’en général il faisait rendre prompte et bonne à chacun sans acception de personne. Voulant que tout le monde eût une occupation dans son empire, le roi faisait exercer tous les jours ses soldats et les employait à des travaux d’utilité publique quand ils n’étaient pas en campagne. Semblable au célèbre calife Ilaroun-al- Rascliid, il parcourait fréquemment les rues de sa capitale sous quelque déguisement et suivi d’un seul conlident, pour voir ce qui s’y passait, et si ceux qui gouvernaient sous ses ordres méritaient sa contiance.

La générosité était une des vertus qui brillaient avec le plus d’éclat dans ce monarque. Deux fois la famine sévit dans son royaume duiant les premières années de son règne. Il s’empressa de ])rendre de sages mesures pour combattre le fléau, ouvrit libéralement ses piopres greniers et les greniers publics atin de venir en aide aux nécessiteux,

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