CINQUIÈME PAROLE
J'ai soif.
Et VOUS voulez, Seigneur, de notre amour encor?...
Mais n'en avez- vous pas bu la plus pure essence? O Lys candide éclos sur une tige d'or, Enfant né d'une chaste et blanche adolescence, Que Marie abreuva de son lait embaumé, Que Joseph a bercé dans ses bras angéliques; Vous après qui tout cœur virginal a bramé ; Vous dont Jean a suivi les pas évangéliques ;
Vous aux genoux de qui, pâles de repentirs, On vit se prosterner les humbles pécheresses. Heureuses d'essuyer vos pieds avec leurs tresses ;
Vous dont les soifs ont fait que les chairs des martyrs Comme des raisins mûrs en des soirs de vendanges Ont répandu le plus généreux de leur sang. Et pour les faims de qui les ascètes étranges Ont pétri comme un pain leur corps obéissant; Divin Eliézer, à qui tant de mains pures Ont tendu sur la route un cœur immaculé ;
Si votre lèvre souffre encore des brûlures
Que lui fit le vinaigre avec le fiel mêlé.
Oh 1 ne les trempez pas dans nos âmes arides ;
Vous n'y trouveriez pas l'amour digne de Vous,
Car depuis que le mal l'a troublé de ses rides,
Ce triste amour n'est plus même assez pur pour nous !
Seigneur, ne buvez pas dans nos âmes arides I