‹ L'Encéphalite LéthargiqueChapitre 24 sur 35 · PAT · texte numérisé non relu

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A) Somnolence.

. La somnolence se transforme peu à peu en sommeil vrai, et, Si les noms dont on la baptisée varient avec les auteurs, il n’en faut certainement chercher la cause que dans l'abondance des synonymes, ou l'emploi de termes inexacts. Régis, au Congrès de Bruxelles en 1910, s'est élevé contre l'emploi des dénominations : narcolepsie, somnolence, assoupissement, torpeur, cataphora, léthargie, carus, au sujet des sommeils pathologiques, et demande la simplification de cette terminologie. |

L'hypersomnie se présente, suivant les cas, avec des caractères très variables. Elle est quelquefois marquée, au point qu'elle peut être considérée comme absente, ou qu'on la qualifie simplement d’asthénie, Nous empruntons à l’article de Netter une citation du Local Govern- . ment Board; les manifestations somnolentes y sont qualifiées : :

29 fois de somnolence ;

18 fois de léthargie ;

13 fois de stupeur ;

9 fois de coma ;

12 fois d’asthérie : | L'absence de léthargie est notée 3 fois.

Il serait intéressant de dépouiller les. observations dans lesquelles la somnolence a manqué, de façon à se rendre compte si les autres symptômes permettent de porter un semblable diagnostic. En admettant même qu'il en soit ainsi, il n’en reste pas mains que, sur plus de 100 malades, les symptômes hypniques n’ont manqué

Fr que 3 fois. Cette Hp constatation montre leur importance. nn

Un second point se dégage de l’examen de cette statistique : on trouve, d’une façon à à peu près égale, des manifestations somnolentes moyennes ou légères | (asthénie, somnolence), et des sommeils plus profonds (stupéur, léthargie, coma). Il existe tous les intermédiaires entre les sujets qui paraissent simplement asthéniques, et comme mal éveillés, et les malades plongés dans un carus complet.

D'une facon générale, le malade paraît plus profondément endormi qu'il ne l’est en réalité; il faut jenir compte du ptosis, qui, par l'aspect spécial qu’il donne à la physionomie, confère au sujet l'apparence d’un dormeur, alors qu’il peut être encore très suffisamment éveillé. Il n’en est pas moins réel qu'au milieu d’un engourdissement psychique qui paraît profond, lintelli- gence reste toujours intacte : Dans un cas de Kinnier. Wilson, une petite fille jette dans la conversation des lazzi, des enfants se rappellent dans leur éonvalescence les détails de leur maladie, les déplacements survenus pendant leur sommeil.

D'une façon générale, un appel énergique arrive à être perçu par le sujet : « On lui arrache parfois quelques mots, mais chaque parole semble lui coûter un très gros effort, il parle les yeux fermés, et ses lèvres remuent à peine sur un masque immobile. Il a la voix monotone et ennuyée des personnes qu'on réveille, qui répondent à moitié endormies et qui se replongent aussitôt dans le. sommeil » (Margarot). #

D'autres fois, le malade qui arrivait encore à répondre, lentement peut-être, mais adéquatement, aux questions posées, est maintenant tout à fait inerte, n'ouvre même

plus les yeux, etne répond rien. « Il gîl inerte-suür son lib, incapable d'exécuter le moindre mouvement ; tous les deux ou trois jours, il se réveille pour manger: dans d'autres cas on est obligé de le faire avaler tout endormi à la cuillère ou au biberon.

» Le sommeil se transforme souvent en un véritable état comateux dont il est absolument impossible de tirer le patient, même pourle faire manger » (Netter).« Son aspect est celui d'un individu profondément endormi et nullement dans le coma, pas un muscle ne bouge, c'est vraiment l'impression d’un sommeil léthargique » (Sainton).

D’autres fois, mais plus rarement, on se trouve en présence d'un véritable coma qui, dans certains cas, revêt toutes les apparences du coma urémique. Lerythme de Cheyne-Stokes a été noté par Sainton. Chez d’autres malades, le médecin non prévenu pourrait croire qu'il assiste à un coma apoplectique : la respiration stertoreuse, les membres'en résolution musculaire complète, l’atonie plus marquée d’un côté de la face et la déviation des traits et des yeux peuvent entraîner cette erreur.

