‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 53 sur 219 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OU si, au contraire, parfaite dès le premier jour, elle assistera, sans jamais changer ni varier, à son propre triomphe.

Que les hommes et les peuples .soient appelés à agrandir sans limites le champ de la vertu et de la science, comme celui du bien-être, c’est le cri instinctif de nos consciences , et l’Évangile est précisément venu nous ouvrir la carrière de cette noble destinée. Or, dit-on, comment admettre qu’au point d’abaissement où le Christ a pris les nations païennes, il n’ait pas été obligé de se proportionner à leur faiblesse et à leur ignorance, et que les lumières de la Foi naissante puissent suffire encore aux exigences de l’àme délivrée de ses chaînes ?

Le sophismen’a pas grande portée. Car c’étaitpour tirer les hommes de l’abîme de la décadence païenne qu’il fallait le plus grand effort, les plus héroïques vertus, les lumières les plus complètes, une plénitude de foi et de certitude surabondante. Si la perfection fut jamais nécessaire, ce fut non-seulement à celui qui, du Calvaire, défia seul la puissance du mal, mais encore à ces apôtres qui vinrent planter la croix au cœur de l’empire, et à ces martyrs qui l’arrosèrent de leur sang jusqu’en ses provinces les plus reculées. Ces premières conquêtes faites, la voie s’ouvrit à des vertus plus faciles et à des victoires moins laborieuses.

Mais si l’Église fut une société parfaite dès le premier jour, comment, après Constantin, ne réalisat-elle pas sur-le-champ cette perfection dans l’ordre

politique et social ? Ce n’était pas qu’elle ignorât la loi mystérieuse du progrès; elle venait, au contraire, la proclamer et l’imposer au respect de ses enfants.

Dans une âme, la beauté morale est .le fruit d’une libre adhésion à la vérité, et n’a pas d’autres* limites que la générosité même de cette âme. Dans une société, le bien ne se réalise que dans la mesure de l’adhésion universelle. Telle est la loi de notre liberté, inconnue et dédaignée des inventeurs de ce progrès indéûni, qu’il ne dépendrait de nous ni d’accélérer ni de retarder.

Libres d’être parfaits dans leur propre vie, les chrétiens ne purent agir qu’à la longue sur la société qui les environnait. Ce progrès resta lent, même sous les empereurs chrétiens , parce qu’il fut par essence l’œuvre de la liberté. Défendue par les princes de la terre, aidée par les dons des riches, soutenue par les plus beaux génies, l’Église n’en eut pas moins pour principe constant que la force peut empêcher le mal, mais que le dévouement seul peut faire le bien.

Au milieu de ces premiers triomphes, l’inertie des peuples avilis, l’orgueil des sages, la mollesse des riches, l’ambition des empereurs, les séductions de la prospérité, formaient mille obstacles nouveaux, se traduisaient en schismes ou en hérésies , contre lesquels, au dire de saint Hilaire, il ne fallait pas moins d’héroïsme qu’au temps des catacombes. Rien pourtant n’arrêta la marche de la civilisation chrétienne , pas même la chute de l’empire, voué aux barbares

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