‹ L'enchantéeChapitre 26 sur 67 · DILETTANTISME · texte numérisé non relu

DILETTANTISME

Je rêve d'habiter la Ville toute blanche, Qui se mire sans fin dans une mer qui dort, Et sur qui le soleil intarissable épanche Le clair ruissellement de ses cratères d'or.

Que la vie à mes pieds, au large, s'y déroule En jours pareillement translucides et bleus, Et s'en aille le long de rives dont la houle N'ait jamais altéré le contour onduleux.

Que la cité soit calme et soit silencieuse; Que, pour n'y point troubler le sommeil du cœur las. Le sol en soit couvert d'une arène soyeuse, Qu'on y marche pieds nus et qu'on y parle bas.

Que l'on y voie aussi, quand approche le soir, Des femmes s'en aller ensemble à la fontaine Et, le bras recourbé sur l'amphore, s'asseoir Mélancoliquement dans leur grâce hautaine.

Que sous les bananiers, au bercement des flots, Mon âme s'engourdisse en un bonheur atone ; Qu'elle soit la créole aux yeux toujours mi-clos Qui s'alanguit au chant de la mer monotone.

Hammamet, 1893.

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