‹ L'emploi des temps en français; ou, Le mécanisme du verbeChapitre 8 sur 15 · FORME · texte numérisé non relu

FORME

La deuxième forme du conditionnel a le même sens <|uc la première.

Ex. : Il eût fait cela volontiers, s'il l'avait pu. — Vous eussiez biiMi ri de le voir ainsi déguisé.

Toutefois, elle ne s'emploie jamais à la place de on suppose que et, dans une proposition subordonnée, elle ne peut remplacer la première forme, si la proposition

principale est affirmative. Ainsi on ne peut pas dire : Je pensais que vous fussiez sorti hier, au lieu de : Je pensais que vous seriez sorti hier.

Remarque. Il existe deux autres formes de conditionnel que les grammaires classiques ne mentionnent pas et qui sont cependant très employées : la première se forme avec l'imparfait de l'auxiliaire devoir, mentionné plus haut, et un infinitif.

Ex. : Il devait arriver à 10 heures, mais il manqua le train et n'arriva que beaucoup plus tard.

Logiquement cette phrase signifie : Il serait arrivé à 10 heures s'il n'avait pas manqué le train, etc.

L'autre forme est un véritable conditionnel passé immédiat, composé du verbe aller à l'imparfait et d'un infinitif.

Ex. : Il allait sortir quand la pluie commença (c'est-àdire : Il serait sorti si la pluie n'avait pas commencé).

Exercices sur l'emploi du conditionnel passé.

Remplacez par l'une des quatre formes du conditionnel passé les verbes soulignés.

Nous venir vous voir hier, mais le mauvais temps nous en a empêchés. — Pour réussir dans cette entreprise, il falloir procéder tout autrement. — Nous sortir, si la pluie ne s'était mise à tomber. — Mon frère parlir hier, mais il a retardé son départ. — Que ^;enser-vous de lui, si vous aviez su quelle était sa conduite ? — Je me bien garder de venir, si j 'avais su ce qui allait se passer. — Un grave accident est arrivé hier à Paris; il être dû à la malveillance. — Je vous reconnaître hier soir, quand même vous ne me parler pas. — Il faut lui pardonner, lors même qu'il avoir jadis de graves torts. — Il fallait venir nous voir hier; nous être enchantés de vous recevoir. — J'étais venu chez vous à 7 heures du matin, ne supposant pas que vous sortir de si bonne heure. — On m'avait annoncé qu'il revenir aujourd'hui, mais j'ai appris depuis que son retour était retardé de quelques jours. — J'avais

donné rendez-vous à un ami; il venir, mais au dernier moment il m'a fait prévenir qu'il ne pourrait pas se rendre chez moi. — Boileau disait en parlant de Chapelain : « Il est vrai, s'il m'eût cru, qu'il ne point faire de vers. » — Que réponrfre-vous, si on vous avait demandé votre opinion.

Emploi de SI avec les temps de l'indicatif et du conditionnel.

P Lorsque le mot si (quelquefois avec le sens de quand ou de puisque) sert à exprimer une condition proprement dite, le verbe de la proposition principale et celui de la. subordonnée se mettent tous les deux à l'indicatif.

Ex. : Si les pauvres ont du pain, ils se trouvent heureux, — Si ces pauvres gens ont eu du pain, ils ont été contents. — Si les Romains de la décadence avaient du pain et des jeux de cirque, ils étaient satisfaits. — S'ils ont reçu ma lettre, ils viendront. — Si j'ai eu tort, je vous prie de me pardonner.

Remarque. Il existe en français une autre forme verbale pour exprimer le si et la condition proprement dite, c'est la tournure inversire, employée surtout au présent, à ['imparfait et au plus-que-peirfait.

Ex. : Les pauvres ont-ils du pain, ils se trouvent heureux. — Les Romains de la décadence avaient-ils du pain et des jeux de cirque, ils étaient satisfaits. — Les sauvages avaient-ils fait un prisonnier, ils le mettaient à mort.

2° Lorsque le mot si (en anglais if, en allemand wenn) l'xprime une supposition, logi(iuement la iihi'ase devrait se construire avec deux futurs comme en latin, ou deux conditionnels ; mais l'usage français veut que le verbe de la proposition subordonnée suppositive se mette au présent ou au passé, suivant Le sens. Le verbe de la pro- I)Osition principale se met !ui-m<'nip au futur ou au conditionnel.

