PREMIÈRE PARTIE
et s’oublia lui-même pour satisfaire aux besoins de ses peuples. Mais il lit plus encore : il établit dans la xille de Culbuacan^un immense hospice des invalides, où les soldats infirmes, les pauvres et les vieillards, étaient logés, nourris et entretenus à ses frais.
La ville de Mexico-Tenochlillan , déjà fort somptueuse, s’embellit encore prodigieusement sous ce prince, ami de la magnificence, et qui voulait avoir une capitale digne de sa propre grandeur. Il y fit faire d'immenses travaux à la suite desquels elle prit un aspect véritablement enchanteur. On en peut juger par les descri[)tions que nous en ont laissées Cortès et ses premiers com})agnons.
Tenochtitlan, 041 ne l’a pas oublié, avait été bâtie dans les marécages du grand lac de l’Amérique centrale; c’était la Venise du nouveau monde. Mais Venise s’élève au milieu des eaux saumâtres des lagunes; des ondes pures et belles arrosaient Mexico.
Assise sur de charmantes îles de verdure et divisée en carrés réguliers, la ville ressemblait, à ce que dit Bernai
Diaz, l’iin des conquérants de l’Anabuac, à un immense
échiquier; il ajoute que chaque carré avait son tenq)le consacré à l’un des dieux du pays. De larges quais hordaient les innombrables canaux de la capitale , et 011 communiquait d’un quai à l’autre par une quantité de ponts en bois, tantôt fixes, tantôt mobiles, tous larges et très-bien construits.
Le sanctuaire d’Huitzilopochtli tenait le milieu de la ville. Le temple ou téocalli proprement dit reposait sur une hase composée de cinq assises superposées, construites en pierres de taille, en forme de pyramides tronquées. On y montait au couchant, [)ar un escalier de cent quatorze marches, hautes d’un pied chacune. Le sommet du socle présentait une plate-forme de soixante pieds de long sur cinquante de lai’ge, munie sur trois faces de balustrades en pierre richement sculptées ; ces balustrades s’arrêtaient du
L’EMPIRE MEXTLAIX.
côté de l’escalier. Là s’élevaient sur des socles de pierre, couverts de hideuses peintures, deux grands pavillons en Lois sculpté, renfermant les gigantesques images des dieux Huilzilopoclitli et Tlîdoc. Auprès des pavillons se trouvaient les pierres destinées aux sacrifices humains, et une haute our à deux étages terminée en coupole, dans laquelle on conservait les ustensiles destinés au culte. Une immense enceinte carrée entourait le téocalli que nous venons de décrire; elle était fermée par un mur très-épais décoré de sculptures fantastiques, parmi lesquelles on remarquait fré- ({uemment la figure du serpent. Qualre portes surmontées de tours et de statues colossales perçaient l’enceinte; à côté de chacune des portes s’élevait un bâtiment servant de dépôt d’armes. L’intérieur de la cour quadrangulaire renfermait, établis le long des murs, des jardins, des galeries, des bains et un grand nombre de batiments destinés aux écoliers, aux prêtres et aux au!-res desservants du temple. On y voyait en outre les sanctuaii’es des soixante-dix-huit divinités qui composaient la cour de Huilzilopoclitli. Ils avaient chacun ses dépendances, son téocalli et sa tour, dont les ornements avaient rapport à rinstoirc du dieu qu’on y adorait. Le seul téocalli de Ouelzalcobuatl, bâti en rotonde, affectait une forme différente des soixante-dix-sept autres; son entrée basse, obscure et peinte, représentait la gueule liéanle d’un serpent dévorant ceux qui entraient.
La disposition des édifices dont nous venons de parler laissait libre au pied de l’escalier de Huitzilopocblli un trèsgrand espace destiné à l’exécution des danses sacrées. Au milieu de cette place s’élevait l’autel des holocaustes où brûlait un feu perpétuel, dans lequel on jetait en certaines occasions des victimes humaines.
