‹ L'enchantéeChapitre 12 sur 67 · POEME SANS PAROLES · texte numérisé non relu

POEME SANS PAROLES

Un poème si doux murmure en moi, si doux, Que je suis près parfois de me mettre à genoux Pour l'entendre mieux, ce poème.

Ce poème si doux, je le voudrais moi-même, Je le voudrais chanter comme on chante, à genoux En priant avec ceux qu'on aime.

Si je pouvais chanter ce poème, mes vers Seraient pieux et doux comme le jour qui tombe D'une fenêtre aux rideaux clairs ;

Mes vers seraient berceurs comme un chant de colombe Et, comme un vent d'été flottant sur un jardin, Rafraîchissants et balsamiques.

Et je ne sais comment, à les lire, soudain On rêverait d'entendre, au loin, mélancoliques. Les angélus d'or de midi.

On rêverait de voir, sous l'azur attiédi, Palpiter un Avé timide comme un cierge Brûlant en plein jour pour la Vierge.

Et mon poème aurait l'indicible pouvoir D'être un baume pour les âmes endolories Par les isolements du soir ;

D'être une eau pour ceux qui, sur des sources taries, Ont en vain abaissé leur tête tour à tour, Afin d'y boire un peu d'amour ;

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