Ex. : Si vous venez (au lieu de : viendrez) demain, vous me ferez plaisir. — Si vous veniez (au lieu de : viendriez) demain, vous me feriez plaisir. — Si vous étiez venu (au lieu de: seriez venu) hier, vous m'auriez fait plaisir.

Remarques :

a) Dans les trois phrases qui précèdent, le présent correspond au futur, V imparfait au conditionnel et le plus- que-par fait au conditionnel passé.

Quelquefois, on se sert du conditionnel passé deuxième forme au lieu à\i plus-que-parfait.

Ex. : Si vous eussiez vu sa mine déconfite, vous auriez bien ri (au lieu de : Si vous aviez vu).

b) La supposition introduite par si a un sens très différent, selon que le verbe de la proposition principale est d.\i futur OM d.\i conditionnel. Quand je dis: Si vous venez, vous me ferez plaisir, je suppose que vous powrrej venir, que l'action esiprobablc Qupossible ; au contraire, quand je dis : Si vous veniez demain, vous me feriez plaisir, je considère la venue comme douteuse ou incertaine. Dans un grand nombre de cas, le fait supposé est même considéré comme ne devant pas se produire, par exemple dans ces phrases :

Il pleut à verse : c'est dommage, car s'il faisait beau, je sortirais. — Si j'avais assez d'argent, j'achèterais cette maison. — Si je pouvais vous rendre ce service, je le ferais volontiers; malheureusement cela m'est impossible.

c) Il existe trois autres formes verbales pour exprimer le si et la supposition.

La première est le subjonctif employé seul, sans proposition principale.

Ex. : Il fait trop mauvais temps pour sortir; mais que le soleil reparaisse et nous irons nous promener (c'està-dire : si le soleil reparaît), — Vienne la barque qui t'emmène, en souriant je la verrai partir (Musset) (c'està dire : si la barque vient).

La seconde est Vimpératif.

Ex. : Prenez ce remède et vous serez guéri (c'est-àdire : si vous prenez).

La troisième est Y infinitif employé avec \q. jjréposition à.

Ex. : A Ventendre on croirait que tout est perdu (c'està-dire : si on l'entendait).

d) Dans certaines phrases, où la proposition principale est sous-entendue. Vimparfait et le plus-que-parfait employés avec si, à la place du conditionnel, expriment un souhait mélangé de crainte ou un regret.

Ex. : S'il pouvait réussir! (c'est à-dire : Gomme nous serions heureux s'il pouvait réussir!) — Si nous avions la chance de le rencontrer ! (c'est-à-dire : Quel serait notre bonheur si nous avions la chance de le rencontrer !) — Si au moins il avait eu l'idée de nous écrire ! (c'est-àdire: Les choses auraient mieux été s'il avait eu l'idée de nous écrire).

3° Lorsque si {an, en latin; wheiher, en anglais; ob, en allemand) est employé dans une proposition subordonnée, avec un sens dubitatif ou intcrrogaiif^ le verbe de celle-ci se met au futur ou au conditionnel.

Ex. : Je ne sais s'il viendra demain. — Dites-moi si vous viendrez demain. — Je ne savais s'il pourrait vous recevoir. — Je ne pouvais deviner s'il serait venu vous voir avant de partir.

Exercices sur l'emploi de SI avec l'indicatif et le conditionnel.

Emploi de v«< expriinaiit la condition.

Mettez les verbes soulignés au temps voulu de Vindicatif.

Si les oiseaux avoir trop froid dans un pays, ils émifrrent généralement dans un autre. — A Carthage, si un général re-

venir vaincu, il était presque toujours mis à mort. — Si notre ami pouvoir prendre le bateau tiier, il est maintenant en pleine mer. — A la guerre, si l'on pouvoir tourner l'ennemi la veille, on a la chance d'être vainqueur le lendemain. — Si, dans mainte occasion, yêtre étourdi, ne m'en veuillez pas.— C'est un homme impossible; s'il gagner un peu d'argent, il va le dépenser au cabaret. — Comment aurais-je pu vous voir au théâtre, si je n'y être pas? — Si vous me permettre de m'asseoir, je consens à vous tenir compagnie ? — Pendant la Terreur, si un citoyen être soupçonné de sympathies aristocratiques, on l'envoyait à la guillotine. — Si notre ami recevoir notre invitation, nous pouvons l'attendre. — Si je vous faire toujours des reproches, c'est que vous les méritez. — Si vous me prêter ce livre, je suis content.

