CHAPITRE II
riences modernes, se voit, chez elle, assiégée, ruinée, paralysée dans tous ses mouvements, et à l’inertie naturelle de ses peuples viennent se joindre les plus coupables et les plus incessantes excitations.
Par un touchant contraste , le pontife contre lequel s’acharnent tant d’ennemis divers, sans autre lien qu’une haine commune, ne répond à leurs attaques que par sa tendresse : il les embrasse tous dans une commune et infatigable sollicitude. Ouvrez ses Actes ' et vous le verrez, depuis vingt années, protester, sans relâche, contre toutes les injustices, oublier ses propres malheurs pour songer à ceux de la Pologne, de l’Orient, de la Chine, de l’Amérique et du monde entier. Enfin, alors que les souffrances des peuples menacent d’arriver à leur comble, et qu’on s’efforce de les rendre sans remède. Pie IX juge l’heure venue de résumer une dernière fois, dans son Encyclique, la grande lutte du xix® siècle.
D’un côté, nous apparaît la civilisation moderne, armée d’une puissance matérielle sans bornes, mais divisée, torturée et ne pouvant s’unir que dans un seul sentiment, la haine ou la peur du catholicisme; et, de l’autre, une puissance morale, réduite à l’indigence et dénuée de tous secours humains, mais affirmant solennellement qu’elle aime les hommes et les peuples, qu’elle lésa portés dans son sein, qu’elle les a nourris, et qu’elle les sauvera encore malgré eux.
I. /.eî Arles Ponti/irauT , piihlitis p.ar Poussielizup. 1865.
OPPORTUNITÉ DK L’ENCYCLIQUE. 4«
La révolution et l’Église nous pressent également d’en finir par un choix catégorique.
Dans cette situation , qui ne comporte plus d’incertitude, le péril pour la liberté, pour la justice, pour la civilisation, est-il dans une doctrine abandonnée des gouvernements, des savants, des financiers , privée de tout moyen d’action matériel, ne pouvant reconquérir les âmes et les peuples que par leur libre adhésion ? Non . Le péril caché , d’autant plus menaçant qu’il est plus ignoré, est, au contraire, dans l’absence de touie doctrine capable de régler et de modérer l’emploi des forces humaines. 11 est dans ce libre déchaînement de toutes les opinions, qui n’est autre chose que la négation de toute vérité certaine; dans ce vague et cette incertitude des principes, qui assurent la victoire et la domination des gens sans principes; dans cette liberté illimitée de tous les systèmes religieux et politiques , qui, sous une apparence de grandeur, nous mène à la pire des religions et à la pire des politiques. 11 est, enfin, dans cet immense développement des forces matérielles; car elles .seront les armes du plus terrible despotisme qui fut jamais, si elles ne sont pas, au plus tôt, réunies au service de la vérité.
Quoi qu’on fasse, les hommes nepourront se passer ni d’ Église ni d’État. En tout temps, après plus ou moins d’agitations et de tâtonnements, ils arrivent à formuler leurs croyances, et ils subissent un régime proportionné à leur niveau religieux. Rompre définitivement avec l’Église catholique, c/e.st mettre h la
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disposition de l’Église néfaste cachée sous le manteau de la raison, l’imprimerie, l’enseignement, la vapeur, les canons rayés, l’électricité et la centralisation.
Pendant qu’il en est encore temps, arrêtons-nous donc à l’appel suprême de l’Encyclique, et sachons secouer les préjugés d’une époque où tout est confus , mobile, transitoire. Laissons là ces romains et cette foule de demi-chrétiens, auxquels la révolution a déjà inoculé quelque chose de son venin , et qui sont, par là même , condamnés à une impuissance momentanée. Laissons également ces révolutionnaires, qui ont encore du sang chrétien dans les veines^, et qui ont bâti leurs rêves et leurs illusions sur un reste de catholicisme latent. Pour juger en connaissance de cause l’Église catholique et l’État moderne, sortons de notre siècle , et sortons de nous-mêmes. Demandons-nous ce qu’est et ce que veut l’Église , ce qu’est et ce que veut l’État sécularisé. Voyons si l’une et l’autre n'ont pas donné, en d’autres temps et en d’autres lieux, la pleine mesure de leurs forces. Faûsons-les passer au creuset du bon sens et de l'histoire. Nous y. trouverons, avec le secret et avec la condamnation des erreurs présentes, l’éclatante démonstration des vérités d’où dépend le .salut de la .société.