‹ L'empire romain à RomeChapitre 14 sur 38 · MARG-AURÈLE · texte numérisé non relu

MARG-AURÈLE

un magicien d'Egypte nommé Arnuphis, qui avait invoqué Mercure aérien, ainsi que d'autres démons, et, par certains sortilèges, avait fait tomber la pluie. Selon Capitolinus, cette pluie aurait été accordée aux prières de Marc Aurèle lui-même. Xiphilin, qui a recueilli les fragments de Dion, n hésite pas à l'appeler un menteur, à soutenir qu'il a dénaturé la tradition chrétienne, et introduit à cet effet le magicien Arnuphis. Malheureusement Xiphilin insiste sur le nom de fulminante porté par une légion romaine comme preuve du fait qu'il atteste, et nous avons vu que c'était une mauvaise preuve. Une seule chose paraît certaine, c'est qu'une pluie inespérée étant tombée fort à propos, les païens et les chrétiens prétendirent, les uns comme les autres, l'avoir obtenue miraculeusement du ciel. Ce qui est plus certain encore, c'est que si la figure de Jupiter pluvieux fait allusion à quelque chose, c'est au miracle païen plutôt qu'au miracle chrétien.

Une colonne ne fut pas le seul monument triomphal dédié à Marc- Aurèle ; un arc Igi fut aussi érigé. Il méritait l'un et Taulre, car, et c'est là une supériorité sur Antonin le Pieux, il fit la guerre en personne, et celui qu'on appela Marc-Anlonin le Philosophe aurait pu s'appeler aussi Marc-Antonin le Vaillant. L'arc de Marc-Aurèle était un des quatre qui décoraient la voie Flaminienne et décoreraient aujourd'hui le Corso, qui l'a remplacée, si on ne les avait

abattus ^ Celui de Marc-Aurële était encore debout il y a deux cents ans. Il avait échappé aux Barbares, au moyen âge et à la renaissance. Quelle fortune ! Mais un pape s'est trouvé, Alexandre VU (Chigi), qui a eu Taudace de le détruire, et, ce qui est plus incroyable, la naïveté de s'en vanter dans une inscription qu'on peut bien lire encore aujourd'hui. On devrait au moins l'efTacer pour l'honneur de la papauté et des Chigi. Alexandre VII accomplit cet acte de vandalisme pour débarrasser, dit^il, la voie publique. On ne parlerait pas autrement d une masure ou d une immondice, et c'était Tare de triomphe de Marc-Aurèle ! Marc-Aurèle avait vaincu les Barbares, mais la barbarie devait prendre sa revanche. Dieu veuille que nous n'ayons jamais un autre Alexandre VII, car il pourrait bien trouver que la colonne de Marc-Aurèle gène la circulation des voitures sur la place Antonine et la faire abattre dans l'intérêt des fiacres qui stationnent sur cette place.

Quelques bas-reliefs, qu'on a placés dans Tescalier du palais des Conservateurs, sont, s'ils proviennent de cet arc de triomphe, tout ce qui a échappé à sa destruction; mais celle provenance est douteuse, et j'incline à croire qu'Alexandre VU n'était pas homme à laisser subsister un débris du monument qu'il renversait. Quelle qu'en soit l'origine, ces bas-reliefs sont très-

* Les trois autres étaient Tare de Claude, l'arc de Domitien et un arc du temps des Gordiens ou de Dioclétien.

MARC-AURÈLE *i3&

remarquables : nulle part la sculpture, même sur l'arc de Trajan, ne se montre plus romaine ; nulle part elle ne porte mieux Tempreinte de la simplicité, de la gravité et de la majesté que dans les quatre tableaux sculptés placés en haut des premières marches de Fescalier des Conservateurs. Le premier, n«n dans Tordre où on les a rangés, mais dans Tordre véritable, représente Marc-Aurèle à cheval et faisant grâce sur le champ de bataille à des Barbares vaincus. Dans le second, une femme en habit de guerrière et qui tient un globe à la main, -^ on voit que ce ne peut être que Rome, — offre ce globe à l'empereur victorieux'. Le troisième nous fait assister à son triomphe : il est debout sur son char, la Victoire le suit. Devant lui, un homme souffle dans un clairon, Tempereur va passer sous un arc de triomphe et s'achemine vers leCapitole. Dans le dernier des quatre bas-reliefs, il y est monté, et debout offre un sacrifice devant le temple aux trois portes consacrées à Jupiter, à Junon et à Minerve. Les deux bas-reliefs qui sont au premier étage, moins beaux de style, se rapportent à Tapothéose deFaustine la Jeune. On la voit s'élever du bûcher vers le ciel, portée par une renommée. Le champ de Mars, lieu de la scène, est figuré par un jeune homme, selon l'usage des anciens, qui personnifiaient ainsi les localités, une montagne, un fleuve, une grande roule même, comme nous Tavons vu pour la voie Appienne dans un bas-relief emprunté par Constantin à Tare de

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Trajan. Ici Marc-Aurèle, assis et la tête levée, semble suivre du regard Finfidèle épouse, qu'il avait perdue, sans le s?ivoir, bien avant ce jour-là. Le trop confiant mari n'est pas encore détrompé.

