‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 131 sur 219 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

propriété, il reste à la merci du capital. Vainement cherchera-t-il un remède dans les chimères du socialisme. Ces folles tentatives n’auraient pour résultat que d’engloutir le capital acquis , de désorganiser le travail , de reproduire l’esclavage sous la forme du prolétariat , et de greffer sur ces plaies le cancer du césarisme antique.

La liberté sociale est donc, avant tout, un problème moral, et elle repose uniquement sur le respect de la vérité sociale. Tandis que l’erreur consomme, détruit, gaspille en expériences stériles, la richesse, jusque dans sa dernière parcelle, n’est produite que par l’assentiment que nous donnons à la vérité. L’erreur nous mène à la servitude, juste châtiment de notre orgueil et de notre lâcheté. La vérité nous apprend à conquélÿr, par la vertu et le sacrifice, la libre disposition de nos forces, de notre intelligence, de notre activité. La somme de liberté sociale dont jouit une société a ainsi pour mesure son niveau moral.

Il est urgent de savoir qui nous donnera la doctrine capable d’enseigner cette vérité, de produire ces vertus et ces dévouements. Des philosophes, des lettrés, des financiers, des aristocrates de tous genres, même des catholiques, favorisés de la fortune, peuvent s'endormir dans le bien-être. Oubliant ces questions, vitales pour le plus grand nombre, ils s’amusent à soutenir, chacun, des systèmes qui caressent leur vanité, mais qui ne touchent ni à leurs honneurs, ni à leurs revenus, et qui les lais.sent libres de couler

VÉRITÉ SOCIALE

paisiblement leur molle existence. Cela leur est bien facile. 11 n’en est pas de même du peuple, qui voit la misère de près. Ce dont il a besoin et ce qui l’intéresse, ce n’est pas la lutte, académique et stérile, des religions et des systèmes politiques les plus contradictoires, c’est la religion vraie et le système politique vrai, qui, au lieu de l’exploiter, lui rendront sa dignité et son indépendance.

En poursuivant cet idéal , l’homme du peuple n’est pas mû par l’idée étroite de ses jouissances personnelles. Ne tenant ni à l’argent qu’il gagne péniblement, ni à la vie qui est souvent sa seule richesse , il est toujours prêt à donner ses économies, ou à se jeter au feu pour sauver un malheureux en danger, et sa plus grande joie est de se sacrifier au bien , public, au bonheur et à l’émancipation de ceux qui souffrent. Le bien-être, le terre à terre, le confortable, ne lui suffisent pas. Il a encore de la poésie; il est artiste et chevaleresque, comme l’étaient nos pères ; il lui faut de grandes choses. S’il ne les trouve pas, refoulé dans ses aspirations, il se consumera en rêveries extravagantes, en plaisirs excessifs; ou bien, il se lancera dans les aventures , les drames et les révolutions, se ruant sur le pouvoir et sur Dieu luimême, quand ils semblent ne plus s’occuper des grands intérêts de ce monde. Le peuple est encore français, et il ne comprend rien au doute cartésien, au libre examen , à la balance des pouvoirs, au principe de non-intervention , en un mot à l’indifférence

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