‹ L'Empire MexicainChapitre 87 sur 127 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

grotesques, tantôt de la plus remarquable élégance; les joailliers de la même ville, les orfèvres d’Azcapotzalco cl de plusieurs autres cités y mettaient en vente des pierreries taillées avec un art admirable, des colliers émaillés, de la vaisselle d’or et d’argent, des vases d’albâtre, de cornaline, de jaspe et d’agate ciselés*; les mosaïstes présentaient aux acheteurs leurs magnifiques mosaïques en plumes, d’une solidité à toute épreuve, et dont la richesse, la beauté et l’incomparable éclat causèrent plus tard rétonnement de la cour d’Espagne 2; les marchands d’étoffes y réunissaient les produits variés de leur industrie, en coton, en poil de lièvre ou de lapin et en fils divers, depuis ceux qui servaient aux gens des basses classes, jusqu’aux magnifiques tissus aux couleurs variées, moelleux et brillants comme le velours et le satin, destinés aux rois et aux princes; jusqu’aux écharpes brodées d’or, enrichies de perles et de pierreries; on y trouvait aussi des cuirs, des maroquins, des peaux préparées

' Au rapport des contemporains, l’art de l’orfèvrerie et de la taille des pierres était beaucoup plus avancé en Amérique qu’en Europe à la même époque , et cependant les Indiens ne connaissaient pas les outils en acier.

2 Les indigènes élevaient, pour exécuter les travaux de ce genre, une quantité d’oiseaux-mouclies , de colibris et d’autres volatiles au brillant plumage. Ils leur enlevaient leurs plumes avant la mue. Plusieurs artistes se réunissaient pour faire un tableau. Après avoir tracé leur esquisse et pris leurs mesures , chacun d’eux se chargeait d’une partie du travail , et y mettait une exactitude telle, que souvent il employait une journée entière à placer une seule j)lume. 11 la maniait avec un instrument très-délicat pour ne pas la froisser et la fixait à la toile qui servait de base au tableau avec une gomme végétale très-tenace. Lorsque toutes les parties de Pieuvre étaient achevées, on les réunissait sur une plaque de cuivre et on les polissait. Cortès et ses compagnons afiirment qu’aucune expression ne pourrait donner l’idée de la perfeclion de ces travaux. « Certains Indiens, disent-ils, ont atteint une telle supériorité dans cet art , qu’ils imitent admirablement les œuvres des grands maîtres espagnols , mais aucun pinceau ne saurait atteindre l’éclat des couleurs des mosaïques. » Des artistes de second rang ornaient les parvis des temples de tapis aux dessins variés, composés de tleurs. Ces mosaïques, qui ne devaient durer qu’un ou deux jours, étaient charmantes. C’est en Amériiiue ([ue les Européens les virent pour la première fois; elles ont souvent été imitées de[)uis lors dans nos églises.

pour servir tic tapis, des nattes de toute espèce; de charmants ouvrages en menuiserie et en él)éuisterie. On y voyait encore les peintres de Tezcuco, les cordonniers de Tinacoyan, les chasseurs de Xilotepec, les pêcheurs de Cuitlahuac, les horticulteurs des Terres chaudes et de Xochilrnilco, qui offraient aux chalands les plus belles fleurs, réunies en bouquets ou en guirlandes avec un goût exquis. »

On vendait également sur ce vaste marcbé du maïs, du pain fait avec cette graine ou avec de la farine de cassave, des pâtés de poissons ou d’oiseaux, des pâtisseries trèsvariées; des poissons frais, salés ou cuits; des tnufs, du gibier, des oiseaux, des légumes, des fruits, du miel, de la cire, du jus de cannes de maïs, différentes sortes de liqueurs fermentées, etc.

L’une des rues du tianquiz servait exclusivement aux marchands de briques, de pierres et de bois de construction; il en était une autre assignée aux herboiistes , aux apothicaires, aux coiffeurs et aux cuisines publiques, où l’on servait à manger à toute heure.

On trouvait établis, à tous les coins du marché, des tlamcnes toujours prêts à enlever les fardeaux.

Le commerce se faisait soit par écliange, soit par achat et vente. On se servait de plusieurs sortes de monnaies courantes; les plus ordinaires étaient la pataste, graine commune de cacao , ou cei'taiiis petits morceaux d’étoffe de coton palolcuachlli ; [)uis venaient des jetons d’étain

percés au centre, afin qu’on pût les enliler, et des morceaux de cuivre taillés en forme de T. On usait aussi de poudre d’or renfermée dans des tuyaux de plumes, de morceaux du môme métal portant l’empreinte d’un aigle, et enlin de palets en or du ])oids de cinquante ducats.

Les poids et les mesures de longueur dont se servaient les peuples de l’Anabuac ne sont plus connus.

Le vol était la chose du monde la plus rare sur le marché de Tlatilolco et sur ceux de l’Analmac en général, tant la

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