‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 24 sur 219 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

permettent de grandir. A peine formé, il est saisi par l’engrenage de la société, obligé de gagner son pain, de conquérir sa place sur le champ de bataille du travail, de soutenir ses parents qui faiblissent, et de se préparer lui-même à fonder une famille. C’est la vie sociale.

Mais cet homme appartient lui-même à une grande famille qu’on appelle une nation. Il a une patrie et, dans cette patrie, un gouvernement, des magistrats, une armée, qui le protègent, le défendent, et qui en échange lui demandent respect, soumission et dévouement. C’est la vie politique ou nationale.

Enfin , si cet homme lève les yeux vers le ciel, et si , cherchant au delà de cette courte vie le secret de sa destinée, il interroge ceux qui l’environnent, il apprend qu’il doit conquérir par la vertu la couronne d’une félicité sans terme. C’est la vie religieuse.

En naissant, chacun fait ainsi partie d’une famille, d’une patrie, d’une religion, et est soumis à la triple autorité d’un père, d’un État et d’une Église, dont il reçoit les pensées avant de penser lui-même, et qui ont droit à sa reconnaissance et à son respect avant qu’il ait le droit de les discuter. Ces trois vies se pénètrent si intimement qu’il est impossible de les séparer un seul instant. La famille ne subsiste qu’en se conformant aux lois de l’État et de la religion, lois qui ne sauraient se contredire sur un seul point sans jeter le trouble le plus profond dans les âmes. L’État est chargé d’a.s.surer la liberté de la vie sociale et de

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la vie religieuse, en mênae temps que de veiller à l’ordre, au bien-être et à la sûreté du pays tout entier. Enfin, la religion, dominant tout le reste, enseigne à chacun ses devoirs , et trace , au nom de l’éternelle justice, le chemin du vrai et légitime bonheur dont l’homme est altéré.

Jusqu’ici, tout semble régulier, harmonieux, pacifique. Pourtant le monde n’est qu’une arène, où il faut défendre sa vie sociale , sa vie politique , sa vie religieuse contre de redoutables ennemis. Au lieu de s’unir pour nous protéger, l’État et l’Église semblent s’y livrer un duel à mort, reflet du combat établi au cœur de chaque homme entre la nature et le surnaturel, la vie présente et la vie future, les passions et les devoirs, l’illusion et la vérité.

En effet, toute àme est partagée d’un côté par le désir légitime de fonder un patrimoine et une famille, de l’autre par la soif d’or et de volupté qui le porte à envahir le patrimoine et la famille d’autrui. Point de liberté sociale, sans des lois et sans une force publique, servant de rempart à la famille et à la propriété.

De même, en face du désir de prendre part à la direction des affaires de son pays, se place cette indomptable pas.sion qui porte les homme.s d’élite à dominer, à exploiter les autres, passion qui fait du pouvoir, et du pouvoir absolu, le but des plus âpres convoitises et la plus disputée des jouissances. Point de liberté politique sans un gouvernement régulier et inébranlable, servant de digue à toutes les ambitions.

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