‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 129 sur 219 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

en sont privés, ils sont condamnés à respecter la propriété malgré les abus qu’elle renferme, et à subir des inégalités et des injustices, d’autant plus criantes et plus irrémédiables que le niveau moral de la société sera plus bas. Inutile pour eux de se révolter ; ils en seraient les premiers punis. Leur ambition doit être d'arriver, à leur tour, à la liberté économique, c’està-dire à la po.ssession paisible, et non à la destruction de la richesse.

En dépit des combinai.sons scientifiques ou des révolutions violentes, ce n’est que par la vertu, librement et courageusement pratiquée , que l’ouvrier parviendra , un jour , à constituer son indépendance. Et d’abord, au lieu de voir dans le travail un joug odieux, qu’il l’accepte avec amour, comme un devoir plein de grandeur et de dignité. Quel que soit son salaire, qu’il sache en épargner une parcelle , et utiliser cette puissance incroyable de l’économie, cette vitesse croissante des intérêts composés, aussi forts pour recomposer la fortune que pour la détruire aux mains de l’imprévoyant. Enfin, qu’il ait pour les autres ce dévouement fraternel et ce patriotisme de corporation, ingénieux à partager entre tous les chances de bonheur ou de malheur excessifs, et à prélever sur les hommes valides le pain des veuveset des orphelins, sur les temps d’activité le salaire des jours de chômage.

Ce n’est pas tout. Car, livré à son égoïsme, le capital pourrait rendre ces efforts et ces sacrifices inutiles. Donnant au travail tout juste de quoi ne

VÉRITÉ SOCIALE. m

pas mourir de faim, il l’empêcherait à jamais de conquérir sa part de propriété. Ici encore , ce sera à la force morale d’obliger la conscience des riches à ne pas abuser de leur supériorité, et à ne pas spéculer sur la misère d’autrui. Au lieu de considérer leur fortune comme faite pour eux et pour leurs jouissances personnelles, ils y verront une magistrature créée pour la société et dans l’intérêt de tous , une charge sérieuse et redoutable, qui, loin de les dispenser du travail , les oblige à rendre à leur pays des services gratuits proportionnés à leurs revenus. A l’inverse de l’impitoyable loi économique , élevant l’intérêt à mesure que le débiteur est plus pauvre, abaissant le salaire à mesure que le travailleur est plus affamé, la loi morale leur apprendra que c’est un crime de prélever un intérêt sur celui qui n’a rien, et que plus les gens sont malheureux , plus il faut leur tendre une main large et généreuse pour les aider à reconstituer leur patrimoine. Au lieu d’être une machine, à laquelle il faut faire produire le plus pos.sible, chaque ouvrier sera pour eux un égal devant Dieu, un associé devant les hommes. Ils en seront les patrons, c’e.st-à-dire les protecteurs responsables ; ils seront tenus de veiller sur lui avec une constante sollicitude ; ils devront lui assurer la possibilité d’élever honnêtement sa famille, et de respirer lui-même à certains jours de repos, encore plus nécessaires à son âme qu’à son corps.

Enfin, il ne suffit pas encore que la puis.sance mo-

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