OBSERVATION X
(Henri Claude et H. Schæffer. — Soc. méd. des hôp.. de Paris, 23 mai 1919, P 521)
Encéphalite léthargique à forme aiguë avec examen anatomique.
M" L..., âgée de 42 ans, entre à l'hôpital le 7 février 1919 pour une céphalée remontant à 8 jours environ.
A l'entrée, la malade est dans un état de somnolence et d’obnubilation très marquées. Elle est incapable de donner aucun renseignement précis sur le début de sa maladie actuelle, ni sur ses antécédents personnels ou collatéraux. Cependant elle n’est pas dans le Coma ; elle est consciente, répond par monosyllabes aux quéstions posées et obéit dans une certaine mesure aux ordres. Elle reste immobile, couchée dans son lit, dans le décubitus dorsal, la face légèrement inclinée sur le côté droit, comme figée dans cette attitude.
Il existe un peu de raideur de la nuque, et les tentatives de mobilisation- provoquent des plaintes de la part de la malade. Kernig léger. Il n'existe pas de paralysie des membres.
La sensibilité est partoüi conservée, et il ne td pas prendre pour de l’hypoesthésie la lenteur que la malade met à répondre aux sollicitations, et qui n’est qu'une manifestation objective de sa somnolence. Une
excitation un peu forte provoque des mouvements de défense.
L'UNRE
Les troubles oculaires sont nets, les paupières sont tombantes ; la malade peut les relever mais incomplètement. Les globes oculaires sont immobilisés dans une position normale et leurs mouvements sont difficiles à provoquer : ceux de latéralité semblent conservés, mais pas de mouvements d'élévation et d’abaissement. Les pupilles sont sensiblement égales, la gauche toutefois un peu plus large que la droite. Les réflexes à la lumière sont conservés, les (OR à l’accommodation
semblent bien abolis.
IL existe une paralysie faciale diode légère, très transitoire d’ailleurs.
Les réflexes rotuliens sont normaux, plutôt un peu -vifs, les réflexes plantaires se font en flexion, les réflexes abdominaux sont abolis des deux côtés.
Le pouls est un peu rapide, 120, quoique la malade soit apyrétique. Bruits du cœur normaux. Rien de particulier à lFauscultation du poumon. La langue est sa-
burrale; pas de vomissements : constipation. Rétention d'urine, mais ni sucre ni albumine dans ces dernières. Wassermann positif dans le sang.
Une ponction lombaire pratiquée le 12 montre un. liquide clair, sans hypertension notable. Pas d’ hyperal-
buminose ni de lymphocytose notables, 1 ou ? Iymphoeytes par champ. Le Wassermann est positif aussi dans le liquide céphalo-rachidien.
A la suite de la’ ponction lombaire, une légère rémission des divers symptômes semble se manifester. La céphalée en particulier est moins vive. | . Le 12 février, après le résultat positif. de la réaction de Wassermann dans le sang, on commence à faire des injections intraveineuses de cyanure de Hg.
Néanmoins la somnolence et la torpeur augmentent,
et le 14 l’incontinence sphinctérienne (vésicale et anale) fait place à la rétention. L'on constate en plus de la conjonctivite bilatérale. Une Seconde ponction lombaire donne des résultats comparables à ceux de la première. Liquide clair sans hyperalbuminose ni leucocytose notable (2 à 3 lymphocytes par champ). Amélioration très fugace des divers symptômes quelques heures après la ponction.
: L'état général s'aggrave néanmoins progressivement, la somnolence est de plus en plus marquée quoique le 16 la malade soit encore susceptible de tirer la langue et de prononcer quelques mots. Mais l’on constate un amaigrissement notable, la paroi abdominale semble se rétracter, les mouvements des globes oculaires'ne peuvent être provoqués, le ptosis est complet, les pupilles sont immobiles, il existe une ophtalmoplégie totale. Enfin la température, normale au début, est montée peu à peu et atteint 40° le 18, en même temps que le pouls devient plus rapide et petit. Décès le 19.
Résumé des constatations anatomo-pathologiques :
Macroscopiquement : Peu de chose. Légère congestion ‘diffuse de l’encéphale, pas de réaction méningée. Vasodilatation à la coupe de la région des pédoncules et des noyaux opto-striés. |
Microscopiquement : Pédoneules cérébraux : Congestion diffuse. Diapédèse périvasculaire sans réaction des. parois des vaissaux dans toute l'étendue des pédoncules. Pas de ruptures vasculaires ni'd’œdème. Pas de réaction névroglique ou épendymaire. Légère éhromatolyse des cellules des noyaux de la HT° paire. 4
Protubérance : Dégénérescence des cetlules des noyaux de la VI° paire (pigment, disparition des prolongements, chromatolyse du noyau) sans neuronophagie.