‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 52 sur 219 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

enlever dans l’intérêt des âmes faibles, qui ne résisteraient pas aux grandes tentations. Ainsi, impuissantes pour l’offensive, ces armes ont, au service de la vérité et du bien, une valeur défensive considérable.

De leur côté, les grands, les savants et les princes ne méritent pas moins de compassion que la foule timide, qui a besoin d’encouragement et d’appui. Placés sur une pente glissante, exposés aux périls conjurés de la flatterie, de l’orgueil et du plaisir, et pouvant moins que personne se passer du secours d’en haut, les malheureux successeurs d’Hérode et de Pilate ne sauraient accepter à jamais, comme une nécessité de leur position, le rôle de trahir, de persécuter, d’immoler la vérité. Le jour où ils seront admis à la voir et à l’adorer, comment les empêcher de mettre à son service leurs biens, leur influence, leur pouvoir, leur vie?

Dans ce saint zèle, c’est moins à la vérité qu’à euxmêmes qu’ils seront utiles. Leur protection aura souvent des inconvénients. Elle fera des hypocrites ; elle paraîtra quelquefois contraindre les âmes, et elle mêlera à la prédication de l’Évangile cette impétuosité et cette violence qui sont inséparables des actions des grands. Toutefois, cette protection a aussi ses avantages, qu’on a trop méconnus. De plus, elle est pour les grands la ligne du devoir étroit, auquel rien ne peut les soustraire. S’ils y manquent, la vérité fera son chemin sans eux; mais ils seront re.sponsables de tous les obstacles mis sur sa roule.

L’ÉTAT DANS L’ÉGLISE iU5

Enfin, en rendant possible le salut des petits et le salut des grands par leur union en une même foi, l’Église devait réhabiliter l’autorité, la science et la richesse pour elles-mêmes. Gâtés par les abus qu’on en avait faits, ces dons de Dieu n’étaient pas, comme les anciens l’avaient cru, condamnés à n’être que des instruments de corruption et de servitude. Ils étaient, au contraire, destinés à parer et à embellir l’édifice de la société régénérée.

Voici donc l’Église au pouvoir. Jusque-là , mise en face du monde mort, qu’il s’agissait de ressusciter, elle n’a demandé pour elle que la liberté de ne pas faire le mal, et pour obtenir, pour fonder cette liberté, malgré ceux qui la refusaient, il a fallu des flots de sang et des millions de vies. Avec la conversion de Constantin commence la liberté de faire le bien, et d’appliquer directement à l’ordre politique et social les principes parfaits , dont l’Église se dit le type vivant. Enveloppant l’État, enseignant leurs devoirs aux princes et aux magistrats, elle devient en quelque sorte responsable de leurs actes et des progrès accomplis, non plus malgré la société, mais par la libre adhésion d’une société désormais docile et soumise.

Dans cet épanouissement du christianisme, on verra si, comme toutes les œuvres humaines, la révélation sera sujette* à un progrès continuel et indéfini, répondant au développement de la raison des peuples,

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