‹ L'Empire MexicainChapitre 8 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l’Amérique a eu ses cataclysmes, ses invasions de l)arbares, ses civilisations successives et ses nationalités diverses, tout comme le vieil hémisphère. Ses grandes monarchies ont été renversées et remplacées par d’autres l oyaumes, qui, à leur tour, ne subsistent plus que dans des vestiges’.

Au moment où l’histoire du continent central commence à se dégager des obscurités et des fables, on trouve établis dans le cœur du Mexique actuel les Toltèques, nation guerrière et nombreuse. L’historien indigène Ixtlilxochitl les fait venir d’un pays surchargé d’habitants et situé au delà du 42*= degré de latitude nord. Il paraît, ajoute-t-il, qu’ils furent chassés de leur patrie, et qu’après avoir navigué longtemps et côtoyé la contrée que l’on nomme aujourd’hui la Californie, ils parvinrent dans la Terre de Cortez, à laquelle ils donnèrent le nom de Huehuetlapallan, à cause de sa couleur rouge. Ils n’y restèrent pas très -longtemps; ils côtoyèrent le pays de Xalisco, puis ils débarquèrent au port de Huatulco, traversèrent plusieurs provinces et arrivèrent dans celle de Tochtépec, sur les bords de la mer du Sud. Ils explorèrent le pays de Tollantzinco, et y trouvant ce qu’ils cherchaient, c’est-à-dire un climat plus doux et des terres plus fertiles que les leurs, ils le colonisèrent et y fondèrent des établissements stables. Les Toltèques avaient sept chefs, et choisissaient alternativement l’un d’entre eux pour gouverneur. Ces sept chefs fondèrent la ville de Tollan, qui devint plus tard la capitale de leur empire, à cause de son heureuse situation. Les Toltèques soumirent promptement les anciens habitants du pays et surent s’approprier leur civilisation.

Sept années après la fondation de Tollan ils élurent un roi, lequel s’associa deux collègues, auxquels il assigna des

' Pour toutes les traditions qui se rapportent à Fliistoire ancienne du pays et qui intéressent plutôt les savants et les antiquaires que la généralité des lecteurs, nous ne pouvons que renvoyer à l’ouvrage si curieux et si complet de M. l’abbé Brasseur de Bourbourg.

États séparés. Ce fait se passa, suivant la ti’adition, dans la première moitié du sixième siècle de notre ère*. La nation toltèque forma dès lors trois royaumes confédérés, et l’im des rois était le chef suprême de l’empire. Le premier qui fut revêtu de cette dignité se nommait Chalchiuhtlanetzin^; il régna cinquante-deux ans. A partir de sa mort, la nation admit comme règle invariable que toujours le roi suprême régnerait ce nombre d’années. S’il venait à mourir avant, on se constituait en république pendant l’interrègne, et toutes choses continuaient à se faire au nom du défunt.

Nous ne répéterons pas, après Ixtlilxochitl, Torquemada et quelques autres bistoriens, les noms barbares des successeurs de Clialcliiuhtlanetzin^ nous nous attacherons de préférence au récit très-intéressant de M. l’abbé Brasseur de Bourbourg. Des découvertes récentes dans les archives du pays lui ont permis de donner des détails entièrement nouveaux sur la civilisation toltèque.

• L’auteur que nous suivons nous apprend que cette civilisation prit un prodigieux essor dans la seconde moitié du neuvième siècle, à la suite d’un merveilleux événement consigné dans les plus vieux documents américains.

L’épouse de Totepeuh-Gamaxtli , roi de Tollan et chef suprême de la confédération toltèque, se trouvant enceinte, les astrologues prédirent qu’elle mettrait au monde un fils auquel les plus glorieuses destinées étaient réservées. Lors de la naissance de l’enfant, ouïe nomma Ceacatl-Quetzalcohuatl; ce dernier nom était celui d’un des anciens législateurs divinisés du pays, sur les traces duquel on croyait que le rejeton royal était destiné à marcbcr.

' Quelques auteurs lui assignent une date postérieure de cent ans.

^ La syllabe finale tzin signifie seigneur.

^ Les noms des lieux et des personnages (lui figurent dans l’histoire de l’Amérique centrale sont presque tous démesurément longs et barbares pour des oreilles européennes; mais ils ont tous leur signification propre : nous croyons donc de\oir leur conserver leur orthographe authentiiiue.

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