Prop. 65 à
et de ramener ainsi le mariage civil à ce qu’il peut être en réalité, c’est-à-dire la constatation du mariage religieux. Dans la pratique, depuis que le divorce est aboli, cette question renferme beaucoup moins de difficultés qu’on ne le pense au premier abord. Si le mariage civit avait eu la prétention de s'établir franchement, et de se donner à lui-même ses lois et ses conditions propres, il n’aurait jamais pu pénétrer chez un peuple catholique. Aussi ce n’est que furtivement, en calquant minutieusement les règles de l’Église, et en ramenant les juifs et les protestants eux-mêmes, en dépit de leur liberté de conscience, au mariage catholique, qu'il est parvenu à s’insinuer dans la société moderne. Il en est résulté que le mariage civil crée très-rarement des liens que la conscience ne puisse pas reconnaître plus tard. D'un autre côté, même chez ceux qui sont, en apparence, le moins croyants, on se regarderait comme déshonoré de ne pas se marier à l'église, et l’on ne reçoit qu'en souriant cette bénédiction du maire, que M. Jules Simon voudrait, en vain, entourer d’une plus grande majesté. L'immense majorité est donc placée d'avance en dehors d’une modification, contre laquelle se révolte à peine une poignée de légistes et de libres penseurs. Puisqu’il y a si peu de chose à faire, pourquoi persister à maintenir un état de choses faux en principe, attribuant à la loi un droit qu’elle n’a pas,
ne changeant rien aux mœurs des campagnes, mais
créant, dans les villes, une sorte de moralité intermédiaire, qui mène rapidement du mépris de la foi au mépris de la famille? À quoi bon encourager, par une consécration légale, des unions passagères, que le vent emportera bientôt, en dépit du législateur ?
Certes, il ne peut être question d'imposer le mariage religieux à une nation qui s'y opposerait. Mais, sous prétexte de liberté, une telle nation voudrait l’affaiblissement systématique de la famille, et, de l’état de nature qu’elle invoquerait, elle tomberait certainement peu à peu bien au-dessous de la nature, dans les vices les plus honteux. Au contraire, en rendant au mariage religieux la place qu’il mérite, et en puisant la moralité à sa vraie source, la loi verrait certainement diminuer, par le seul ressort de la conscience publique, les désordres de tout genre, dont la statistique croissante alarme justement les esprits sérieux, et que les peines coercitives sont impuissantes à réprimer.
La famille constituée, l’éducation est à la fois le premier devoir et le droit le plus sacré des parents. Or, à moins de vouloir vouer les jeunes générations au doute et à l'incrédulité, il est indispensable que la religion soit la base de tout enseignement primaire, secondaire - et même supérieur, et que les enfants de chaque culte reçoivent un enseignement complétement séparé. Il y à là, pour l'État, une obligation étroite de respecter la foi
de tous, et d'éviter avec soin, surtout en histoire, en
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philosophie ou en économie politique, des leçons données en son nom, qui inculqueraient à la jeunesse la pire des religions, celle qui consiste à n'en avoir aucune.
L'Église a toujours proclamé et respecté, plus que personne, le droit qu'ont les parents d'élever leurs enfants dans leurs propres croyances, fussent-elles erronées. Elle s’est montrée et se montre encore à Rome beaucoup plus tolérante que toute autre société religieuse ou civile. S'il se produit, de siècle en siècle, une exception semblable à celle du petit Mortara, cette exception a l'avantage de constater, d’une manière solennelle, les limites que la vérité s’est elle-même tracées, et les précautions infinies dont elle a entouré le droit des parents. Plus libres à Rome qu'en bien d'autres pays, les juifs y jouissent de la faculté du divorce; ils sont en quelque sorte chez eux, et, dans une foule de circonstances, ils s'administrent et se jugent eux-mêmes. Toutefois, il leur est interdit de prendre des serviteurs chrétiens, et, s'ils étaient juifs sincères, ils seraient les premiers à n’en pas avoir. De plus, il est sévèrement défendu aux chrétiens de baptiser un enfant juif sans l’aveu de ses parents, si ce n’est en danger de mort imminente. Si, en dépit de ces précautions, le petit Mortara est devenu chrétien en quelque sorte malgré l'Église, le baptême, qui n’est pas une vaine cérémonie, lui a donné droit à une éducation chrétienne et à la pleine connaissance de la vérité, et le Pape
VÉRITÉ SOCIALE. 297 aurait donné sa vie plutôt que d'abandonner volontairement une âme dont il était devenu responsable. Mais, je le répète, c’est là un cas unique, où le droit des parents dans l'erreur cesse devant un droit supérieur de la vérité. Dans les États infidèles, hérétiques ou schismatiques, .ce sont des millions d’âmes que l’on arrache par violence à cette même vérité, et, dans les États rationalistes, le pouvoir, sous prétexte d’impartialité, condamne la jeunesse entière au scepticisme, c'est-àdire à la servitude organisée sur la plus vaste échelle.
Que l’on forme donc, dans les écoles et dans les facultés, de bons catholiques, de bons protestants, et, si cela est encore possible, de bons israélites; que l’on fasse même, en Algérie, de bons musulmans. Uni à la religion‘, l’enseignement ne sera jamais trop développé ni trop général. Puisse-t-il être gratuit pour les pauvres, non par des contributions prélevées sur leurs sueurs, mais par le concours volontaire des riches! Puisse-t-il être obligatoire, en s'adressant à des enfants réellement affranchis d’un travail prématuré, et non en disputant, un instant, des êtres étiolés à la fatigue et à la misère ! C'était le vœu des conciles au moyen âge; ce sera toujours celui des catholiques. Mais si, sous : l'œil de la religion, ce double caractère, gratuit et obligatoire, arrive à se concilier avec le droit des parents,
donné à un enseignement rationaliste et incrédule, ce