‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 176 sur 219 · CHAPITRE XXll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll

son pays, qu'on défend, qu’on agrandit le champ de la liberté. En finesse pour découvrir les plans de leurs adversaires, en dissimulation pour cacher leurs propres pensées, en despotisme voilé de liberté, en machiavélisme et en césarisme , les catholiques seront toujours inférieurs à leurs adversaires. Ils sont condamnés, par leur foi même, à être les plus honnêtes, les plus sincères, les plus désintéressés, et à ne triompher que par le dévouement poussé jusqu’à l’héroïsme.

Enfin, pour convertir les âmes, il ne faut compter ni sur l’exemple des grands, ni sur le prestige du pouvoir, ni sur les accès d’un enthousiasme passager. Jadis les apôtres et les martyrs y ont mis leur sang; les prêtres de tous les temps y ont consacré leurs sueurs, usé leur santé et leur vie. S’ils s’endormaient un seul jour, se fiant aux vertus naturelles et ordinaires pour conserver leur ascendant , ou au bras séculier pour garder leur troupeau, l’ennemi, qui serait toujours là , d’autant plus vigilant qu’il serait moins surveillé, renverserait bientôt leur autorité. Il tournerait contre l’Église ses forces retrempées aux sources de la vie, et, du triomphe même de la vérité, il ferait sortir, pour elle, une nouvelle défaite.

En ce moment , nous avons cette rare et insigne bonne fortune, que les camps sont nettement dessinés. Sur un seul point et dans un seul homme, nous trouvons concentrés et incarnés tous les grands intérêts de l’humanité. Pendant que la révolution fait les

CONCLUSIOxN.

affaires de l’Angleterre et de la Russie, rive les fers de la Pologne, règne en Italie par la main du Piémont, et a, derrière le piémontisme, son vrai pontife en la personne de Mazzini, l’Église lien de la France et de toutes les nations catholiques, l’Église seule capable d’affranchir la Pologne et l’Orient, l’Église possédant le secret des libertés politiques et sociales, et, partant, le moyen de réconcilier le fait et le droit, les piinces et les peuples, la richesse et le travail, l’Église est menacée dans la personne du plus grand, du plus généreux, du plus paternel et du plus intrépide des Papes. En défendant, en servant, en aimant Pie IX, nous sommes donc sûrs de défendre , de servir et d’aimer tout ce qui est digne de faire battre nos cœurs.

Mais , si le gardien de nos intérêts est à Rome, le champ de bataille est partout. En quelque lieu que Ton se trouve, il est facile d’obéir à Pie IX et de lutter contre la révolution. Qu’on médite la dernière Encyclique, qui résume sa pensée et sa vie, et l’on y verra, tracée, en traits lumineux, la ligne du devoir présent. A nos portes, nous avons, chacun, à combattre le matérialisme politique et social , dont le venin a déjà pénétré les esprits et les institutions de l’Europe entière. Dans toutes les branches de l’activité humaine, dans toutes les phases de notre existence publique et privée, nous avons à redevenir catholiques, et catholiques sans restriction. Ne nous laissons plus aller à rêver une paix, un juste-milieu chimérique. Il s’agit de prendre courageusement parti dans cette lutte du

CHAPITRK XXII.

bien et du mal, qui est le résumé de notre histoire. Loin d’espéreV le développement spontané de la nature, reconnaissons enfin que, pour ne pas se traîner dans la fange, elle a sans cesse besoin d’un coup d’aile surnaturel. Après avoir longtemps cherché la vérité par la liberté, prenons une voie contraire : sachons trouver la liberté par la vérité, et, au lieu de convier le Saint-Siège à une réconciliation funeste et indigne de lui, sur le terrain des erreurs et des illusions modernes, acceptons la planche du salut qu’il offre à notre civilisation en péril.

En présence de cette autorité suprême à soutenir, de ce grand enseignement à suivre, il ne manque pas d’indifférents, qui se bornent à critiquer, à donner des conseils, à exprimer des regrets, ou qui, ayant fait quelques efforts, croient avoir acquitté leur dette envers une cause respectable, mais à laquelle ils ne peuvent tout sacrifier. Les aveugles ne voient pas que ce n’est pas sa cause, son pouvoir, sa liberté, ses biens, mais les nôtres , à la défense desquels le Saint-Père consacre sa vie, immole son repos et sa sécurité. Ils ne sentent pas que c’est nous qui subirons les tristes suites des défaites, des spoliations, des amoindrissements, des douloureuses nécessités, auxquels la parcimonie des uns, les plaintes contradictoires des autres , l’inertie et la mollesse de tous peuvent condamner le Saint-Siège. Ils sont fatigués de la question romaine, comme ils .sont fatigués de la Pologne, de la liberté, de la vertu, de tout ce qui de-

CONCLUSION

mande efforts et sacrifices. Devançant les négociations récemment engagées à Rome, ils auraient été heureux de voir les événements se terminer par un accord complet entre l’Église et le royaume d’Italie. Ce serait là, suivant eux, le triomphe de la modération, de la vraie sagesse politique, des idées modernes bien comprises, la réalisation du seul bien possible; et, reléguée dans le domaine des chimères, démentie par les faits et par la pratique , l’Encyclique ne serait plus qu’une lettre morte, une vaine satisfaction donnée, en paroles, aux exigences d’esprits rétrogrades et de partis surannés.

Il n’est que trop vrai que, si le Pape a mission de proclamer la saine doctrine, les hommes re.stent libres de l’appliquer. En Italie, comme ailleurs, ils peuvent réduire la Foi à un dernier souffle de vie, le clergé et les ordres religieux à une ombre de liberté, le Pape à un lambeau de souveraineté. Même “ainsi opprimée, l’Église, qui ne pousse jamais les choses à l’extrême, et cherche toujours le moindre mal , se préoccupera, avant tout, de ramener par la douceur ceux qui la persécutent, et de sauvegarder ce qu’elle pourra de leurs intérêts spirituels. De là, de sa part, en toutes circonstances, cette résignation pleine de mansuétude et de désintéressement, qu’on aurait tort de prendre pour de la versatilité ou de la faiblesse : car jamais elle n’a entraîné la moindre concession sur le terrain de la doctrine.

Mais si . aujourd’hui, les hommes sont maîtres des

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