L'empire sumatranais de Crivijaya
On chercherait vainement le nom de l'ancien empire de (irivijaya dans les dictionnaires et manuels de géographie ou d'histoire : il est encore inconnu. Des textes orientaux qu'on trouvera plus loin, permettent, cependant, d'en reconstituer huit siècles d'histoire. Colonisé par l'Inde à haute époque, comme le Camhodge et le Campa, l'empire, le premier empire de l'Indonésie, est en plein développement culturel dès le vil'' siècle de notre ère : nous en avons pour témoignage le lécit d'un étranger, le grand pèlerin Yi-tsing.
La bibliographie du sujet peut tenir en (pielques lignes :
kilâb 'ajàïb al-Hind, Livre des Merveilles de l'Inde, par le capitaine BozoRfi BiN Saiiriyâr (Ic llâmiiormoz , ti-ad. par Marcel Devic, texte arabe et noies par P. A. van der Lith, Leyde, i883-i886, in-/i°, p. 2/17- 253, avec une note ae Beal.
Les religieux éminenls qui alliirent chercher la loi dans les pays d'Occident, Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie T'ang par I-tsing, Irad. Ed. Chavannes, Paris, iSy^i, iii-8",
J. Takakusu , A Record of the Buddhist religion as practised in India and the Malay Archipelago {A. D. 6'ji-6g5) by I-tsing, Oxford, 1896, pet. in-A".
Paul Pelhot, Deux itinéraires de Chine en Inde à la foi du vm' siècle, dans B.É.F.E.-O., t. IV, igoi.
Gabriel Ferrand, Relations de voyages et textes géographiques arabes, persans et turks relatifs à l'Extrême-Orient, Paris, in-8°, t. 1, 1918; t. II, 1914.
N. J. Krom, Een Sumatraansche Inscriptie van Koning Krtanagara, dans Verslagen en Med. der K. Akademie v. Wetenschapen, Afdeeling Letterkunde, 5e Reeks, Deel II, p. Soô-SSg, 1916.
Georges Coedès , Le royaume de Çrivijaija, dans B.E.F.E.-O. , t. XVIIl , 1918, n" 6, 36 pages avec 3 planches.
Gabriel Ferrand , Compte-rendu du mémoire précédent dans /. As. , juillet-août 1919, p. 1 49-200.
N. J. Krom, De Sumatraansche période der Javaansche geschiedenis , Leyde, 1919, 33 pages in-8°; traduit en français dans le B.E.F.E.-O., t. XIX, 1919, n° 5, p. 127-135.
J. Ph. VoGEL, Het koninkrijk Çnvijai/a, dans Bijdragen tôt de Taal, Land- en Volkenkunde van Nederlandsch-Indië, deel 78, 1919, p. 626- 687 (l'auteur analyse le mémoire précité de CœdÈs, Le royaume de Crivijuya, et donne des renseignements peu connus sur l'entrée, à la bibliothèque de l'Université, de la rr grande charte de Leyden , vide infra, XXXIl,p. 46).
G. 0. Blagden, The Empire of the Maharaja, King oj the Mountains and Lord of the Isles, dans Journ. Straits Branch oJ R. A. S., n° 81,
On a réuni dans les pages suivantes , les textes chinois , indonésiens, sanskrits, pâlis, tamouls, arabes, persans, cambodgiens et siamois qui , sous des noms divers , mentionnent l'empire de Çrivijaya et ses dépendances. Ces textes s'éclairent les uns par les autres et permettent heureusement d'arriver à des précisions. Les résultats obtenus à la suite d'une enquête nouvelle portant sur un plus grand nombre de documents, modifient dans une certaine mesure, infirment quelquefois telle
opinion exprimée dans mon compte rendu du mémoire de CoEDÈs {^supra, p. 2). Mais il ne s'agit pas ici de simples rectifications personnelles qui auraient pu tenir en quelques pages; la question est plus haute et vaut qu'on y revienne. C'est presque une opinion courante que Java a été le foyer et le centre d'expansion de la civilisation indienne dans l'Insulinde. Il semble, au contraire, qu'il faille en faire honneur à l'empire sumatranais de Çrivijaya, dont les textes et l'épigraphie nous montrent la haute culture et l'incontestable suprématie politique, militaire et navale pendant le premier millénaire de notre ère. Maître encore d'un immense territoire au xnf siècle, l'empire s'effondre sous les défaites que lui infligent les Javanais dans la métropole, les Thaïs de Sukhodaya dans ses possessions de la péninsule malaise, et à la suite des revers éprouvés dans les deux expéditions contre Ceylan.