CHAPITRE XXII
faits, Dieu, la justice et la logique sont maîtres de leurs conséquences. Les victoires remportées sur la justice portent des fruits amers; et les principes, qui ont été foulés aux pieds, ne tardent pas à réclamer de dures et légitimes expiations. Qo’à l’exemple des peuples modernes, l’Italie s’éloigne de plus en plus de l’Encyclique ; que. reléguant l’Église dans ses temples, elle la chasse de la politique , de l’enseignement , de la société : un certain nombre d’àmes isolées , dont Pie IX, en ce moment même"^ a le salut à cœur, pourront rester fidèles à la Foi ; mais rien n’empêchera le navire social d’aller à la dérive , et de se briser bientôt aux écueils inévitables, où conduit l’anarchie des intelligences. Plus on se sera écarté des vrais principes, plus il sera urgent d’y revenir, dût-on y être ramené par les plus rudes châtiments.
Siècle riche et superbe, siècle de luxe et d’opulence, tu laisses le Pape, qui jadis remuait des milliards pour les croisades, dépouillé, réduit à un coin de terre, assiégé parla pauvreté. 11 lui faudrait trente millions par an pour payer l’intérêt de sa dette passée, seul vestige qui lui reste de sa souveraineté sur les Marches et sur les Rômagnes , et vous, catholiques, qui êtes deux cents millions, vous ne trouvez pas trois sous par tête pour que votre Père puisse tenir ses engagements. S’il ne peut plus y faire honneur, s’il est obligé de renvoyer ses créanciers au Piémont, c’est sur vous, dès aujourd’hui, qu’en retombera l’humiliation, et bientôt, pour n’avoir pas su soutenir par de légers
CONCLUSION
sacrifices la base de toute prospérité, vous apprendrez ce que coûtent les désastres économiques et les crises sociales , dont la Foi seule pourrait encore nous préserver.
Jeunes gens, qui êtes pleins d’ardeur, et qui aimez les grandes choses, sachez que pour avoir le droit de parler de la liberté , il faut avoir fait quelque chose pour elle , et qu’il ne sutTit pas d’user ses plus belles années dans un libéralisme creux et malsain, pour arriver, à travers les plaisirs et les critiques des salons, à accepter, comme terme de sa vie, une part de dividende ou une place au budget. A l’heure qu’il est, le représentant de la force morale et de toutes les libertés est presque seul, à peine entouré d’une poignée de vos amis. La France retirant ses troupes, la révolution se flatte d’achever impunément son œuvre, de frapper sans obstacle à la porte de ce vieillard désarmé, et de le jeter en captivité ou de l’envoyer en exil. Le souffrirez-vous? Ne saisirez-vous pas l’occasion, peut-être unique en votre vie, de faire quelque chose de grand, et de donner, sinon votre sang, du moins un peu de votre temps, de votre activité, de votre or, pour la plus sainte des causes? Ne vous reste-t-il pas, à tous, à combattre sur le terrain des idées? Jusqu’à ce jour, votre indifférence et vos censures ne vous ont-elles pas rendus complices de l’isolement où est réduit le Saint-Père ? N’avez-vous jamais rougi de sa doctrine, ni douté de son infaillibilité? Il est temps de rejeter les préjugés vulgaires et les opinions toutes faites,
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d’asseoir vos convictions sur la seule base solide, et de les soutenir au grand jour, quoi qu’il vous en doive coûter : sans quoi, vous saurez bientôt, par d’autres périls, à quels abîmes l’abandon de la justice et de la vérité conduit les nations.
Ouvriers, qui luttez contre la pauvreté, et qui gardez, dans votre vie de labeur, le sentiment légitime de votre dignité , ne cherchez pas à séparer votre cause de celle du Vicaire de Jésus-Christ. Car l’Église seule a commencé, et l’Église seule peut achever votre émancipation. Votre sort est intimement uni au sien. Quand elle sera persécutée , opprimée, réduite au salariat ou à la servitude, vous le serez avec elle. Au contraire, son triomphe sera le signal du vôtre, et sa pleine liberté sera le gage de votre indépendance.
