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PREMIÈRE PARTIE

tion de ces pays divers, elle prépara les voies aux eonquêles que l’empire fit plus tard dans ces parages. Les membres de la compagnie étaient exemptés des services publics et militaires, à moins de nécessité extraordinaire; les impôts qu’ils payaient se cotaient sur la valeur de leurs marchandises.

La compagnie avait son temple particulier, son culte et son collège sacerdotal. Les membres du grand conseil qui la dirigeait se choisissaient dans son sein, et, avant le règne de Montézinna II, ils avaient accès en tout temps auprès du monarque. Ils fixaient les prix des marchandises, veillaient à la police des marchés, ou tianquiz, se constituaient en tribunal et prononçaient des sentences capitales dans l’étendue de leur juridiction. Lorsqu’une insurrection venait à éclater au dehors contre les marchands de l’Anahuac, la compagnie levait à ses frais, avec fautorisation du souverain, une armée, et nommait les généraux et les ofticiers qui devaient la commander. Montézuma I" Ilhuicamina, roi de Mexico,, releva la caste des commerçants par de fréquents anoblissements, et dès lors les membres de la plus haute aristocratie, et même des princes de la famille royale, s’adonnèrent au utgnce.

Lorsque les marchands partaient de rAnaliuac pour quelque lointaine expédition, ils se réunissaient au nombre de six cents à mille. Les bêtes de somme étant inconnues, on voyageait à pied, le bâton à la main, faisant cinq ou six lieues par jour. Les tlamènes portaient les marchandises dans des caisses aussi légères que solides, fabi-iquées en bois de bambou, et fixées aux épaules au moyen de courroies.

L’édilité de l’empire entretenait avec soin les chemins*, les ponts et les caravansérails de fAnabuac; les caravanes trouvaient des bateaux de passage aux rivières dépourvues de ponts, et de grandes barques à voiles ou à rames leur servaient à franchir les lacs et à longer les côtes.

* Ceux-ci n’avaient guère que quinze pieds de large, dimension suffisante dans un pays où l’on ne voyageait qu’à pied.

Ces caravanes restaient réunies jusqu’à leur arrivée à Toclitepec’, ville qui devint l’entrepôt général du commerce en dehors de la vallée; plus loin commençaient les pays ennemis. Avant d’y pénétrer, les marchands se déguisaient, s’armaient en guerre et se dispersaient, pour aller courir de périlleuses aventures, chacun du côté où l’appelaient ses affaires. Habituellement, les négociants se réunissaient de nouveau à Tochtepec pour rentrer dans l’empire; ils y quittaient leurs armes et leurs déguisements, et célébraient leur retour dans leurs foyers par une offrande aux dieux et par un repas dans lequel chacun réunissait ses parents et ses amis, auxquels il faisait des présents proportionnés à sa fortune. Avant de se mettre à table, l’arrivant se lavait les mains et la bouche, car il lui était interdit de le faire tant que durait le voyage.

A la suite de l’extension que prit le commerce, les marchés, ou tianquiz, se multiplièrent dans les grandes villes de l’Anahuac; celui de Tlalilolco, siège de la grande compagnie marchande, resta le plus important de tous jusqu’aux temps de l’invasion espagnole. Les premiers historiens européens, témoins oculaires de la conquête, nous en ont laissé la description; il était d’une immense étendue et entouré de vastes portiques couverts, distribués par quartiers. Tous les produits des contrées voisines ou lointaines de l’Amérique se trouvaient sur ce colossal marché. L’usage des houti(|ues étant inconnu dans le nouveau monde, chacun s’empressait de placer en ce lieu les objets de son industrie, sous le jour le plus favorable. Chaque profession y avait son quartiei* spécial. « Les potiers de Ghohillan, dit un des contemi>orains, y portaient leurs porcelaines au grain tin, aux couleurs éclatantes et variées \ aux formes cai)i icieuses, tantôt

* Signifie montagne des lapins; de tochin, lapin, et tepec, montagne.

^ Les Indiens composaient des rouleiirs merveilleusement belles; ils les tiraient des plantes, des bois, des coquillages et des minéraux; elles étaient aussi durables que brillantes.

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