Dans ces cas, l'alimentation devient complètement impossible. Non seulement le malade ne se réveille plus pour manger comme précédemment, mais, si on veut le ‘ nourrir au biberon, l’existence parfois réalisée d’un syndrome labio-glosso-laryngé peut entraîner des accidents de la traversée du conduit bucco-pharyngo-æsophagien.

Ce sommeil, sur l'importance duquel nous insistons, parce qu'à notre avis il est très caractéristique de l'affection que nous étudions, ne présente aucune rémission. Il n’est interrompu que dans un cas déterminé; le malade ne présente plus un simple ensommeillement, mais un sommeil pathologique avec cauchemars et troubles oniriques, dont l'intensité peut être telle qu'ils

interrompent l'état léthargique, et se manifestent sous la forme de crises hallucinatoires avec agitation incohérente, désordre dans la parole et le geste, phénomènes procursifs, etc.

B) Toubles moteurs.

Les phénomènes paralytiques portant sur les nerfs craniens sont surtout marqués au niveau des yeux. Nous citons, encore d’après Netter, la statistique du Local Government Board. Sur 150 observations on cite : 32 ptosis bilatéraux ; 2 unilatéraux :

‘18 ophtalmoplégies :

18 diplopies :

10 strabismes ; 10 cas de Hystagmus 6 paralysiés du moteur oculaire commun :

2? fois de la mydriase avec paraly sie de l’accommodation :

11 Dana Eee faciales unilatérales :

9 bilatérales : ; | 2? paralysies de la langue ; D fois des troubles du langage ; 10 fois de la rigidité musculaire ; 9 fois des tremblements museulaires ; 6 fois des tremblements et de la chorée.

Si l'on fait abstraction d’une terminologie peu correcte, en ce sens que les mêmes phénomènes sont indiqués par des auteurs différents sous des noms variables, et que des manifestations objectives sont citées pêle-mêle avec des phénomènes subjectifs, on voit que les manifestations oculaires sont les plus fréquentes. :

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a) PARALYSIES OCULAIRES.

Elles se présentent sous la forme d’ophtalmoplégies, externes surtout, mais quelquefois internes. Ces parésies sont légères, fugaces, incomplètes, variables, parelles, dissociées.

Les caractères de ces paralysies sont ceux des avale sies nucléaires. Les nerfs qui commandent la-museulature extrinsèque sont plus souvent lésés. Il s’agit ordis nairement de là paralysie de la troisième paire (ptosis, le plus souvent bilatéral). 7

D'autres fois, e’est la 6° paire qui est alleinte. « Morax note chez un malade de Sainton une diplopie croisée dans le regard en face et à droite, une diplopie homonyme dans la moilié gauche du regard, indiquant à la fois une atteinte de l’abduction à gauche et de Fadduction dans le reste du champ du regard et pouvant être rapportée à une paralysie incomplète de la 5°et de la 4 paire.»

La musculature intrinsèque est, comme nous l'avons: dit, moins fréquemment atteinte et d’une façon plus légère, l'immobilité pupillaire complète en mydriase est rare. 1l est plus habituel de noter une simple paresse dés réflexes iriens et une parésie de l’accommodation. Celle-ci, d'après Harris, aurait le même aspect clinique que dans la diphtérie. Lortat-Jacob et Hallez ont trouvé un signe d'Argyll Robertson tout à fait net dans un cas.

Ces troubles oculaires évoluent d’une façon générale vers la guérison. On observe habituellement alors la suppression de la paralysie du releveur des paupières ; le strabisme ét le nystagmus disparaissent, le réflexe

Hdi irien à la: convergence reparait, mais le signe d’Argyll persiste assez longtemps (Lortat-Jacob et Hallez) .

Les mêmes auteurs ont signalé des lésions du fond de l'œil, consistant en stase papillaire bilatérale. De tels faits sont exceptionnels: Les lésions du fond de Pœil n'ont jamais été signalées en dehors de. cette observation.

