CONSCRIPTION DE L'ÉPARGNE
Au milieu de cette ipoussée de mensonges, d'hypocrisie, de spéculation effrénée et de niaise badauderie, signalons un -éclair de franchise: la menace du bonhomme Graham, alias lord Atholstan, par la grâce <de ses écus et la vénalité des politiciens anglais ou canadiens. Le noble lord nous avertit charitablement que si nous ne souscrivons pas de bonne grâce à l'Emprunt de la Victoire, le gouvernement nous prendra notre argent de force, autrement dit, nous volera, afin d'assurer le triomphe de la liberté, le salut de la démocratie, le règne de la civilisation supérieure — et le succès des bedides avvaires de Mackenzie, Mann, Sifton et Cie i.
iLa Presse affecte de se scandaliser font de cette menace 2. Dans un de ces produits dont elle détient la recette, la bonne feuille à tous trouve le moyen de boomer rèmprunt, de protester contre les projets violents du sieur Graham, son ancien protecteur, et de flatter sir Lomer Gouin. C'est une façon de ménager son incommensurable clientèle de badauds et de
1 "If the Avar goes on for a considérable time — and this appears most likely "today — there is no doubt in the world that the dollars, which you are wondering "whether you shculd put into the Victory Loan, will be iaken by the Government for "war purposes. . . Today you hâve a chance to volunteer your dollars for the sacred "cause. If you fail to volunteer them, the conscript officer will call for them in due "time — and there will be no exemptions." — Star du 12 novembre
^ Presse du 14 novembre.
flagorner à la fois le gouvernement qui peut faire la 'hausse du papier et l'opposition qui fournit le plus d'abonnés, de ce temps-ci. C'est tout à fait dans les moeurs de cette bonne feuiille publique; mais ceila ne dispose pas de l'argument très logique du Star.
L'emprunt forcé est, comme la conscription, la conséquence inéluctable de l'effort illimité pour la guerre. Les gens qui s'affirment partisans de la guerre "jusqu'au bout", qui clament à tous les vents que le Canada ne doit pas désarmer, ni même ralentir son effort, tant que 'rAllemagne ne sera pas réduite en bouil'lie, et qui prétendent soustraire la nation aux conséquences de la guerre à outrance, sont des hypocrites ou des imbéciles. Soutenir l'effort "jusqu'au bout", c'est vouloir prendre les hommes de force quand il ne s'en trouvera plus pour se suicider volontairement; c'est vouloir prendre l'argent de force, quand il ne se trouvera plus de prêteurs bénévoles pour entretenir la sarabande des millions.
. Qu'on observe de sang-froid la manière dont le gouvernement et ses (multiples acolytes s'y prennent pour organiser la souscription volontaire de l'emprunt: c'est l'exacte répétition de ce qui s'est fait pour organiser et stimuler l'enrôlement volontaire des soldats; c'est la même exploitation du jingoïsme, de la vanité des iiarvënus, de la crédulité du peuple; ce sont les mêmes procédés de réclaïTrie, de 'chantage et d'intimidation. Dès le début de la campagne d'enrôlement volontaire, nous avons prédit qu'elle aboutirait' fatalement à la conscription. Sans plus de mérite et de clairvoyance, nous disons aujound'^hui: si la guerre se prolonge et que le peuple canadien n'impose pas à ses gouvernants le frein et l'entrève, nous subirons l'emprunt forcé, sous une forme queliconque.
Loin d'en vouloir à lord Atholstan de son brutal avertissement, nous devons le remercier de sa franchise.
Il n'y a qu'un moyen efficace de préserver la nation de la faudhée des hommes et de la réquisition forcée des épargnes populaires, c'est de mettre fin à l'enrôlement volontaire comme à la conscription, c'est d'arrêter la danse des millions, c'est de cesser l'effort pour détruire, c'est de commencer à récupérer nos énergies productives. Dût même la guerre se prolonger, c'est encore par là que nous pourrions rendre aux Alliés les services les plus rcels et les plus tangibles. Les souteneurs de "l'union nationale" et les courtiers d'emprunts de la victoire, ou de la déroute, y feraient moins d'argent; les faciles péroreurs de la guerre "jusqu'au I bout" se verraient privés de quelques moyens oratoires; mais il y aurait moins de foyers en deuil et la nation serait plus certaine de survivre.
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