‹ L'enchantéeChapitre 30 sur 67 · QUATRIÈME PAROLE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PAROLE

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez- vous abandonné ?

0 Fils de l'Homme ! puisqu'à ton heure dernière Vers le Ciel où s'en vont nos cris, s'en est allé De ton cœur suppliant le cri de ta prière, — Et que le ciel muet ne t'a pas consolé,

Pourquoi, Seigneur, laissant orphelins sur la terre Les enfants qu'ici-bas ta douleur enfanta. Par-delà nos regards te perdre, solitaire, En nous abandonnant sur notre Golgotha?

Hélas ! si tu savais combien profonde et morne Entre ton ciel et nous s'étend l'immensité, Et combien notre foi doit se faire sans borne Pour t'entrevoir au fond de ton éternité !

Ah ! pour t'atteindre dans ta gloire inaccessible, Afin de rapprocher notre cœur de ton cœur, Seigneur, qui dressera l'échelle de la Bible Que les anges montaient et descendaient en chœur ?

Si nous avions été de ceux, ô Fils de l'Homme, Sur qui planait la voix de ton verbe divin, Et que tu faisais boire à ta doctrine, comme On fait boire aux enfants du miel avec du vin ;

De ceux qui, sur les lacs, au désert, sous les palmes. Accourus pour toucher ton manteau radieux, Au geste de tes bras majestueux et calmes S'asseyaient pour manger un pain mystérieux ;

90 l'enchantÉj;

De ceux qui te voyaient répandre en Galilée Tes miracles féconds sur Tâme et sur le corps, Gomme un semeur épand son grain dans la vallée, — Et si nous t'avions vu ressusciter les morts !

Oh ! nous t'aurions aimé d'un amour sans mesure, Gomme on aime une mère et comme on aime un Dieu, Et pour baiser le sol empreint de ta chaussure Nous nous serions courbés vers la poussière en feu.

Et quand, sous un platane ou sous un sycomore, Tu te serais assis, las des chemins frayés. Inclinant notre cœur vers toi comme une amphore, Nous en aurions versé la tendresse à tes pieds.

Et purs comme un agneau que l'on garde à l'étable,. Dignes d'être enviés des chastes séraphins. Certains que tu saurais aux repas de ta table Désaltérer nos soifs, rassasier nos faims.

LES SEPT PAROLES 9t

Nous n'aurions pas courbé nos âmes embrasées Vers les amours humains si prompts à se tarir, Et qui laissent au bord des lèvres abusées Je ne sais quoi d'amer dont on voudrait mourir !

Hélas ! nous sommes seuls et vers le ciel immense, Pour t' appeler, en vain nous nous sommes tournés. Le ciel impitoyable a gardé le silence. — Ah 1 nous aurais-tu donc, Seigneur, abandonnés.^.

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