L'emprunt, projet financier présenté A.M. Humann suivi d'un catéchisme populaire financier mis à la portée des prolétaires
Le meilleur gouverne* ment serait celui où une offense faite à un citoyen serait vengée par toute la nation.
Le meilleur gouvernement serait celui dons lequel on ne laisserait pas passer un instant sans que le capital d'un citoyen ne portât intérêt h lui et a la nation.
{.4>8ociation.) Franklin.
On aura obtenu ces deux perfectionnements
et la nation se fondront l'un dans l'autre de manière à former une vê-
le basée sur les chiffres, et non sur les
ratie.) CoRYAlA.
11 y a cinquante-deux ans que l'Europe s'efforce d'obtenir la liberté des idées et de 4a parole, qu'elle considère comme la source de tous les biens matériels et moraux de l'espèce humaine. Depuis cinquante-deux ans on fait des expériences avec les barricades, le canon, l'échafaud, les proscriptions et les protocoles; et cependant les choses ont toujours marché de mal en pis, parce que la conquête éphémère de la liberté devant la loi, outre qu'elle a coûté à notre génération des torrents de sang , se trouve aujourd'hui inféodée à une classe privilégiée, à la classe des banquiers, moyennant cinquante milliards de francs dont nous devons rembourser le capital, ou payer éternellement les intérêts. La révolution politique ayant manqué son but et la génération étant écrasée par l'énorme fardeau d'un intérêt annuel, pour les garanties duquel les créanciers mettent les gouvernements dans la nécessité d'avoir trois millions de soldats armés et un million d'espions , les peuples se désaffectionnent de leurs souverains, la misère augmente che» eux à mesure que la richesse s'accroît chex leurs
créanciers, et ainsi gouvernants et gouvernes, victimes ensemble d'une maladie qu'ils ne savent point guérir, courent inévitablement à la mort.
Pour comble de malheur, le commerce des intérêts de cette énorme dette favorisant l'agiotage de la Bourse, celle-ci, pareille à une pompe aspirante , s'empare de tout le numéraire de l'État qu'elle enlève ainsi aux récompenses dues au talent et au travail du prolétaire : elle crée des flots de valeurs factices qui engendrent la production illimitée et la funeste concurrence, en sorte que la majorité, privée de pain et de ressources , se voit environnée d'un luxe qu'elle produit et qu'elle ne peut partager, subissant ainsi le supplice de Tantale.
La politique, se traînant à la remorque des circonstances, ne sachant plus comment sortir du labyrinthe iucxtricable qu'elle s'est formé avec la grammaire de Machiavel , essaie de réparer le mal en faisaut des concessions au principe de l'association. Mais «c remède a aggravé le mal lui-même en augmentant le nombre de ceux qui s'alimentent des produits du prolétaire. La politique a cru également devoir, au moyen des caisses d'épargnes, associer le prolétariat au besoin de l'ordre : mais cette institution, toute philan tropique qu'elle est comme principe, est funeste dans son organisation parce qu'elle ôtc des mains du prolétaire le peu d'argent dont l'agiotage de la Bourse ne pourrait faire sa proie, et l'apporte en masse sur ce funeste marché ; de sorte que cette portion du numéraire, enlevée à la circulation des localités, concourt à la hausse de la rente au profit des agioteurs et au préjudice du trésor, qui est obligé d'amortir aux prix courants. De cette façon les économies du peuple sont employées contre l'intérêt du peuple.
Dans l'état de confusion où les nations sont tombées, les philantropes conservateurs et les hommes notables du prolétariat, convaincus (que l'épreuve de la guerre ne ferait que ramener le cercle vicieux des révolutions, lesquelles se termineraient par la dictature militaire, s'efforcent d'inventer des systèmes de réforme propres à amener la cessation des maux de la société. Tout en admirant les efforts de ces réformateurs , nous aussi nous allons présenter un projet de réforme, fruit de trente ans d'expérience et d'études, appuyé non sur des opinions, mais bien sur les deirx seules vérités qui existent, à savoir : les faits et les chiffres. Sous
ce rapport nous comptons sur toule l'attention de la politique el sur la discussion consciencieuse de la pliilautropie.
