‹ L'Encéphalite LéthargiqueChapitre 14 sur 35 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Id., ibid.)

L... (S.), 22 ans, étudiant en droit. Aucun antécédent à signaler. Eprouve, le 3 janvier 1918, un malaise

caractérisé par de la céphalée, de la somnolence, et

fièvre de 38 à 395. À part une vive rougeur du pharynx, qui dura quelques jours, je ne constalai pas de localisadion. | ù

Vers le 10 janvier ce jeune homme se plaignit de troubles visuels qui le privaient de toute occupation : il ne pouvait plus lire, les lettres étant dédoublées, à moins de masquer un œil. Je constatai un léger ptosis et ne pus préciser le groupe musculaire responsable de la diplopie.

Cét état se prolongea jusque vers le 10 février, sans jamais atteindre l'intensité des deux cas précédents. Il y avait plutôt somnolence que léthargie. Les troubles visuels disparurent peu à peu et ce jeune homme, revu récemment, a retrouvé son équilibre.

# o | OBSERVATION VIII

(Lereboullet et Jean Hutinel. — Soc. méd. hôp. Paris, 4 avril 1919)

Il s’agit d'un garçon de dix-sept ans, boucher, qui, amené à l'hôpital Laënnec le 10 février, S’assied dans un

fauteuil et s'endort aussitôt. Couché dans un lit il y paraît simplement endormi, sans modifications de l’habitus extérieur, la face n'étant ni vultueuse, ni pâle, la respiration régulière. Si on l’interroge, il répond clairement aux questions, mais sans ouvrir les yeux ni sembler sortir de sa lorpeur. IL a toutefois quelques troubles de mémoire et fait effort pour se rappeler ses antécédents.

Nous apprenons que le début remonte au 7 février au matin; le malade a eu une diarrhée abondante, de--la courbature prononcée, mais sans céphalée marquée ; le 8, il est resté couché, a souffert davantage de la tête et il s'est décidé le 9 à entrer à l'hôpital. |

L'examen à l'entrée montre un malade-en état de Lorpeur prononcée, la somnolence ne l’empéchant toutefois ni:de répondre aux questions, ni d'exécuter Îles mouvements qu'on lui commande de faire, mais nu ouvrir les yeux. Ceux-ci ne présentent ni strabisme, n modification des réflexes pupillaires, ni nystagmus, mais il y a peut-être un léger degré de ptosis bilatéral, le malade ne pouvant ouvrir complètement les yeux lorsqu'on lui commande de le faire. |

Le malade reste dans le décubitus dorsal sans atlitudes spéciales, sans contractures vraies, mais avec une certaine raideur des membres qui restent en état de légère flexion et sont difficiles à étendre complètement : pas de raideur de nuque appr éciable ; on note un certain degré de catatonie.

Les réflexes sont un peu vifs, sans caractères spéciaux. Pas de troubles de la sensibilité. Pas de troubles des sphincters.

Le malade a la langue chargée) une constiiates Opimiâtre, mais ne présente pas de vomissements,

oo

L appareil respiratoire est indemne à l'entrée.

Le cœur est: normal, le pouls régulier, bien frappé à 120, la tension artérielle plutôt abaissée (137/2-7 au Pachon). |

Les urines sont peu abondantes, mais ne. contiennent ni sucre ni albumine.

La recherche de l'urée sanguine donne 0 gr. 56 par litre.

La fièvre oscille autour de 3%,

La ponction lombaire pratiquée le 11 février donne issue à un liquide clair non hypertendu, ne contenant que de rares lymphocytes, ponts -être un peu hyperalbumineux. |

Les jours suivants le malade reste. dans le même-état

de: Kéthargie, répondant aux questions :sans ‘ouvrir des yeux, se levant el marchant quand on le fui commande, mais d’une manière un peu titubante, s’arrêtant après quélques pas et menaçant de tomber si on ne le retient pas. or:

Une seconde ponetion le 13 février. montre un liquide Loujours clair, sans lymphocytes, peut-être un peu plus ‘hypertendu. La somnolence, tend à devenir plus marquée et quelques troubles sphinetériens se manifestent ; le malade, dont la constipation a été vaincue, à de li incon- “tinence des urines et des, matières. La recherche de la raie vaso-motrice montre l'existence d'une raie blanche accusée. : \

Après une période pendant laquelle l'état ct stationnaire, le malade se mit le 16 février à présenter de la dyspnée avec fièvre plus élevée, et des signes dé con-: gestion pulmonaire apparurent à la base: du poumon droit. La dyspnée et la fièvre ne firent qu'augmenter en même temps qu'apparaissail un érythème fessier avec

r — 30 — | menace d’escarre, La mort survint dans la nuit du 17 au 18, sans que le malade soit sorti de son état de torpeur.

L'autopsie pratiquée le 18 montre, outre la congestion pulmonaire ultime du poumon droit, une légère hypertrophie du foie (1600 grammes), une congéstion assez prononcée des reins sans lésions macroscopiques autres, un état de congestion diffuse du cerveau et du bulbe, très vascularisés mais sans suffusions saiRoee ni piqueté hémorragique.

