CHAPITRE IX
nent, fait place à celle de Dieu, stimulant les soldats attardés, et repoussant ceux qui ne sont plus dévoués ni sincères. Plus jaloux que personne de la beauté de son œuvre et de la pureté de vues de ses enfants, il n’a jamais permis qu’on exploitât sa cause. Il s’est montré impitoyable pour quiconque l’a défendue dans des vues trop personnelles. Quant à ceux qui, plus coupables, auraient voulu la dominer ou la fausser complètement, avant d’y parvenir, ils ont été rejetés dans le schisme ou dans l’hérésie, comme ces débris inutiles que la mer vomit sur le rivage. Pendant ce temps-là, l’Église s’est rajeunie par l’adversité et par les souffrances, qu’elle a toujours préférées à une paix honteuse et à d’injustes transactions.
Comme dans la nature, l’été et l’hiver se succèdent' l’un pour faire éclore les fleurs et les fruits, l'autre pour détruire les insectes et pour rendre à la terre fatiguée une nouvelle fécondité, ainsi, dans la vie des peuples, les beaux jours de foi produisent d’amples moissons de vertu, de bien-être et d’indépendance, tandis qu’au milieu de la servitude universelle, la persécuiion fait éclater l’héroïsme des cœurs d’élite, et verse le sang des martyrs comme une nouvelle semence pour l'avenir.
En vain des esprits ingénieux, rompus aux combinaisons de nos compagnies d’assurances, voudraient remplacer ces alternatives de joie et de deuil par je ne sais quel état intermédiaire, où, demi-morte et demi-vivante, l’Église ne dominerait jamais et ne
LIBERTÉ RELiniEl’SE DANS L’ÉGLISE. 159
serait jamais dominée. L’Église sera la plus forte, et, alors, elle comblera de bienfaits, sans limites, les peuples qui se donneront à elle ; ou bien, elle sera vaincue par les haines implacables qui la poursuivent, et alors elle sera opprimée, et les peuples avec elle.
Quant à ceux qui prétendent la servir et la purifier en la persécutant, qu’ils cessent de s’attribuer le mérite des expiations qu’ils lui infligent. En supportant les calamités qu’eux seuls rendent nécessaires, l’Église, sans qu’ils le sachent, souffre pour eux, expie pour eux, et prépare l’unique triomphe qu’elle ambitionne , c’est-à-dire leur retour au sein de la vérité. Mais, pour se réformer, elle n’a nul besoin de leur étrange as.sistance, et elle possède, en ellemême, pour tous les temps et pour toutes les épreuves, le principe de vie et de progrès qui assure son immortalité.
Le catholicisme a fait de celte puissance propre la plus magnifique expérience historique qui se puisse concevoir. Après la mort de Charlemagne, au moment où le Saint-Siège et l’Empire semblaient s’affaisser sous le poids d’une irrémédiable décrépitude, et où tous les abus étaient à leur comble, il a trouvé dans son sein, dans la vitalité de ses institutions, dans l’énergie et dans l’activité infatigable de ses moines de Cluny, assez de ressort pour sauver la foi et la soèiété, pour réformer l’un et l’autre clergé, pour faire succéder aux ténèbres du ix« siècle les beaux
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