HISTORIQUE
Un fait est intéressant à noter dans l’évolution des idées sur l'enchévillement central :
Chronologiquement ce fut un des premiers modes de synthèse proposés mais un point de départ discutable dans le choix du greffon (cheville d'ivoire), laissa longtemps la méthode dans la pénombre et en fit une opération d'exception.
Ce ne fut qu'à titre de curiosité que l’on cita alors un essai d’enchevillement autogène réalisé par Wolkmann qui utilisa une esquille osseuse longue, providentiellement ‘découverte dans le foyer de fracture. Idée sans lendemain car apparaît l’ostéosynthèse métallique et l'enchevillement central perd du terrain.
Puis, après la guerre de 1914-18, c'est la phase critique du métal, et la reprise de l’enchevillement mais, nous le verrons, modifié dans sa conception. En effet, il s’agit de s'attaquer aux pseudarthroses -de guerre, à ces fractures où la perte de substance -est souvent considérable. Il est logique que l’on ait -eu tendance alors à faire de l’'enchevillement-moyen
de prothèse, un enchevillement-grefte ; et qu'on lui
FE Ve
ait demandé non seulement de contenir mais en-— core et surtout de construire. Tous les travaux de cette période témoignent de l'intérêt qu'on porte au sort du greffon, à ses capacilés constructives, à son pouvoir créateur d'os nouveau. Les techniques d'Albee et de Delagenière, que l’on oppose ou que l’'on-associe, sont alors les plus employées.
Depuis dix ans environ, on est revenu à l'idée du greffon-tuteur que l'on peut dépérioster sans crainte et dont la destinée nous importe beaucoup moins une fois qu'il aura joué son rôle de prothèse temporaire.
Il pourra alors disparaitre et les nombreuses observations publiées ces derniers temps montrent qu'il disparaîtra presque toujours, y mettant un temps plus ou moins long : 6 mois, 1 an, 2 ans, parfois même plus. Ainsi en est-il dans les observations de Laflitte en 1933, de Leveuf en 1936, et de F. Bérard, dont certaines montrent même le rétablissement complet incontestable du canal médullaire de l'hôte.
Ollier puis Barth avaient déjà entrevu la mort fatale du greffon, ce que confirmèrent les travaux expérimentaux d'Axhausen, Mayer et Wehner. Cette éventualité était contestée par la plupart des chirurgiens qui voyaient les succès ostéogénétiques des greffons. En réalité la discussion est spécieuse, car elle provient du fait que les uns constatent la mort incontestable des éléments histologiques du
greffon dans les cas où des coupes ont pu être-
Dee
pratiquées ; d’autres voient l'ombre radiologique du greffon augmenter de volume, après une phase critique, et s'intégrer à l'os.
Leriche et Policard ont montré que si le greffon est de toute façon privé de vie, il n'en disparaît pas
pour autant et est réhabité et remanié. Ces inter-
‘ventions encore mal connues des éléments histo-
tologiques sur le greffon détruisent peut-être le greffon mais créent à son image de l'os nouveau, et ainsi s'explique cette constatation universelle que « les greffes prennent ».
Cependant si une greffe corticale du type Albee prend habituellement, un enchevillement médullaire, par contre, ne semble pas fusionner avec l'os; il se résorbe, nous l'avons dit, et ce fait s'explique si l'on admet que l'organisme travaille à réparer ses dégâts osseux en reconstituant des os normaux. Ainsi une greffe corticale reconstituera une corticale ; une greffe médullaire, même faite avec un greffon d'os total, devra normalement disparaître. (Voir Chapitre Evelution du greffon.)
[1 semble que la question hetero, homo, ou autoplastique soit secondaire et l'on a pu, non sans raisons valables pour chaque mode, préconiser l’une ou l’autre de ces méthodes. La greffe autoplastique et même, dirons-nous, isoplastique parait, mise à part la question technique, que nous allons étudier, être plus logique et satisfaire mieux l'esprit que les autres modes de greffe.
IL nous reste à exposer, dans le cadre de l'enche-
villement central autoplastique, les divers essais,