NOCTURNE
A l'heure nuancée où l'Occident se teinte
Du reflet délicat de l'émeraude éteinte,
A l'heure où le jour meurt dans la pâleur du soir ?
J'ai regardé le ciel encore sans étoile,
Et, rêvant de la mer où va poindre une voile.
En moi j'ai senti naître un chimérique espoir.
Le chimérique espoir qu'en moi j'ai senti naître A, plus impérieux, envahi tout mon être. Quand au loin, sur l'azur verdissant du zénith. Comme on voit sur la mer apparaître une voile. J'ai vu, lointaine et douce, apparaître une étoile Ayant l'air d'arriver d'un voyage infini.
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Le fol espoir m'a pris que cette étoile fine. Telle la nef voguant sur une mer câline. Dont la voile frémit au souffle de l'été. Viendrait, dans un moment, aborder sur ma grève. Et que par elle allait marriver mon beau Rêve, Mon beau Rêve depuis si longtemps médité.
Le Rêve en qui mon cœur a mis son espérance Et dans ses mauvais soirs dorloté sa souffrance : L'ange aimant, l'ange aimé qui doit venir un jour. La Béatrix. la femme aux yeux mélancoliques. Belle comme la Vierge en or des basiliques. Qui me consolera de ma peine d'amour.
Mais sans que rien aborde à mon âme plaintive. L'étoile s'est perdue au firmament sans rive ; Et, regardant s'enfuir son sillage doré. Songeant aux nefs en vain chaque soir attendues, Et par delà les mers, loin des signaux, perdues, Envahi d'un subtil désespoir, j'ai pleuré !