PRÉFACE
Au lendemain des fusillades de Pétersbourg, notre gouvernement déclarait à la Chambre :
Nous continuerons la politique qui, grâce à l'appui éclairé du Parlement et à l'assentiment manifeste de la nation, par la pratique active de notre alliance et la réalisation d'utiles rapprochements, a fortifié notre situation dans le monde et fait de notre pays, à des heures critiques, un agent écouté de concorde internationale.
Un député socialiste-révolutionnaire, M. Allard, protesta :
Dans toutes les déclarations qui ont été lues à cette tribu no depuis un certain temps, nous avions l'habitude d'entendre le couplet franco-russe : c'était de rigueur. Mais aujourd'hui j'ai été étonné, alors que tout l'univers civilisé n'a qu'un cri d'indignation devant les massacres de Saint-Pétersbourg, j'ai été étonné, dis je, qu'on ait osé parler encore devant un
VIII PRKFACE
parlement français d'une alliance et de relations quelconques avec un gouvernement d'assassins.
Notre ministre des Affaires étrangères, M. Delcassé, répliqua à cet orateur de l'Extrême-Gauche :
Déplorez les événements qui se sont produits; plaignez-en les victimes infiniment moins nombreuses, heureusement, qu'on ne l'a dit. Mais vous devez vous arrêter là. Vous n'êtes pas des juges. Les faits ne relèvent pas devons...
Je dis que vous n'êtes pas les juges de ce qui se passe dans les pays étrangers. La susceptibilité cent fois légitime (pie vous montreriez, que je montrerais moi-même autant que quiconque ici, contre l'ombre même d'une ingérence étrangère dans nos affaires intérieures, nous fait une loi d'observer la même réserve...
Parlant au nom de la nation, M. Delcassé aurait pu L'associer tout entière à cette tristesse et à cette pitié qu'il permettait ou conseillait à quelques-uns. La France a été unanime. Le sang inutilement ou injustement versé lui cause toujours la même émotion, la même révolte : Arménie, ïransvaal ou Pologne, elle est toujours pour ceux que l'on massacre; mais, quand il s'agit du peuple russe, notre compassion se fait plus tendre pour les malheurs de cet ami et allié. Car l'alliance russe, dont on a pu critiquer certaines conséquences et