Philosophes et penseurs, cessez de marchander aux enseignements de Pie IX votre superbe adhésion. Ce que vous avez enlevé à la prééminence et à l’intégrité de la Foi , vous l’avez en même temps ôté à la puissance de la raison. Hâtez-vous d’unir vos forces pour soutenir et défendre, dans sa magnifique unité, l’édifice de la doctrine .catholique, .si vous na voulez pas ramener la sagesse moderne au rôle, stérile et honteux, de Sénèque aux genoux de Néron.
Français, c’est à Rome qu’est le flambeau de la politique traditionnelle, qui peut faire votre grandeur! Peuples opprimés , infortunés Polonais , tournez les yeux vers Pie IX : voilà le seul défenseur intrépide qui ait protesté en votre faveur! Italiens, voilà le prince
CONCLUSION
qui vous a le plus aimés ! Peuples, voilà le représentant et le rempart de toutes les libertés! Gouvernements, voilà la source, le modèle et le salut de toute autorité I Que chacun mette la main sur sa poitrine, et se demande s’il a fait ce qu’il a pu , et s’il ne lui reste plus rien à faire pour Pie IX, ou, sinon, que chacun s’attende à sa part d’expiation.
A cet instant décisif, quelque sombre que .soit l’horizon, point de découragement ni de défaillance. Sans doute, à voir l’abandon où est le Pontife, contre lequel toutes les passions con.spirent, il semble que sa chute soit inévitable, et que nous soyons à la veille de ces tristes jours de l ibère, où le repré.sentant de la justice et de la vérité éternelle, trahi et délaissé par les siens, mourait seul sur une croix.
Mais, à entendre l’écho d’adhésion et d’amour qui répond à l’Encyclique, on sent que la Foi n’est pas morte, et qu’au milieu de la confusion des doctrines, de la caducité des institutions et des .systèmes humains, elle peut avoir demain son plus éclatant triomphe. A nous d’y travailler , dussions-nous n’én pas jouir nous-mêmes. A nous de défendre la vérité, et la vérité tout entière, par tous les moyens en notre pouvoir.
Peu importe le nombre, peu importent les défaites momentanées de ceux qui soutiennent le Saint-Siège par l’épée ou par la parole. C’est à cette petite phalange, à qui l’avenir appartient, que Pie IX adressait, au début de cette année, ces paroles capables de rani-
CHAPITRK XXII.
mer tous les courages et de faire oublier tous les revers ; « Il est d’usage, le jour de Noël, que nous « bénissions une épée, destinée au prince qui s’en « servira le mieux pour la cause de la justice. Cette « année, au milieu de tant de grandes nations armées, « de tant de glaives tirés, je regarde, je regarde, et « je vois que cette épée de la Justice, c’est pour moi « que je dois la conserver. C’est moi qui dois la cein- « dre, et c’est à vos mains que j’en confie la défense. <t Soyez donc fiers; marchez la tête levée devant Dieu ; « soyez pleins de confiance parmi les hommes, parce « que c’est vous, et vous seuls, qui êtes armés pour « la justice, pour la vérité, pour la dignité et la liberté « du genre humain. »
Puissent ces paroles être entendues de ceux qui ont besoin d’être réveillés, soutenus, encouragés! Puissent-elles ouvrir les yeux de ceux qui, en attaquant la souveraineté temporelle du Pape, mettent en péril leurs plus chers intérêts! Et, qu’au lieu de tomber de chute en chute, aux mains de Victor-Emmanuel, de Garibaldl et de Mazzini , qu’au lieu d’assouvir les passions révolutionnaires et de servir la tyrannie sous sa forme la plus redoutable, l’épée de la Justice reste, triomphante et vénérée, aux mains paternelles de celui qui représente la liberté dans la vérité.
Dii|! • d by Gooj^Ie
APPENDICES