‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 113 sur 219 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

vécu qu’en combattant et en contredisant l’utopie révolutionnaire ; ils ne sont tombés que pour y avoir cherché un appui trompeur. En dépit de leurs efforts et de leurs combinaisons, la réalisation sérieuse du régime représentatif, la réconciliation de l’autorité et de la liberté, est aussi restée une question réservée , qui n’a été résolue ni par le système absolu de la souveraineté nationale, ni par le systènie mixte de la balance parlementaire.

11 semble pourtant que ces grandes leçons n’aient apporté aucune lumière nouvelle dans l’esprit de ceux qui en ont été l’objet. Ils n’ont découvert aucun défaut dans les ingénieux rouages politiques de 1815 et de 1830, et ne songent pour l’avenir qu’à les remettre tout doucement en activité, sans se demander pourquoi ils se sont brisés entre leurs mains. Lisez leurs récits pleins d’intérêt, écoutez leurs admirables discours : que proposent-ils de nouveau? Sans doute ils se font sages et modérés. Imposant silence à leurs divisions, ils ne demandent qu’un minimum de liberté. Les uns se contenteraient pour le moment d’un peu de décentralisation, les autres d’un peu d’indépendance électorale et de responsabilité ministérielle. Mais, avant de décentraliser, savent-ils quelle est la puissance mystérieuse qui, depuis des siècles, nous pous.se fatalement à centraliser? Avant d’émanciper le suffrage universel, ont-ils fait cesser la rivalité, prête à renaître, entre le gouvernement et l’assemblée d’élus, se disant tous deux les délégués de la souveraineté

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nationale? Avant de rétablir la responsabilité ministérielle, sont-ils sûrs que les ministres ne seront plus les représentants d’un parti vainqueur, mais des arbitres équitables entre les partis et les intérêts opposés? Enfin, avant d’invoquer la liberté de la pensée, de la parole et de la presse, ont-ils réconcilié sincèrement la bourgeoisie et le peuple, le capital et le travail , les hommes de 1789 , de 1805 , de 1815 , de 1830 et de 18Ù8?

Sans principes communs, sur lesquels on soit d’accord, et que l’on applique loyalement, qu’est-ce que la liberté, sinon la guerre? On’est-ce que la souveraineté nationale, sinon l’impunité des révolutions et, à leur suite, le triomphe sans contre-poids et les décisions sans appel d’un homme ou d’un parti? Ces expériences , cela est triste à dire , n’ont produit que le découragement et l’indifférence. Aujourd’hui , en politique, nous en sommes revenus à 1788 avec deux croyances et deux forces de moins , la foi dynastique et 1 1 foi libérale. Nous ne connaissons plus ni l’enthousiasme de nos aïeux pour leurs rois, ni celui de nos pères pour l’émancipation nationale. Devenus aussi vieux que les chartes du moyen âge, les principes de 89 ne sont plus qu’une fausse monnaie, dont se payent les esprits vulgaires sans savoir ce qu’elle vaut. En soixante-quinze ans, le principe électif, dont tout le monde espérait son salut, est tombé aussi bas que l’hérédité, et il est devenu manifeste que, loin d’avoir une vertu propre , une efficacité ab.solue et

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