Quatre artères fort lai-gcs partaient des portes du grand temple, divisaient la capitale en autant de quartiers principaux et aboutissaient à diverses routes royales, à la campagne et au débarcadère de Tezcuco. Les quatre voies
hîUies sur pilotis, en pierres énormes, traversaient les canaux sur des ponts-levis. On les avait cliargées de terre végétale; de belles allées les garnissaient et servaient de lien de promenade an public.
La population, ainsi que nous le disions précédemment, se réunissait également dans la soirée sur la digue qui embrassait la lagune de Tenoclititlan, et qui avait été construite au temps de Montézuma P'’ par Netzabualcoyotl , à la suite de la terrible inondation de li46.
L’édilité mexicaine veillait avec les soins les plus minutieux à la propreté des quais et des voies publiques; Montézuma II se montrait inflexible à cet égard : la dégradation et la malpropreté lui inspiraient une insurmontable horreur; une foule d’hommes affectés à l’arrosage et au balayage des différents quartiers s’acquittaient de leurs fonctions avec un zèle proportionné aux sévères injonctions du roi. Des lieux d’aisance se trouvaient étaldis de distance en distance, afin qu’on ne vît d’ordures nulle part. La beauté des maisons ajoutait au charme de la ville. Celles de l’aristocratie et de la noblesse marchande, généralement cà un étage, étaient ornées de riants portiques, de cours, de bassins et de jets d’eau; des fleurs et des arbustes odorants plantés dans de beaux vases couvraient leurs larges terrasses. Celles des personnes de la basse classe se distinguaient par leur aspect riant et par leur éclatante blancheur.
De nombreux gardiens étaient préposés à la sûreté des rues, et de grands falots toujours allumés pendant la nuit rendaient impossibles les délits contre la propriété.
Mexico, nous le répétons, renfermait une grande quantité d’éditices religieux. Outre le sanctuaire de Huitzilopoclitli avec ses soixante-dix-huit téocallis, on comptait quatre cents temples dans la ville. Montézuma II embellit les palais bâtis par ses prédécesseurs pour les députés des provinces et poulies princes étrangers, et en augmenta le nombre.
Aux jours des grandes fêtes, la capitale prenait un aspect
leeriqiie : on décorait tous les temples, tous les palais, tous les monuments de grands mâts, dans le genre de ceux qu’on voit sur la place Saint-Marc à Venise, et on y attachait des l)andcroles éclatantes et des bou([iiets de fleurs.
Le roi déploya surtout sa magniticence dans la décoration de ses propres demeures. Le palais qu’il habitait d’ordinaire se trouvait dans le voisinage du temple principal. C’était un assemblage d’édifices construits en pierres de couleur rose, renfermant trois cours très-grandes et dont les vingt portes s’ouvraient sur autant de places ou de rues. Tous les portiques, toutes les galeries, toutes les pièces de cette somptueuse demeure, resplendissaient de revêtements et de décorations en maibre, en albâtre et en porphyre. Des sculptures et des incrustations enrichissaient les plafonds construits en bois précieux. Des tapis, des fourrures et des nattes fines couvraient les parquets; l’or, fargent et les pierreries brillaient dans la décoration intérieure; de merveilleux tissus aux couleurs éclatantes, des mosaïques en plumes de la plus rare beauté, étaient appendus aux murs des cent appartements du palais, et chacun d’eux avait son bain et son salon L Des milliers de vases dans lesquels on brûlait les plus suaves ])arfums répandaient leurs odeurs dans la résidence royale. Trois mille personnes, jiarmi lesquelles se trouvaient les mille femmes les plus belles de l’Anabuac, y composaient le service babiluel du moïKirque.
Montézuma avait éi’igé aussi un palais entouré de porli- (jucs d’albâtre, destiné uniquement à la conservation et à la reproduction des oiseaux dont les plumes servaient à la confection des mosaïques L Trois cents personnes veillaient au bien-ètie de cette république ailée. Non loin de là s’élevaient deux ménageries fort bien tenues, et destinées
* Au rapport des Espagnols contemporains , trois mille personnes tenaient très à l’aise dans le salon principal de la résidence royale.
* Xous parlerons de la confection de ces mosaïques dans le chapitre que nous consacrerons aux arts et à l’industrie de l’enijiire de l’Analuiac.