VOX AB ALTO
Eclatante, sereine, énorme, inaccessible, La vierge Himalaya, majestueusement, Vers l'azur étoile de la nuit impassible, Elève sous les cieux son resplendissement.
Rien ne met une ride à sa face éternelle, Rien n'altère la paix de ses traits souverains ; Pour y monter, l'éclair fatiguerait son aile, Et l'ouragan ne lui va pas jusques aux reins.
Quelquefois cependant une mélancolie Obscurcit la clarté de son visage blanc, Et de la profondeur de sa gorge polie On entend s'élever comme un murmure lent
« Azur, qui donc es-tu? Béantes solitudes,
« Déserts du firmament silencieux et froids,
(( Qu'êtes-vous donc? Et d'où vient que vos altitudes
« Projettent sur mon front de si puissants effrois?
« Etoiles qui roulez sur ma tête en silence, a Etes-vous un troupeau de chamois blancs qui fuitl^ « Etes-vous un essaim d'aigles qui se balance? (( Un vol de ramiers d'or tournoyant dans la nuit ?
(( En vain, pour épier ces choses inconnues, (( Pour entendre le mot que la nuit ne dit pas, « J'ai voulu m'élever, seule, au-dessus des nues, (( Jusqu'à ne plus savoir si la terre est en bas.