CHAPITRE III
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Enfin, si l’homme veut aller librement à Dieu, l’entendre et lui parler, un instinct d’orgueil le porte aussi perpétuellement à prendre, lui-même, la place de Dieu, à le faire à sa propre image, à parler en son nom, en un mot, à confisquer violemment la vérité, et à intercepter les rapports des autres avec Dieu. Point de liberté religieuse sans une vérité immuable, acces-sible à tous et mise à l’abri de toutes les falsifications.
C’est à défendre ou à combattre ces lois religieuses, politiques et sociales, que se consume la vie des hommes et des peuples. Depuis l’enfant, qui commence à ronger son frein, jusqu’à la nation la plus puissante et la plus civilisée, une profonde unité règne dans toutes les parties de ce vaste tableau. Ce n’est pas l’accord paisible de forces se développant harmonieusement sous le contrôle de la raison, c’est l’intérêt dramatique d’un champ de bataille, où le bien et le mal se prennent corps à corps.
Notre premier ennemi à vaincre, c’est nous. Qui nous tracera nettement la ligne du devoir? Qui nous aidera à contenir le bouillonnement des passions, à supporter les malheurs et les injustices mystérieuses dont toute vie est semée? Qui nous soutiendra à ces heures de délaissement, où les secours humains nous font défaut; à cet instant suprême et inévitable, où il faut dire adieu à ceux que l’on a aimés? Dieu est le père, le consolateur, l’ami que l’homme invoque spontanément dans .sa misère. I.iii
OÜ’EST-CE QUE L’ÉGLISE ET L’ÉTAT? .‘i6
seul , répondant à notre âme, est capable de calmer ses orages, d’essuyer ses larmes et de dissiper ses angoisses.
La religion est donc nécessaire à l’homme pour le défendre contre lui-même. Que sera-ce quand il .s’agira de le défendre contre les autres? Qeoi de plus effrayant que la faiblesse d’un être isolé , ballotté comme un brin de paille par le (lot des multitudes qui l’entourent, et par le flot des générations qui .se succèdent? L’enfant est pétri comme une cire molle par ses parents et par ses maîtres; la femme pa.sse sa vie sous la loi de celui dont elle e.st la compagne; enfin , vivant au jour le jour de son travail , l’immense majorité des hommes subit l’influence, sinon la domination, d’une poignée de privilégiés, qui possèdent la force, la richesse, l’intelligence. Où trouver un point d’appui contre ces inégalités criantes mais inévitables, qui permettent au plus fort d’abuser de notre infériorité?
Dans cette mêlée, où chacun est tenté d’opprimer son voisin, le premier mouvement est de chercher un refuge sons la main du gouvernement, en qui se résume la puissance matérielle et intellectuelle de la nation. Mais comment le gouvernement n’abusera-t-il pas lui-même de son pouvoir? Comment n’emploierat-il pas à satisfaire ses propres passions, à étouffer la justice et la vérité, l’énergie qui devrait au contraire servir de bouclier à la liberté des familles et des consciences ?