OPPORTUNITÉ DE L’ENCYCLIQUE
corruptible qui condamne leur morale financière et leur scandaleuse opulence. Enfin, la tète tourne aux princes eux-mêmes. Les uns suivent à conlre-cœur le flot de l’opinion, les autres le précipitent : nul ne croit possible de lui résister.
Ainsi, au sein de l’Europe malade, les partis divisés, impuissants, incertains du lendemain, ne trouvent d’unité, de force, de certitude, que pour assiéger et pour détruire le pouvoir du Saint-Siège. A peine nous reste-t-il une dernière heure de trêve. A peine avonsnous le temps de nous demander où nous conduit cet étrange concert de passions.
Hâtons-nous de le reconnaître, dans ces colères, l’ingratitude le dispute à la folie. Car, à côté des ferments d’anarchie et d’immoralité qui agitent nos malheureuses sociétés, et en attendant qu’elles aient trouvé le flambeau d’une vérité nouvelle, qui est-ce qui entretient dans leur sein les mœurs et l’honnêteté publique et privée, sinon l’antique religion de nos pères? Qui soutient encore, par une salutaire concurrence, le schisme penchant vers un abrutissant despotisme et l’hérésie menant au scepticisme absolu, sinon l’immuable catholicisme? 0»i assure à nos libres penseurs la sécurité et la paix domestiques , sinon des épouses, des enfants, des serviteurs, auxquels l’Église enseigne la chasteté , l’obéissance et la fidélité? Qui •pru donne à eux-mêmes un instinct secret de générosité et de probité, sinon le lait chrétien qu’ils ont sucé dans leur enfance, l’air chrétien qu’ils res-
iü
CHAI'ITUE II.
pirent malgré eux? Enfin quelle protection cachée leur permet de renverser constitutions et dynasties sans qu’ils soient eux-mêmes broyés par l’anarchie, de discuter l’organisation sociale elle-même , de peindre en sombres couleurs les misères trop réelles du prolétariat sans qu’à leur voix la multitude se soulève pour tout briser, sinon le vieux respect de l’autorité, l’amour du travail et l’abnégation, légués à l’ouvrier par vingt générations chrétiennes ?
Si donc les nations modernes souffrent des maux cruels, elles ne sauraient les reprocher à l’Église, dont elles n’admettent les conseils ni dans leurs traités, ni dans leurs constitutions , ni dans leurs lois économiques. C’est à elle, au contraire, qu’elles doivent, en grande partie, cette richesse, cette puissance, cette paix éphémère, dont elles sont si fières. Car, chassée de leur foyer, l’Église veille encore, comme une mère, au seuil de leur vie publique et privée, et, malgré toutes les entraves, elle distribue à des millions d’âmes affamées le pain substantiel de ses sacrements et de sa doctrine.
Passant de l’Europe au domaine temporel du Saint- Siège, il ne serait pas moins injuste de rendre le Pape responsable de l’état de pauvreté et d’impuissance apparentes où se trouve son pouvoir. Ce n’est pas le Saint-Siège qui est un gouvernement d’ancien régime ; ce sont les Italiens qui sont devenus peu à peu des peuples d’ancien régime, aussi incapables de se lais.ser gouverner que de .se gouverner eux-mêmes. Alors que
OPPORTUNITÉ DK I/KNCYCUQUK.
la sève catholique est encore mêlée au sang de tout l’Occident, Rome est, en sens inverse, le centre où les misères de tous les temps et de tous les peuples sont venues se réunir, et exercent sans relâche leur fatale influence. Non-seulement le peuple romain, résidu de races finies, est le plus vieux de l’Europe, et pour le rajeunir, pour faire revivre l’antique cité des Césars, il faut le miracle d’une résurrection perpétuelle; mais, par leurs passions et par leurs convoitises, les autres peuples apportent à cette œuvre des obstacles incessants.
Sans remonter au delà de nos derniers bouleversements, qui est-ce qui a détruit en Italie la vie municipale et provinciale , encore pleine d’activité au siècle dernier? La révolution. Qui a rendu stériles les efforts de Pie IX pour rendre à ses peuples une part équitable au maniement de leurs intérêts? La révolution. Qui a écra.sé en un infâme guet-apens sa petite armée renaissante? La révolution. Qui l’a Riis par la spoliation dans l’impossibilité de rétablir l’équilibre de ses finances et dans la nécessité de tendre la main à ses enfants du monde entier? La révolution. Qui s’efforce tous les jours d’aigrir ses peuples , de corrompre ses fonctionnaires, de débaucher ses soldats? qui arrête les vivres aux frontières? qui flatte les ambitieux? qui .stipendie les traîtres? qui aiguise les poignards, et qui jette les bombes? Toujours et partout la révolution.
Ainsi la Papauté, qui n’a entravé aucune desexpé-