‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 112 sur 219 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

supériorités gouvernant sans régner, et du peuple ne régnant ni ne gouvernant, mais se réservant le droit de renverser par l’émeute et ces rois soliveaux et ces ministres omnipotents.

Le signe le plus sûr qu’une doctrine politique soit vraie, c’est qu’il y ait des hommes prêts à mourir pour la défendre. On meurt pour la vérité, on ne meurt pas volontiers pour une hypothèse. Le jour de cette épreuve redoutable venu , les princes , les premiers, doutèrent d’eux-mêmes, et laissèrent le champ libre à la Révolution : la nation changeait d’avis, n’en avait-elle pas le droit? Abandonnés des princes, les hommes qui avaient mis leur gloire à fonder le régime parlementaire .se trouvèrent tout à coup isolés de la nation. En présence du danger, la bourgeoisie, qui avait eu en quelque sorte le monopole de la liberté, n’eut plus qu’un souci , sauver sa fortune. La chose à laquelle elle tenait le moins, c’était la liberté. Quant au peuple, il est revenu, le premier et comme d’instinct, au pouvoir d’un seul, et il ne lui en a pas coûté de préférer une franche abdication à une souveraineté illusoire. Ainsi s’explique , après l’essai de 18Û8, imitation surannée de 1789, la nouvelle réaction monarchique de 1852.

Que reste-t-il maintenant de la fameuse déclaration des droits de l’homme, sinon une vague formule, encore douée de je ne sais quelle vertu et quel prestige cachés , alors qu’elle a été formellement convaincue d’impuissance, et qu’on a été obligé, par la force des

choses, d’en violer successivement tous les articles? En effet, la liberté des cultes a été sagement restreinte au judaïsme et au protestantisme, qui, de leur côté , ont accepté, sur le point capital du mariage , la morale catholique dans son intégrité. Toute association politique a été interdite, le droit de réunion suspendu, la liberté de la presse soumise à l’arbitraire administratif sans aucune limite à son omnipotence, les élections placées sous la direction et sous l’influence vigilantes des préfets, avec tous les moyens d’action dont la centralisation dispose; enfin, les fonctionnaires ont été abrités contre la poursuite des citoyens par une nécessité d’autorisation supérieure, qui leur donne une véritable inviolabilité. En matière d’impôts , au lieu de les rendre proportionnels à la richesse, il a bien fallu prendre l’argent où on le trouvait, ménager les susceptibilités du capital et frapper de préférence la propriété foncière et les objets de consommation.

Après cela, à quoi se réduisent les principes de 1789? Comment ferait-on pour les nier, si l’on a encore aujourd’hui la prétention de les affirmer? Et pourquoi n’avoir pas le courage de faire justice de cette vieille idole, qu’on méprise et qu’on foule aux pieds dans la pratique, pendant qu’on l’encense encore en théorie?

Toutefois, qu’on le remarque bien, je n’accuse ni ne critique aucun de nos gouvernements , et je ne fais que constater une nécessité et une condition d’existence, à laquelle nul n’a pu se soustraire, pas plus la République que le système constitutionnel. Ils n’ont

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