VÉRITÉ SOCIAI.E PRINCIPE DE I.A LIBERTÉ SOCIALE
Il est facile de disperser ou de détruire les épargnes du passé. Quand il s’agit de les conserver et de les accroître, quand on vent produire des milliards ou faire pousser un seul épi de blé, aux rêves de l’imagination succèdent les lois sévères et inexorables, mais en même temps fortes et fécondes, de la réalité. La plus petite parcelle de bien , même matériel, ne naît que de la soumission de l’homme à ces lois ; la prospérité et la liberté générales résultent de la libre adhésion qu’il leur donne.
Indispensable au progrès de la richesse , le travail ne la crée pas seul. 11 ne fait que la développer, et il a besoin, pour cela, d’une première richesse ou capital : il lui faut des outils, des bâtiments, des terres, des semences, des troupeaux. De là le partage des fruits ou revenus, entre celui qui donne son labeur et celui qui en fournit la matière ou les instruments, en d’autres termes, entre le travail et le capital.
Toutefois , dans le traité qu’ils ont à conclure ensemble, les conditions sont loin d’être égales. Car,
VÉRITÉ SOCIALE
celui qui n’a rien, quelque salaire qu’on lui oITre, travaillera quand môme, contraint par l’esclavage ou par la faim. Au contraire, 1e capital est libre de dicter sa loi, d’attendre s’il lui plaît, et au besoin de se consommer lui-même. Si on veut le violeuter ou .seulement le gêner, il s’enfuit, il émigre, il périt. La terre même, qui semble si facile à saisir, s’évanouit entre les mains qui l’oppriment, et partout les bras, le bétail, et jusqu’à la fertilité, disparaissent sous l’étreinte du despotisme. De fait, le capital est donc le plus fort, et il ne vit qu’à condition d’être libre.
La première grâce à obtenir de cette puissance, c’est qu’elle veuille bien se conserver aux mains où elle se trouve. Do là naît la nécessité de donner à la richesse existante des possesseurs intéres.sés à la garder, et, pour la sauver du pillage, de faire au moins un certain nombre de propriétaires, en attendant que tout le monde le puisse devenir. Dans les sociétés barbares, les plus forts sont seuls maîtres du sol; la force est le seul moyen de l’acquérir et de le défendre; mais c’est déjà un progrès sur le sauvage, qui ne sait pas respecter son propre bien .
L’hérédité, qui transmet le patrimoine, et qui n’est possible qu’avec le maintien des lois de la famille, est à la fois un vif stimulant pour l’épargne, et une première répartition de la fortune sur les enfants, qui ne l’ont point conquise par leur travail. C’est donc un nouveau progrès , accompli par la libre adhésion de ceux qui possèdent la richesse. Quant à ceux qui