Emploi de si exprimant la supposition.

Mettez les verbes soulignés au temps voulu de Vindicatif, en observant si le verbe de la proposition principale est au futur ou à l'un des conditionnels. (Si veut dire if ou icenn.)

Si vous rencontrer mon frère, vous lui direz que je vais rentrer. — Si nous savoir que vous pourriez venir, nous vous aurions invité à notre soirée. — Si vous avoir le temps d'aller au théâtre ce soir, vous passeriez quelques bons moments. — S'il faire beau demain, nous irons faire une course de montagne. — Si la pluie cesser de tomber hier au soir, nous serions allés chez vous. — Si Grouchy exécuter les ordres de Napoléon, Wellington aurait peut-être perdu la bataille de Waterloo. — Si vous le voir ainsi affublé, vous auriez bien ri. — Les hommes seraient plus heureux s'ils n'être pas ambitieux. — J'irais volontiers voir notre ami, si je croire le trouver chez lui. —Si tu vouloir qw' on t'épargne, épargne aussi les autres. — Vous serez très bien dans cette maison, si vous y faire quelques réparations.— Si nous n'avoir point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres [La Rochefoucauld). — Si vous vouloir qu'on dise du bien de vous, n'en dites point {Pascal). — Si Dieu n'existe}^ pas, il faudrait l'inventer {Voltaire). — Si la guerre pouvoir cesser ! — Si votre frère venir demain ! — Si du moins nous réussir à le convaincre ! — Co'inmeje voudrais qu'il pouvoir partir.

Changez les tournures suivantes en phrases contenant le si conditionnel.

Son ami vient-il le voir, il n'a plus le courage de travailler. — Les sauvages de l'Amérique faisaient-ils un prisonnier, aussitôt ils le torturaient. — Ce pays est florissant, mais que la guerre éclate et il sera bientôt ruiné. — Il y a beaucoup de gens qui se disent nos amis, mais l'ieyme un malheur et nous les verrons s'éclipser. — Montez dans la chambre de votre frère, vous le trouverez certainement, il vient de rentrer. — A Ven croire, tout irait bien là-bas. — A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Exercices avec SI dans le sens de WHETHER et OB.

Mettez au futui- ou au conditionnel les verbes soulignés.

Savez-vous si le général partir demain ? — Je ne sais pas s'il partir demain. — Je ne savais pas si ma mère pouvoir venir ici. — Ne sachant si ce livre vous convenir, ']e n'ai pas osé l'acheter. — Il m'était impossible de deviner si vous accepter ma proposition. — Nous nous demandons si cela en valoir la peine. —On se demande de tous côtés si la guerre sortir de toutes ces complications. — On se demandait hier de tous côtés si la guerre ne sortir pas de toutes ces complications. — Je vous dirai demain si mon frère venir ou non l'été prochain. — Pourriez-vous me dire si le train s'arrêter k cette station ? — Vous auriez dû me faire savoir si vous partir après la soirée. — On devait m'écrire s'il revcnii' bientôt, mais je n'ai reçu aucune lettre. — Ne sachant si vous être disposé à traiter cette affaire, j'ai dit au courtier de revenir plus tard. — Elle ignore si sa scrur faire avec elle co voyage. — Comment aurait-on pu savoir s'il ùtre capable d'occuper cette place?— Ayez l'obligeance de me dire si vous sortir ce soir. — Il nous était impossible de prévoir si la pluie tomber ou non.

Concordance des temps de l'indicatif et du conditionnel dans les propositions subordonnées ou dépendantes.

Le verbe d'une proposition subordonnée se met toujours au temps que la logique comporte, quel que soit le temps employé dans la proposition principale. Il n'y a pas de concordance artificielle entre ceux-ci, comme cela a lieu pour certains temps du subjonctif. Les règles que nous venons d'énoncer s'appliquent donc à toutes les formes de la phrase où les deux modes dont il s'agit sont employés.

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