LES DAMES DU PASSE
Au jardin envahi d'ombres violacées, Sur le sable ouatant le frôler de leurs pas, Les dames de jadis, en robes de lampas, Parmi les phlox pâlis, cheminent enlacées.
Elles vont regardant leurs beaux visages las
Se refléter en l'eau des sources délaissées,
Et suspendent des fleurs mortes aux mains blessées
Des nymphes dont le temps a meurtri les appas.
La poussière des fards est rose sur leur joue ;
Une subtile odeur de vétyver se joue
Dans l'air qu'ont remué leurs traînes d'organsin ;
Pendant que le soir meurt et que le ciel se fane. Et que, par la fenêtre ouverte, un clavecin Egrène les accords vieillots d'une pavane.