Prenant la somme du bieu et du mal telle qu'elle est, respectant chaque actualité par la seule raison de sou existence, quelle qu'ait été son origine, nous proposons aux réformateurs et aux peuples un moyen technique de réforme politico-sociale qui, sans mettre en jeu les opinions, est applicable à tous les états, quelle que soit leur organisation actuelle.
La vie matérielle des individus et des nations étant le fait le plus important, il ne peut y être apporté d'amélioration que par la puissance d'un fait nouveau et non par les opinions, variables de leur nature comme la pensée qui les fait naître. Or, la lutte des opinions et des faits nous a révélé que la banque, ou la routine financière, a rendu les financiers maîtres de toutes les positions politiques et des questions gouvernementales, que par conséquent il ne s'agit plus que de rendre commune à tous cette routine, aujourd'hui le privilège de quelques-uns.
Cette routine est fondée sur l'organisme matériel d'une richesse inextinguible et élastique jusqu'à l'infini, et qui se nomme crédit. Cette richesse, on la voit, on la sent, mais on ne la touche point; et, comme le dieu de la vie matérielle, elle enrichit les croyants qui savent l'adorer, de même que le crédit religieux enrichit par l'espérance des biens futurs les malheureuses créatures que Pori veut indemniser de la privation des biens présents.
Ce qui constitue donc la découverte dont nous nous sommes constamment préoccupé, c'est de transformer en science populaire . le fait primordial, unique levier sur lequel s'appuie l'existence sociale des individus et des nations, fait dont nous devons la découverte à notre patience obstinée. Organiser la routine financière d'une nation de manière que, sans s'en apercevoir, chaque citoyen dans la société se trouve enveloppé de cet élément primordial de la vie appelé crédit, tel est le but de la Bancocratic , dont le seul nom suffit pour annoncer que nous en formons un nouveau principe de gouvernement représenté par une Banque nationale. Cette réforme étant appuyée sur une routine, demande un premier fait qui consisterait dans une loi qui la proclamât. Mais comme ce fait est inféodé dans les monopoleurs de la richesse appelée le crédit, et qu'il conduirait à une commandite parfaite entre le souverain et le peuple , on pourrait ainsi craindre que la loi fût empêchée par
l'égoisme des banquiers ou des administrateurs actuels du peuple , qui craindraient d'être révoqués de leurs fonctions. Nous avons dès lois cru devoir séparer la routine, ou soit l'art de la Banque nationale , de sa science, pour que les prolétaires , en cas d'ajournement de la loi, puissent en demander la promulgation au moyen d'associations légales qui enlèvent aux monopoleurs du crédit les avantages exclusifs de cette source de vie, et mettent le gouvernement dans un tel isolement qu'il soit contraint d'accepter les conditions de la commandite nationale.
Cest dans ce but que nous avons cru d'abord devoir résumer en théorèmes la partie scientifique de la Bancocratie, ne renonçant pas au pénible travail d'un plus grand développement : nous ajouterons dans nos annales de la Bancocratie des leçons expérimentales dont l'objet sera de mettre le peuple à même de comprendre la science et de pratiquer les actes qu'il est en son pouvoir d'exercer.
Le crédit étant un acte de fui matérielle d'homme à homme, la confiance en est le premier élément. Que les hommes commencent donc à se communiquer mutuellement cette confiance par les faits et non plus par les opinions trompeuses, et ils enlèveront ainsi aux monopoleurs le grand secret du bien-être de la vie physique , du perfectionnement de laquelle dérivera ensuite le bien-être de la vie immatérielle.
L'homme, ué pour la société, vit actuellement dans une agonie mortelle, comme le poisson sorti de l'eau, et qui ne reprend sa vitalité que lorsqu'il est replongé dans son élément. Efforçons-nous donc d'associer les hommes, uon par leurs personnes, mais par leurs intérêts matériels, et nous les aurons replacés dans ce paradis que la nature leur a promis, qu'ils voient, qu'ils admirent, et où le monopole seul leur défend d'entrer.
jre LETTRE A M. HUM AN N ,