Avec une grande obligeance, M. A. Pettit a bien voulu se charger à l'Institut Pasteur de l’étude biologique et histologique de ce cas, mais elle a donné des résuitats presque complètement négatifs;

- D'une part le liquide céphalo-rachidien a été noble au cobaye et au lapin par voie intracælomique et intracérébrale ; les animaux ont survécu sans troubles significatifs. | :

D'autre part, environ 26 heures après la mort, le cerveau à élé recueilli et de la substance nerveuse (région du locus niger)a été prélevée aussi proprement que pos- Sible ; elle a servi à préparer une émulsion dense dont “un centimètre cube est injecté, après trépanation, sous la dure-mère d’un singe (Macacus). Aucune réaction. Pas même de signes d'infection banale. î

Donc l’inoculation du liquide eéphalo-rachidien prélevé pendant la vie et linoculation de la substance nerveuse au singe sont restées négatives.

L'examen histologique n'a pas été ‘plus monstratt la note remise par M. Pettit montre

1° Au niveau de la moelle épinière une légère congestion vasculaire avec une très légère infiltration mierocellulaire de la substance grise. | |

2° Au niveau du cerveau (en particulier de la ion:

RE à Het

du locus niger), une congestion vasculaire assez accusée avec très légère infiltration microéellulaire sans trace des manchons périvasculaires, de lymphocytes et de cellules plasmatiques, signalés par Marinesco et considérés comme caractéristiques par cet auteur.

3° Les autres organes ne présentaient pas de lésions importantes, réserve faite du rein, siège d’altérations -histologiques assez nettes de néphrite interstitielle, bien que rien, pendant la vie, n'ait traduit ces altérations.

OBSERVATION IX (G. Etienne. — Soc. méd, des hôp. de Paris, 23 mai 1919, p. 482)

Encéphalite léthargique.

Une jeune fille de 17 ans, de Liffol-le-Grand; dans les environs de Neufchâteau (Vosges), est amenée le 6 janvier 1919 à la Clinique médicale. in

Sans aucun prodrome, elle a constaté de la diplopie le 25 décembre, à son réveil. Puis, elle s’est endormie, Elle à dormi pendant toute la journée ; malgré le bruit fait autour d'elle, son entourage ne put la réveiller. Son état n'aurait présenté aucune modification depuis ce moment jusqu’à celui de son entrée à l'hôpital.

A son arrivée, la malade, debout, somnole, répondant péniblement aux questions simples posées. Aussitôt couchée, elle s'endort, entr'ouvrant à peine les yeux lorsqu'on linterpelle, ne répondant pas aux questions.

—.32 — | Levée, elle marche péniblement à linjonction, à petits pas, en légère flexion, s’endormant dès qu'elle s'arrête, et même en marchant.

Ptosis à: peu près complet à droite ; à gauche, la paupière se soulève lentement de 3 à 4 milimètres.

Strabisme convergent irrégulier, inconstant. En provoquant les mouvements du globe oculaire, on constate la paralysie des O.M.E. surtout à droite. :

Pas de nystagmns. Pas de troubles nets dans laccommodation. :

Parésie faciale droite, avec AU éement du pli nasogénien droit et de la commissure labiale droite. Le facial supérieur est totalement respecté.

: Quand on commande à la malade de tirer la langue, celle-ci est difficilement poussée hors de la bouche, de ? centimètres environ, avec grand effort, sans déviation.

Pas de trace de Rurale des membres.

Réflexes des genoux normaux. Légère ébauche de elonus des pieds ; réflexe du gros orteil en extension.

Les sensibilités ne paraissent pas nrodifiées,.

Pas de troubles trophiques. Pas de troubles sphinctériens. FR ‘

Liquide céphalo-rachidien sans pression, elair, sans modification. : |

Tous les appareils viscéraux sont normaux il n'y a à signaler que des irrégularités menstruelles, les noirs ne revenant que tous les 2? mois.

Pas de trace d’albuminurie.

Réaction de Bordet-Gengou négative dans le sang et dans le liquide céphalo-rachien ; de même après réacti- .vation.

Trois jours après son entrée, le sommeil paraît moins profond, moins complet. Par précaution, sans attendre

le résultat de la recherche de la réaction, on commencé un traitement spécifique par des injections journalières de biiodure.

L'amélioration signalée continue à s'accentuer.

Le 17 janvier, la malade se réveille quelque peu ; elle réagit aux excitations extérieures ; elle ouvre les yeux, parle presque normalement. Le facial droit est encore parésié. Dans la position debout et dans la marche, lhabitus est, de façon remarquablement typique, celui d’une parkinsonienne, avee le tremblement en moins.

Le 19 janvier, les yeux s'ouvrent normalement, la parole est normale. Le facies et l’habitus sont moins figés. La paralysie du facial droit est diminuée. Les mouvements restent lents.

Le 27 janvier, il persiste une légère parésie faciale droite. Motricité oculaire normale. OEdème des jambes. Pas d'albuminurie. La malade reprend la vie normale, s'occupant des soins de la salle.

4 février, — La malade se plaint de contractions involontaires de la jambe droite, qui ont disparu le 10. Réflexes normaux, sensibilités normales.

26 février. — Etat normal, sauf légère parésie faciale droite persistante.

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