‹ L'emprunt, projet financier présenté A.M. Humann suivi d'un catéchisme populaire financier mis à la portée des prolétairesChapitre 2 sur 6 · MINISTRE DES FINANCES · texte numérisé non relu

MINISTRE DES FINANCES

Monsieur le Mixistbb,

Dans mon voyage aux États-Unis, j'ai eu le bonheur de me lier d'amitié avec M. Ed. Franklin, neveu du grand financier dont le nom seul est un éloge. Financier, lui aussi, il a pu, par de profondes méditations, formuler un nouveau principe de Banque unitaire qui, dans sa conviction, détruirait l'agiotage, tendrait à faire cesser les agitations politiques, les crises financières et la guerre. A mon départ pour l'Europe, il m'a délégué l'honneur de présenter cette découverte au gouvernement de S. M. le Roi des Français, à l'occasion du nouvel emprunt de 450 millions.

M. Ed. Franklin propose de fixer, quant à présent , l'intérêt à 4 p. °|o et de prendre pour base de sa nouvelle rente Vanité, ou 1 fr. de rente pour 25 fr. de capital. Les nouveaux certificats seront au porteur de 1 jusqu'à 40 fr. de rente , ou de 25 à 1,000 fr. de capital, en laissant libre le rentier d'une plus forte somme de les demander nominatifs. Les acquéreurs de cette nouvelle rente seront affranchis des frais de transport, transfert, courtage, etc., et de toute autre formalité. Cette rente devra se vendre sur tous les points du royaume, et se trouver aux caisses d'épargne, près des administrations financières, percepteurs, receveurs, etc., etc.

Quoique cette substitution du 1 pour 25, au 5, 4 1/2, 4 et 3 p. paraisse au premier abord de peu d'importaucc , M. Franklin croit y avoir découvert l'instrument de la destruction complète de l'agiotage, et la meilleure garantie de l'ordre public, de la paix européenne et de la parfaite organisation du travail. En formulant en principe cette découverte, très-simple en apparence, l'auteur ajoute que la démocratie, ou bien la popularité de la

rente doit infailliblement eréer les hiérarchies du talent, du travail, de la propriété | et le gouvernement monarchique unitaire.

Monsieur le Miuistre sait qu'en augmentant le nombre des rentiers ou accroît celui des conservateurs, des amis de Tordre et de la paix. Les hommes positifs savent que nous devons à cette classe le statu quo qui ne pourrait deveuir définitif sans identifier les intérêts moraux et matériels du peuple avec ceux de la couronne et de la paix européenne.

Vous découvrirez, monsieur le Ministre, dans cette nouvelle rente le plus brillant avenir pour le gouvernement et pour la nation. Le peuple, devenu rentier, comprendra que ses certificats s'élèveront au-dessus du prix d'émission, en raison de l'ordre intérieur et de l'organisation du travail. Cette rente, affranchie de toute entrave, trouvera un placement facile en Angleterre. Les rentiers anglais reconnaîtront le bénéfice de vendre leur 3 p. °| 0 qui est à 90, pour acheter la rente française qui sera à 75. L'aristocratie féodale et financière sera forcée de convertir la dette énorme de l'Etat, si elle ne veut pas voir passer tout son numéraire dans le trésor français. La France pourrait-elle opposer une plus noble représailleà ce cabinet astucieux, qu'en faisant perdre à son aristocratie 130 millions sterling (1) ?

Cette nouvelle rente populaire obtiendra la préférence sur celle du 5, 4 1/2, 4 et 3 p. °| 0 et sur les bons du trésor, et elle sera reconnue comme le meilleur et le plus sûr placement des économies du peuple. Elle augmentera indéfiniment le nombre des transactions journalières, et finira par se rendre le pivot de l'assurance mutuelle du travail et de la propriété. C'est alors que, pour neutraliser l'agiotage, le trésor sentira le besoin d'en émettre incessamment (2). Ceci explique le corollaire que le financier américain tirait de ce principe une fois |>osé , le temps c'est de l'argent.

Le gouvernement ne doit faire de dettes, ni créer une rente qu'autant que les capitaux qu'il reçoit portent un intérêt plus fort que celui qu'il paie au rentier (3). Le trésor deviendrait nécessairement, par ce fait , le banquier de la nation, qui , an nom de tous les citoyens, reçoit l'argent des particuliers, pour l'employer en travaux d'utilité publique, comme chemins de fer, canaux, etc. , etc. ; et , eu faisant des avances à la propriété financière et immobilière, détruirait le système hypothécaire actuel (4). Le Trésor, comme gérant commanditaire de la nation , pourrait aussi

acheter les rentes étrangères qui seraient au-dessous du cours du 1 pour 25 ou du 4 p. %, et acquérir, par ce moyen financier, cet ascendant politique que la guerre ne saurait donner (5). Le trésor aurait aussi un grand avantage à prêter à l'Espagne à 25 fr. de capital pour 5 de rente, et apporterait même un grand secours à ce malheureux pays. Quelle prépondérance politique et économique ne retirerait pas la France de rétablissement de grandes banques dans l'Algérie, en Egypte, en Grèce, eu Turquie, pour abattre la politique mercantile de l'oligarchie anglaise (6) ?

Enfui la solidarité des intérêts entre les gouvernements et les peuples d'Europe devra conduire au désarmement général et au gouvernement à bon marché, qu'ordinairement l'on ne croit possible qu'avec la démocratie, mais qui ne saurait être que le résultat logique de la solidarité des intérêts du peuple et du gouvernement.

Un nouvel ordre de choses devra se substituer au menaçant état politique des peuples européens, car ils n'y ont été conduits que par l'agiotage, les ambitions nécessiteuses et la misère toujours croissante du prolétariat.

M. Ed. Franklin espère aussi que ce nouveau principe financier et gouvernemental engendrera le salut de sa patrie. La mauvaise route dans laquelle sont engagées les questions financières dans les divers Etats de l'union une fois recounue, ils trouveront leur sauvegarde dans une Bauque unitaire nationale. Les Étals-Unis suivront l'exemple de l'Europe» et ils substitueront des certificats de reute effective aux torrents de papier-monnaie que quinte cents banques particulières lancent dans le pays, et qui ne peut manquer d'avoir le sort des assignats (7).

Dépositaire de la découverte de M. Ed. Franklin, je pourrais soumettre à Monsieur le Ministre d'autres observations, mais sa juste renommée financière arrête ma plume. Je me réserve seulement le droit de faire connaître au public ce nouveau système, de le mettre à la portée de toutes les intcl ligenecs et de le défendre par-devant tous les économistes, banquiers et agioteurs (8).

Je finis en ayant l'honneur de présenter à Monsieur le Ministre le modèle des nouveaux certificats, d'après lequel le paiement des intérêts n'entraînerait aucune opération de comptabilité.

Agréez, etc.

Signé : B. CORVAU.

Paris, oe 22 mai 1841.

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