CHAPITRE XVII
aristocratique ou bourgeoise, sous ses mille formes diverses. 11 veut savoir ce qui est vrai et le croire, ce qui est beau et l’aimer, ce qui est bien et le faire.
Or, où le peuple, animé de cette soif généreuse, trouvera-t-il la vérité religieuse, source première de la vérité sociale? La question n’est pas si difficile à résoudre qu’on pourrait le penser. L’homme se passe si peu de religion que chaque système économique en cache une à lui, et les diverses écoles qui se partagent les esprits sur le terrain social, sont, en réalité, la manifestation économique des différentes croyances qui se disputent l’empire des âmes. Les catholiques seuls avaient fondé et peuvent encore fonder les corporations sur la libre réunion du capital et du travail. A côté d’eux, il y a l’école, schismatique ou autocratique, des légistes centralisateurs, au pouvoir depuis Philippe le Bel. Sans nier la déchéance originelle, ils prétendent que c’est au pouvoir d’y remédier, de réglementer le commerce et l’industrie , de gouverner le capital, d’organiser le travail , l’enseignement, le bien-être. Puis il y a l’école protestante, ou camp de la féodalité financière, ayant pour dogme la libre expansion des forces individuelles, la domination absolue du capital, l’exploitation de l’ouvrier, la spéculation et l’usure avec toutes leurs variétés. Enfin, il y a l’école révolutionnaire, plus logique et niant ouvertement la chute, sur laquelle les inégalités et les injustices sociales se sont greffées.
Aujourd’hui le choix est entre le catholicisme et la
VÉRITÉ SOCIALE
Révolution. Cette dernière a fait justice de l’autocratie et de la féodalité, qui nous ont exploités jusqu’à ce jour. A leur place elle a proclamé l’infaillibilité et l’omnipotence de la raison populaire , maîtresse absolue de la fortune publique et des fortunes privées.
Mais, nous l’avons vu, cette prétendue souveraineté de la raison n’a de vie qu’en abdiquant, en s’incarnant dans un ou plusieurs hommes. En son nom régnera bientôt une aristocratie de fonctionnaires, un pouvoir de fait , exerçant une autorité sans limites : c’est la route du césarisme, la pire des tyrannies. Ainsi , en économie politique comme dans tout le reste, la Révolution a le grand avantage de faire justice des solutions intermédiaires. En nous mettant aux prises avec les conséquences logiques de la donnée rationaliste, elle nous ramène forcément au catholicisme, seul refuge ouvert contre les périls qui nous menacent, seul instrument de civilisation en état de répondre aux aspirations populaires.
Toutefois , si l’Église possède la vérité sociale dans la vérité religieuse, ne va-t-elle pas, à son tour, exercer sur les affaires de ce monde un despotisme sans contre-poids? Non : car, alors, elle ne serait plus la vérité. Aussi n’invoque-t-elle ni la réglementation absolue, incapable de contraindre la nature des choses, ni la liberté illimitée, impuissante à la corriger dans ses vices. Aujourd’hui comme à son début, dans les questions sociales comme dans toutes les autres , elle ne voit dans la force coercitive qu’une
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