TRISTESSE DE STATUE
(( Car, depuis que ta vie en mes veines fermente, « Et qu'au soleil humain mes flancs ont respiré (( L'inguérissable mal de l'être me tourmente, (( Et j'aspire au néant dont tes mains m'ont tiré.
<( Car le souffle divin qui m'a créé Moïse
(( Etouffe emprisonné dans mes poumons étroits ;
(( Et mon âme, splendeur de ton âme, agonise,
Ainsi qu'un mort vivant, au fond de mes os froids.
« Si comme toi du moins, Homme, quand tu défailles, (( Je pouvais abreuver mon chagrin à des pleurs, (( Si quand le désespoir me saisit aux entrailles, « Je pouvais sangloter, et crier mes douleurs !
(( Mais jamais ! Gomme l'Alpe au visage de glace,
(( Quand Dieu me frapperait de sa verge d'éclair,
« Il ne passerait pas un frisson sur ma face,
(( Et mon sein foudroyé resterait calme et clair.
(( Je souffre ton angoisse et j'ignore le charme
(c Mystérieux et sûr où tu peux l'endormir,
u Car dans mes yeux profonds tu n'a pas mis de larme,
u Et tu n'a pas permis à mon cœur de gémir.
(( Pourquoi donc me tirer du néant solitaire (( Oii j'espérais en paix dormir l'éternité? « Marbre, j'étais si bien à l'ombre de la terre, u Dans la tranquille nuit de ma virginité ! »