‹ L'enchantéeChapitre 40 sur 67 · ENNUI DE REINE · texte numérisé non relu

ENNUI DE REINE

Lasse du chant des luths, dédaigneuse des rues Et des grelots qui font tinter les baladins. Et de l'ébat de ses femmes dans les porphyres Des piscines qu'on voit luire au fond des jardins;

Lasse de la blancheur des trop claires journées, Du triomphe quotidien des vieux soleils, Insoucieuse des tentures surannées Que le soir hisse aux bords des couchants trop pareils ;

Lasse de voir la mer monotone et sereine, D'écouter la chanson des rameurs et du vent, De suivre des regards une allègre carène Qu'un hippocampe d'or fait reluire à l'avant ;

Insensible aux appels des conques triomphales, Dont s'enivrait jadis la Tueuse aux longs yeux. Quand, sur un char traîné par de blanches cavales,. Elle humait l'odeur des massacres joyeux,

La Reine, sur un lit en pourpre de Surate, Cependant que l'ennui du soir va s'épanchant Et que le ciel se caille en la mer écarlate, Est étendue et rêve en face du couchant.

Et, du bout d'un stylet se piquant la poitrine. Elle s'amuse à voir, dans l'argent d'un bassin. S'élargir et trembler la lueur purpurine Du sang qui, perle à perle, égoutte de son sein.

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