En effet, son aveuglement fut grand à cet égard- Bien qu'il y ait quelque chose de touchant à se tromper sur ceux qu'on aime, quand cette illusion va aussi loin que celle de Marc-Aurèle au sujet de sa femme, elle touche au ridicule. Un noble sentiment lui faisait répondre, quand on le pressait de la répudier : « Alors il fout rendre la dot. » — La dot, c'était l'empire. Mais ne pas voir ce que tout le monde voyait, mais, quand les bouffons nommaient sur la scène les amants de Faiîstine, écrire une lettre pour la défendre et remercier les dieux de lui avoir donné une épouse si vertueuse, traiter ainsi celle que son biographe appelle uxor infamiSy celle qui choisissait ses complices parmi les matelots et les gladiateurs, et demander après cela pour elle les honneurs divins, c'est trop en vérité. C était pousser un peu loin l'application de cette maxime des stoïciens, que «Ue sage ne considère rien comme sa propriété, » ou trop démontrer cet autre axiome de la même école, a qu'on n'est malheureux que parce qu'on croit. »

Marc-Aurèle n'a d'excuse que la passion. Le sage empereur paraît avoir été très-amoureux de Faustine. « Plutôt, écrivait-il à son maître Fronton, être avec elle dans une île déserte que de vivre sans elle dans le

MARC-AURÈLE Ui

palais impérial ! » Pour nous, en présence des portraits de Faustine, nous comprenons la passion de Marc- Aurèle, car cette femme a bien la plus charmante figure qu'on puisse voir; mais comme l'amour ne nous aveugle pas, nous lui trouvons aussi l'air d'une franche coquette, et nous nous expliquons très-bien sa mauvaise renommée auprès du public contemporain et dans Thistoire, l'un et l'autre mieux informés que Marc-Aurèle. Rien, dans la vive et piquante physionomie de Faustine, ne dément des accusations certainement fondées. Ses bustes ont toujours l'air de vouloir entrer en conversation avec le premier venu, et il y a sous le péristyle du casin Albani une statue assise de la charmante impératrice, qui, la tète un peu penchée, semble écouter une déclaration... Heureux Marc-Aurèle, si elle ne les eût jamais faites la premi^e!

Dans une des salles du môme casin^ un bas-relief montre Marc-Aurèle adressant au peuple une de ces leçons de morale, un de ces serjnons philosophiques qu'il avait coutume de prononcer devant lui. Faustine se tient derrière l'empereur sous les traits de l'Abondance, un caducée à la main, et écoutant cette fois son mari : c'était bien le moine après en avoir écouté tant d'autres !

Marc-Aurèle fut malheureux dans tous ses rapports de famille : Faustine fut une épouse infidèle, Commode un détestable fils, et Lucius Verus un gendre très-peu digne de son beau-père.

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La figure de Lucius Verus est une de celles qu'on remarque le plus dans les musées et qu'il est le plus facile de reconnaître. C*est un bel homme à la chevelure et à la barbe très-soignée, Tair peu spirituel, fat et assez mauvais. Content de sa personne, il aimait à la montrer, et on a bon nombre de ses statues dans le costume héroïque. La physionomie de Verus est trèspropre à faire apprécier son caractère. On aperçoit tout d* abord le dandy « qui avait tant de soin de sa chevelure blonde, dit Capitolinus, qu'il la semait de paillettes d'or pour la rendre plus brillante, » qui laissait croître sa barbe presque à la manière des Barbares, non par négligence, mais parce qu'elle était belle et que cette mode étrangère lui plaisait. La statue de Lucius Verus qui est au Vatican, dans la salle de l'Ariane, porte une cuirasse magnifiquement travaillée ; le goût de la parure perce jusque dans les ornements du guerrier. Lucius Verus fut ce qu'on appelle aujourd'hui un viveur, mais un viveur méchant, et cette méchanceté donne quelque chose de sombre à la figure de ce bellâtre. Ingenii asperi atque lascivij dit l'^pt^om^ des Césars d'Aurelius Victor; son naturel était rude et vicieux. Cette rudesse lui prêtait un certain air de franchise qui avait trompé Antonin. Il y a de ces hommes au fond pervers dont, parce qu'ils ont avec cela quelque brutalité, on dit : C'est un bon enfant. Tel paraît avoir été Lucius Verus. Comme tant d'autres mauvais empereurs, il eut de

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