Les auteurs las insistent beaucoup sur l’absence de toute névrite vhs au point de vue du diagnostic. différentiel.

b) PARALYSIES FACJALES.

La paralysie faciale a été aussi observée, ce qui. n'étonne pas us on songe aux rapports étroits des’ VIe et VII° paires à leur origine centrale. Dans ce cas, le malade revêt un aspect spécial, du fait de sa physionomie qui rappelle un peu celle du bulbaire asthénique (Kennedy). On a signalé la fixité des traits qui donne au malade un aspect impassible, ou la déviation qui lui donne un aspect grimaçant.

c) PARALYSIES LABIO-GLOSSO-LARYNGÉES.

Si les lésions sont diffuses et atteignent la partie inférieure du IV® ventricule, on peut voir apparaître de la paralysie labio- glosso-laryngée, mais, en général, cette paralysie est peu marquée : il y a de légers troubles de la phonation, de l’articulation des mots, de la déglutition- (Kinnier Wilson, Bassoe, Pothiér) ; dans ce cas, la maladie revêt une forme très grave, et se termine le plus souvent par la morf par asphyxie (lésions des IX°,-X°,

MALUS 5h cl XII paires). On a noté le Cheyne-Stokes dans plusieurs cas. :

Il ya là, certainement, une cause de confusion qu’il

faut signaler, pour permettre de conserver à l'affection

que nous étudions toute son originalité. Les symptômes qui précèdent peuvent donc être recherchés, mais ne viennent, dans les cas typiques, qu'après les deux premiers groupes de phénomènes morbides : somnolence et paralysies oculaires. |

d) SPHINCTERS ET RÉSERVOIRS.

Il en est de même des troubles moteurs dont nous

avons encore à parler, à l'exception toutefois de la para-

lysie des réservoirs et des sphincters qui est très fréquente, et se traduit, soit par dela rétention, soit plus fréquemment par de l’incontinence. |

e) PARALYSIES DU TRONC ET DES MEMBRES.

Elles sont exceptionnelles. On a signalé des hémiplé-

gies, de l’aphasie, des diplégies, des quadriplégies,

celles-ci habituellement très incomplètes, et se réduisant Je plus souvent à un simple état parétique dont la physionomie spéciale est due surtout aux troubles moteurs inconstants el accessoires que nous allons maintenant passer en revue.

Il s’agit, soit de mouvements involontaires, soit de phénomènes catatoniques et cataleptiques, soit de contractures. Ù

A ee HAE

f) MOUVEMENTS INVOLONTAIRES.

1° Phénomènes convulsifs. — ‘Les convulsions sont assez rares. Tout à fait exceptionnellement, elles sont : généralisées. Plus souvent, on a affaire à de l'épilepsie | Bravais-Jacksonienne. Chauffard et: M'° Bernard ont observé, au troisième jour de la maladie, une crise d'épilepsie partielle limitée au membre supérieur. Dans un cas de Khouri, l épilepsie revêtait la forme hémiplégique, le signe de Babinski était positif.

2 Tremblements el mouvements choréiques. — Le tremblement est de caractère très variable. Dans quelques cas il est menu, se localise aux extrémités et ressemble au tremblement alcoolique (Sainton). Kennedy l’a trouvé plus marqué au repos, Bassoe l’a vu provoqué par toute tentative de mouvement. D’autres fois, le tremblement est très grossier, son amplitude s’exagère, et on observe dés mouvements qui se rapprochent de plus en plus des phénomènes choréiques dont nous allons dire quelques mots.

Bassoe a observé quelques crises de tremblement cho- : réique limité à un membre ou à une extrémité, suivi-de sueur profuse et de tachycardie, et arrêté dans un cas .par la scopolamine.

P. Marie et M'e Lévi ont rapporté à la Société médicale des hôpitaux de Paris, 10 cas de mouvements involontaires apparus rapidement, et pouvant se rattacher à l’encéphalite léthargique. Il s'agissait soit de petits mouvements fins, limités aux extrémités soit de mouvements lents, prédominants à la racine des membres, soit de véritables mouvements choréiformes, soit de bizarres convulsions du tronc.

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